Interviews Underground. 1990.

La Souris Déglinguée, pour fêter ses 10 ans d'existence, jouait sur la scène du Bataclan le 23.05.89.
Un album live de ce concert est sorti chez Musidisc.
Le 5 janvier dernier, j'interviewais Tai-Luc, le chanteur, auteur et guitariste de La Souris Déglinguée.

Quelles ont été les principales étapes depuis la formation du groupe en 79 jusqu'à maintenant ?
C'est une grande histoire. cela fait 10 ans qu'on est sur la route, 10 ans qu'on est jamais sur la touche surtout. On se débrouille toujours pour rester à la surface. De grands épisodes de l'histoire, je ne sais pas s'il y en a vraiment mais il y en a surtout dans la tête du public, dans ses oreilles. Je pense qu'on a fait passer un bon moment aux gens, que ce soit en 79 ou même maintenant et on ne se lasse surtout pas de ce qu'on fait. Tu connais la trajectoire habituelle des groupes. Ils commencent par des répétitions qui t'amènent à des tremplins, dans des boîtes de nuit pourries. On a fait nos débuts dans une boîte de nuit à Paris devant une clientèle de punks et de voyoux furieux mais ça, cela a un caractère anecdotique. Mais ce qui n'est pas du tout anecdotique, c'est que je me souviens qu'à l'époque on jouait pour 500 F par soirée et c'est ce qui me fait rire aujourd'hui, c'est qu'on dit que tout va mieux en France, qu'il y a des structures pour que les groupes de banlieue et mes consorts puissent s'exprimer. Mais je pensais à des groupes qui ont joué dernièrement et qui m'ont dit les tarifs auxquels ils allaient être payés. Le tarif est toujours le même, entre 0 et 500 F. Cela n'a pas changé depuis 10 ans et je ne vois pas en quoi cela constitue un progrès. A la limite on était encore mieux loti, au point de vue financier, il y a 10 ans que les groupes qui se lancent dans l'aventure maintenant. Il y a un parcours du combattant qui s'impose pour tout groupe, ça a été celui de La Souris Dég1inguée. Il consiste à passer un certain nombre d'épreuves parce que ça ne suffit pas d'aimer la musique et d'avoir une belle guitare. Comme la vie n'est que souffrance et que tu es sur terre pour en chier, tu dois prouver pas seulement à toi que tu existes mais par rapport à d'autres personnes. Pour moi les grandes étapes du groupe, c'est avoir passé des courses d'obstacles, c'est être reconnu par le public et un public qui n'aime pas la musique. On a fait assez fort, c'est d'amener des gens qui avaient la facheuse habitude de tout casser à des concerts à aimer, pas la musique des autres évidemment, mais au moins la nôtre.
Toute cette période de l'histoire du groupe est résumée dans des chansons, que ce soit dans "Aujourd'hui et Demain" ou dans "Quartier Libre". J'écris les paroles. Il n'y a que moi qui écris les paroles parce que mes collègues s' intéressent plus à la musique, et dans toutes les chansons de La Souris Déglinquée, c'est soit des histoires autobiographiques, soit la biographie d'autres personnes que j'aime bien ou de nos meilleurs amis et c'est souvent la biographie d'une "partie de la jeunesse". C'est ce que j'appelle de la raya­biographie.


