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Oberkampf.
En d'autres temps et sous d'autres cieux, la carrière d'Oberkampf aurait, sans aucun doute explosée. Mais, en ce début des années 80, qui plus est à Paris, les riffs rageurs et emportés du punk-rock n'intéressent plus grand monde. Qu'importe, Joe Hell et Pat Kebra n'ont pas conjugué leurs talents pour devenir des vedettes de la chanson. Leur entrée dans le maquis est marquée par cette conviction intime, que la guerre contre les forces occultes et insidieuses du système ne peut être terminée. Il faut profiter de sa jeunesse pour brandir sa fierté, mais ne jamais signer l'armistice. Punk un jour, punk toujours !

L'histoire d'Oberkampf commence très exactement là où se termine celle des combos punks de la première heure. En 1978 Asphalt Jungle, Metal Urbain, Guilty Razors, Stinky Toys, Olivenstein se meurent. Oberkampf Contingent reprend le flambeau avec la formation de légende : Joe Hell (chant), Pat Kebra (guitare), Buck-Dali (basse) et Dominik Descoubes (batterie).

Oberkampf n'aura de cesse de graver sur bande magnétique ses psaumes rageurs. Mais leurs velléités d'exactions urbaines n'intéressent pas les gros pontes du paysage audiovisuel hexagonal. L'heure étant à la pop gentille et dansante, on ne sait que faire de ces mohicans passés maîtres dans l'art et de la rébellion. Or même si quelques médias commencent à évoquer leurs faits d'armes (Best, Rock'n'Folk, New Wave). Cela ne suffit pas à convaincre un directeur artistique de les signer. Coup de chance, la rencontre d'un mécène 5christophe Bourrague), qui vient d'hériter de son père. Il finance le premier maxi 45 tours du groupe. Oberkampf peut être fier, il sort un disque tout en restant fidèle à son image d'insoumis. En ce mois de février 1981, ce maxi-45t est l'une des toutes premières auto-productions hexagonales de l'ère punk.

Les 5000 exemplaires du premier pressage s'épuisent en quelques semaines. A tel point, que quelques mois plus tard, la toute nouvelle structure Mankin (Virgin) leur propose un contrat. "Couleurs sur Paris" est devenu un hymne. Il faut absolument le rééditer. Oberkampf est plutôt fier que d'autres jeunes gens, même modernes, s'intéressent à eux. Mirwais (Taxi Girl) a carte blanche pour réaliser une nouvelle version du "London's burning" français, formaté pour les radios. Moins vindicative que l'originale, les fans de la première heure se sentent trahis, alors que le grand public découvre la formation.

En cette année 1982, Oberkampf n'est plus très sûr de vouloir profiter de cette reconnaissance. Ce n'était pas vraiment ce qu'ils recherchaient, eux qui ont toujours refusé de s'assagir. Après quelques mois de doute, ils parviendront à se réveiller et à livrer un album en septembre 1983, au titre prémonitoire. "P.L.C", pour "Plein Les Couilles". Oberkampf ne supporte plus cette étiquette de gentils punks que l'on invite ici et là pour s'offrir un semblant de frisson. "P .L.C" est un cri hargneux éructé à la face de tous les bureaucrates et fonctionnaires. Oberkampf se fout de savoir ce qu'il deviendra, seul compte le moment présent. Pour cette galette distribuée par New Rose, ils sont allés emprunter de l'argent à leur banquier pour financer eux-mêmes leur disque. Chose incroyable, ce dernier était un musicien refoulé qui ne rêvait que d'une seule chose, éructer sa haine de la société.

Etre et surtout rester indépendant n'est pas une chose aisée. Oberkampf a beau se produire aux quatre coins de France, même en Allemagne, ils sentent bien que la nation de Miterrand n'a rien de l'Angleterre. Un racket à la Sex Pistols est difficilement envisageable de ce côt-ci de la Manche. Seront-ils obligés de turbiner jusqu'à la fin de leurs jours ? Dans cette expectative, il n'est pas surprenant que le deuxième album, "Cris sans thème" (sorti en mars 1985), soit aussi profondément noir et sombre. Oberkampf est dans une impasse. Alors que rien n'a été prémédité, le groupe met un terme définitif à son existence. Pas question de devenir de vieux cons. Quelques explications sont fournies via une conférence de presse.

Le dernier concert d'Oberkampf prend place à l'Eldorado, le 6 mai 1985, il sera enregistré et livré en pâture aux fans, histoire de pogoter une dernière fois.

Joe Hell fondera ensuite CATCH 22 avant d'entamer une carrière solo. Patrick Levy jouera dans SINGE DE DIEU en 1996 (un album éponyme et un CD single "tout est mortel").

Poussé par BB, Joe Hell rassemblera son combo et reformera Oberkampf à l'aube du XXIème siècle. S'en suivront l'édition d'un double CD, une participation au Mutant Show, et une tournée comprenant la première partie d'Offspring à Bercy, et le concert du Bataclan avec les Porte-Mentaux et La Souris Déglinguée.