Les premières années de La Souris Déglinguée, c'était surtout des concerts dans des conditions déplorables mais des concerts quand même assez forts, qui te laissent des souvenirs pour l'éternité, et surtout pour certaines personnes. J'ai rencontré récemment une jeune fille qui nous a vus en 81 à un concert qui s'appelait "Rock contre l'Armée" (c'est marrant parce que c' était un concert contre l'armée mais un an avant Jean-Pierre, le guitariste, finissait son service militaire et j'allais faire le mien un an après. On a toujours su évoluer dans les bonnes contradictions !). Nous de ce concert là, on avait tout oublié. Mais la petite qui y était n'a jamais oublié et pourtant à l'époque on avait pas de disques, on n'était pas connus. Elle avait été complètement asphyxiée par les bombes lacrymogènes donc elle avait des raisons de s'en souvenir. Même à cette époque là, en 81, on a jamais réussi à faire des concerts tranquilles, super cools. C' était impossible parce que tu avais des gens, des fanatiques, des supporters qui ne pouvaient pas s'empêcher de nous suivre en voiture. On a eu des débuts un peu tumultueux. Cela s ' est calmé quand on a commencé à faire des disques, parce qu'avant de faire un disque, tu es comme une pile, tu es surchargé d'énergie et tu en as trop, il faut que tu la délivres de toute façon. Et puis ce qui se passe le plus souvent, c'est que tu as un public assez exceptionnel qui t'aide à dépenser ton énergie. Toi tu la dépenses dans la musique, le public la dépense autrement. En 81, on a fait un concert, le 7 janvier à l'occasion de l'anniversaire d'une jeune fille, Véronique "double mortier". Elle a décidé que le jour de ses 20 ans, La Souris Déglinguée ferait un concert pour elle. C'était un concert qratuit, pour les gens qui venaient nous voir et pour nous, on était pas payé évidemment. on nous avait expliqué que pour notre publicité on pouvait faire cela gratuitement.. Sur ces bons principes, on a accepté. C'était entre le métro Richelieu Drouot et entre le métro Opéra à Paris (NDLR : il s'agissait de l'Opéra Night). Le patron de la boîte de nuit a vu, au fur et à mesure que l'heure du concert se rapprochait, sa boîte de nuit investie par une clientèle qu'il n'avait jamais vu auparavant. On a pu faire nos morceaux mais ça a mal tourné à partir du moment où le patron de la boîte de nuit a coupé le courant. Les mecs qui étaient venus nous voir ont fait un triste sort à la boîte de nuit. On avait tout juste eu le temps de rentrer le matos. La police est arrivée, le guitariste a été embarqué mais bon, nous n'avons été condamnés à rien parce qu'on a jamais incité à la violence et c'est prouvé 1 000 fois. On ne s'est jamais permis de faire ce que les Stranglers avec Jean-Jacques Burnel ont fait des tas de fois en Angleterre et même en France à Marseille, quand ils demandaient au public de détruire la salle. Cela on ne l'a jamais fait. Parce que ce n'est pas dans nos convictions, ni dans notre mentalité. Le lendemain du concert on était connu dans toute la France. On avait un article dans France Soir qui s'appelait "Du rififi chez les punks" et des coupures de presse dans tous les journaux régionaux. Donc en l'espace de 24 h on est devenu un groupe nationalement connu. Et ça, cela a fait enrager beaucoup de personnes parce qu'à l'époque le rock français c'était un truc vachement gentil, il ne faisait jamais de mal à personne, nous non plus d'ailleurs mais bon, on ne voit pas les choses de la même façon. Du jour au lendemain, on était connu dans tout le pays sans avoir rien demandé. Evidemment ça nous a ouvert pas mal de portes.

D'une manière étonnante, on a fait un concert un mois après au-dessus d'un commissariat, dans la mairie du XIXème. Puis, on a joué en banlieue et en province. On avait une carte de visite qui était devenue grosse, plus grosse que nous à la limite.

Ce qui fait que la maison de disques qu' on avait été voir 2 ans auparavant, en 79, qui s'appelait New Rose (ou pas encore New Rose, c'était Juxe Box) s'intéresse alors vachement à nous. C'est normal, on a un dossier de presse sur lequel on peut s' assoir. Le disque a été enregistré dans le studio Casanova. Cela a été un disque rapide, fait avec un producteur canadien et dans un esprit complètement indépendant, bien que je n' aime pas ce mot là parce que ça pue un peu trop, mais le fait est que c'était vraiment un disque, non pas auto­financé, mais autoproduit, une fois que tu as fait un disque, tout est plus facile, surtout quand le disque se vend bien. C' était le disque chez New Rose, le disque -0006-. C' est comme James Bond, c'était le sixième du nom.

Après , il se passe plein de choses, on fait des concerts en province mais alors que le groupe démarre d'une manière discographique, je pars à l'armée et je fais 12 mois. En fait, cela n'a pas ralenti l'activité du groupe parce que mes collègues Jean­Pierre, Jean-Claude et Rikko ont tourné à trois dans des conditions encore plus aventureuses. Le groupe ne s'est jamais arrêté de tourner. Même quand Jean­Pierre était à l'armée en 79 ou quand j'y étais en 82-83. C'est vraiment une unité productive. Même quand on rentre en état d'hibernation pour diverses raisons, on est toujours en état de fonctionnement, on peut faire un concert du jour au lendemain et péter la gueule des gens. On fait un disque en 82 chez Kuklos. On fait ensuite "Aujourd'hui et Demain". C'était encore un disque sous la bannière de l'indépendance. On a squatté un studio pendant 3 mois en 83 pour l'enregistrer. C'est un disque assez réussi puisqu'il a plu au public mais quand on l'écoute, avec le recul, on se dit qu'on a fait vachement les cons parce qu'on a pas fait trop attention à la qualité sonore. Je crois que c'est le disque le plus punk de La Souris Déglinguée. Tu as des sons de guitare qui partent dans tous les sens, ça pète quoi ! Depuis, on a toujours le même état d'esprit, mais on essaie de faire les choses un peu mieux et en finesse, avec l'instinct mais aussi avec la technique ce qui nous manquait au départ.

Pourquoi ce nom La Souris Déglinguée" ?
Ce serait très dur à expliquer. Cela tient d'abord d'une plaisanterie. Celui qui l'a fait n'est plus là pour le dire puisqu'il a disparu dans les méandres de la Loire. C' était un copain. On ne sait pas s'il s'est donné la mort ou si c'est la mort qui l'a trouvé. Cela reste une énigme pour ce qui est de son décès. Evidemment c' est un nom vachement mal choisi, mais bon, on a fait avec et à la limite on s'en fout parce que ce qui nous intéresse c'est pas tellement le nom qu'on a, c'est de composer des chansons avec une musique qui soit de mieux en mieux. Il y en a qui appellent La Souris Déglinguée "LSD", c'est pratique et moins long : d'ailleurs des fois je le dis, il y en a qui, disent "La Souris" ou encore "Loisirs Sports Détente". Pourquoi pas ?

Le groupe est-il toujours aussi soudé ?
Je n'aime pas beaucoup ce terme "soudé" parce que ça fait un peu épidémique. On s'entend bien parce qu'on ne se voit jamais ou presque. On se connaît depuis tellement longtemps qu'à la limite on a plus besoin de se voir. Entre nous, c'est comme dans la police, quand il y en a un qui téléphone, tous les autres font leur intervention. On est complètement sur le qui-vive. On ne dort jamais. On est comme des chats, on se réveille au moindre bruit, on est sur la place d'armes, prêt à partir en concert, prêt à faire un enregistrement, prêt à tout. On s'entend relativement bien. C'est bizarre parce qu'on s'oppose plus qu'on ne se repose, on a des personnalités assez différentes. C'est pour cela que ça tient depuis si longtemps. Nous sommes vraiment différents les uns des autres. Chacun voit le groupe à sa manière.
Ne regrettez-vous pas de ne pas être davantage connu en dépit de vos 11 années d'existence ?
Les choses se font progressivement parce qu'on ne peut pas forcer les gens à aimer ce qu'on fait. Mais avant que les gens aiment ce que tu fais, il faut que ton message, ta musique leur parviennent. Cela c'est un autre problème. Ce n'est pas le nôtre. C'est un problème de publicité et nous ne sommes pas là pour faire de la promotion. On est là pour faire les disques avec des intruments de musique, on est là pour gueuler dans un micro d'une manière intelliqente. Donc on n'a pas le temps de s'occuper de la publicité. De toute façon, il y a des formes de média qui te sont refusées d'avance. Ou alors tu fais comme en Roumanie, il faut que tu prennes la télévision d'assaut. On y pense, on pense faire des coups d'éclat comme ça mais pour l'instant on n'a pas tous les éléments. Le coup d'état n'est pas pour maintenant. Il faut nous laisser le temps de le préparer. L'Europe culturelle commence à bouger. En France on entend de plus en plus de groupes européens de l'Ouest et d'Est chantant dans leur propre langue et cette tendance devrait se développer.

Serait-ce une opportunité pour La Souris Déglinguée de se faire connaître à l'étranger tout en chantant en Français ?
Si on peut aller jouer un jour dans un pays de l'Est, ce sera à cause des événements politiques. C'est pour ça qu'on ira jouer. C'est aussi à cause du climat politique qu'on n'a pas été jouer dans ces pays avant, parce que ce n'est jamais agréable de jouer devant des prisonniers quand toi tu es en liberté. Je crois maintenant que c'est le bon moment d'aller jouer là-bas parce que les gens commencent à connaître ce à quoi ressemble la liberté. Si on avait été jouer là-bas ça aurait été équivalent à jouer dans des prisons, des prisons avec des dimensions extraordinaires. Il faut aller jouer dans des pays libres, pas dans des prisons. Il y a des problèmes politiques qui font qu'on ne peut pas aller jouer dans certains pays mais aussi des problèmes économiques et commerciaux. Par exemple, tu ne peux pas jouer en Angleterre, parce qu'en Angleterre, ils ne sont pas intéressés par la culture française, par la musique française et comme nous sommes un groupe qui chante en français, je ne vois pas en quoi cela pourrait intéresser nos amis anglais, que j'aime beaucoup d'ailleurs. Nous écoutons des groupes anglais, américains, on écoute que ça d'ailleurs. On a réussi a jouer au Canada, à Montréal en 88. Mais évidemment c'était gagné d'avance parce que là-bas les gens étaient venus pour écouter un groupe qu'ils connaissaient déjà et un groupe qui chante en Français. Quand tu chantes en Français au Quebec francophone, c'est gagné d'avance. Quand je disais qu'il y a certains pays où il ne faut pas aller jouer parce que c'est des pays prisons, je vais me contredire. Je vais très souvent en Chine, j'adore faire des voyages là-bas et en août 88, j'étais au Tibet, un pays colonisé par la Chine. J'ai eu l'occasion de faire 3 concerts là-bas avec des musiciens locaux : 3 Tibétains et 1 batteur chinois. Je peux t'assurer qu'ils ont passé un très très bon moment et moi un moment fabuleux. On a joué à Lassa, à 3 000 mètres d'altitude et ça a fait beaucoup de bien au public, à peu près 2000 personnes. Ces Chinois et ces Tibétains m'ont appris un art de vivre. Vivre à Lassa c'est quand même assez extraordinaire. Moi, je leur ai fait écouter plein de disques et de cassettes, pas seulement ce qu'on a fait nous, mais des groupes américains, anglais et même français et je leur ai dit : voilà comment ça se passe là-bas. je leur ai souhaité bonne chance, pas du point de vue musical mais du point de vue politique, pour que ça change. Vivre au Tibet, c'est encore pire que tout parce que c'est la prison d'une prison.

Dans une interview tu déclarais : "Nous. on ne juge pas les groupes sur la musique, mais sur ce qu'ils sont par rapport à ce qu'ils font. C'est pas la musique qui compte, c'est les gens". (Tai Luc acquiesse). Que penses-tu des artistes qui profitent de leur célébrité pour s'impliquer dans des actions à caractère humanitaire ?
Je déteste ça. Je conçois l'idée même de l'humanitarisme mais je le conçois d'une manière anonyme. Je ne vois pas l'intérêt de le faire d'une manière spectaculaire. Quand moi je fais de l'humanitarisme, du vrai, dans le métro quand je vois une vieille femme qui demande de l'argent je ne dis pas : je suis Tai Luc, du groupe La Souris Déglinguée, je vous donne X francs. Il y a 3 ans, je suis tombé à Pigalle sur un petit Asiatique, ça pouvait être un cousin. Moi, je vais le voir, je commence à lui parler en chinois puis en Laossien, en Thailandais, en Indonésien, il ne me comprend pas. j' essaye le Cambodgien et là il me répond. Alors je lui dis : qu'est-ce que tu fais là dans le métro ; tu as mangé ? Il me dit non. Je lui dis : quel âge as­tu ? Il me dit 15 ans. Alors je l'invite au restaurant et je lui demande des explications, pourquoi il est dans la mouise. Il m'a un peu expliqué sa situation. Bon, je lui ai dit que je m'appelle Tai-Luc mais je ne lui ai pas dit : je joue de la guitare, je chante, j'écris des chansons dans le groupe La Souris Déglinguée, tiens voilà mon dernier disque. Tu peux faire de l'humanitarisme d'une manière vachement anonyme. Je ne vois pas l'intérêt d'aller sur une grande scène avec des écrans géants qui transmettent ta gueule. Il y a toujours une idée de business qui est absolument intolérable. Je conçois l'humanitarisme mais il ne faut pas que tu retires quelque chose de cela. Il faut que tu ne retires rien. Les gens publics qui se livrent à ça ont besoin de publicité. Ils font de la promo. Le plus souvent ce genre d'opération est orchestrée par des maisons de disques. C'est infect. Je ne supporte pas cela. Je n'aime pas l'idée même du monde du spectacle. Ce que j'aime, c'est la musique, c'est entendre des chansons. Les meilleurs concerts qu'on a fait c'est quand la lumière s'éteint et que tu joues dans le noir le plus absolu. C'est pas évident. Le public ne te voit plus, tu ne le vois plus, tu joues comme un aveugle, comme Ray Charles. Le spectacle c'est comme ça que je le conçois.

Quels sont les groupes que tu écoutes le plus en ce moment ?
Avec Jean-Pierre et ceux du groupe, on a écouté énormément de musique depuis qu' on a commencé. La musique c'est notre drogue. Ce que j'écoute à l'heure actuelle ferait peur à tout le monde. En fait, j'écoute tout sauf du rock'n'roll. Je n'écoute pas de variété Top 50 quand-même ! J' écoute beaucoup de musique noire, beaucoup de rap et de reggae. On s'accroche toujours à des musiques qui ont la pêche et tout ce qui vient de la rue, de toute façon c'est pour nous. Il faut qu'on se l'approprie parce qu'on connaît bien, on a toujours écouté les bons trucs, jamais les mauvais. On écoute Niggers With Attitude, Boogie Down Production, Eric B. & Rackim. En 79 on écoutait des groupes Oi. Mais on aime encore beaucoup le rock'n'roll. On est pas inscrit au fan club des Meteors mais on les aime beaucoup. On aime beaucoup le rock'n'roll mais on n'est pas obligé de faire ça toute notre vie.

Vous abordez d'autres styles musicaux que le rock : jazz, ska, twist ?
Oui bien sûr. On n'a jamais réussi à faire un disque vachement uni. Il a toujours fallu qu'on déborde sur d'autres styles, d'autres rythmes, histoire de taire un truc varié. On a beaucoup écouté les Ramones mais on a surtout pas fait comme eux.

Pourquoi avoir choisi de sortir un album live ?
Celui qui voulait qu'on sorte un album live n'est plus là aujourd'hui pour le dire. Il n'est plus dans ce bureau, ni dans l'autre (NDLR: l'interview avait lieu dans les locaux de Musidisc). Cela dit, on ne regrette pas de l'avoir fait parce que c'est un excellent entraînement. C'était la première fois qu'on nous permettait de faire un tel exercice. C'est un exercice dangereux car le jour du concert il faut être bon sinon le disque ne le sera pas. Il s'est avéré qu'on a réussi à faire passer un bon moment aux gens, à faire une musique qui tienne bien. Je crois que ça va faire plaisir au public parce qu'on a joué plein d'anciens morceaux, pas beaucoup de nouveaux. On a donné un bon condensé. J'espère même qu'on va pouvoir sortir un deuxième live parce qu'on a encore assez de morceaux qui datent de l'enregistrement du 23.05.89. J'espère qu'on va décider la maison de disques à faire sortir un deuxième live. Bon, c'est pas pressé, dans quelques années.

Vous avez déjà plus de 300 concerts à votre actif. Pour le live, vous avez choisi la scène du Bataclan. Le public parisien (et banlieusard) a-t-il une importance particulière pour vous ?
C'est pas le public parisien. J'estime que le public français en général est super bon. C'est pas un public qui s'accroChe à n'importe quoi. Il est vachement sélectif, vachement blasé. J'adore ce genre de public. Quand on a commencé, j'adorais les mecs qui n'aimaient pas la musique mais qui avaient de l'amitié pour nous. J'ai toujours adoré ça. Maintenant je n'ai rien à redire sur le public français parce qu'il est excellent. Il n'aime pas la musique, il ne sait pas ce qu'il aime, mais une fois qu'il est accroché à quelque chose c'est pour de bon. C'est comme ça que je conçois le public, comme une masse monumentale, inamovible.

A quand le prochain disque ?
Cela je ne peux pas le dire. On travaille d'arrache-pied sur de nouveaux morceaux. Notre préoccupation à l'heure actuelle, c' est d'être musiciens. On n'est pas encore au stade de faire de la variété, j'aime la musique qui cartonne. Ce qui me préoccupe c'est de parler comme je chante et de chanter comme je parle. Dire la même chose avec les rimes en plus. Pour une interview je n'ai pas assez d'entrainement pour faire les rimes aussi. Si je le pouvais,je le ferais mais à ce moment là ce ne serait plus la peine que je fasse de concerts , les interviews suffiraient.

 

NB: La Souris Déglinguée vient de s'enfermer en studio pour enregistrer un nouvel album.

Albums
1981 "La souris Déglinguée" New Rose
1982 "Une cause à rallier" Kuklos
1983 "Aujourd'hui et Demain" celluloïd
1984 "La cité des Anges" Celluloïd
1986 "Eddy Jones" Blue Silver
1988 "Quartier Libre" Musidisc
1988 "Quartier Libre" (EP 4 titres) Musidisc
1989 "Paris 23.05.89" Musidisc

propos recueillis par Pascale