» Interviews » Rock à l'Usine. N°3. Décembre 1986.

Interview La Souris Déglinguée, Tai Luc, Saint Dizier, le 7 novembre 1986

Votre musique a changé depuis ces dernières années, pour quelles raisons ? Lassitude d'un certain style ? de certaines paroles ? d'un certain public ? d'une certaine étiquette ?
Je ne sais pas si la musique a changé depuis ces dernières années, mais c'est plutôt les amplis qui ont disparu, puisqu'au départ on avait des amplis, et puis on se les ai fait voler au fuir et à mesure. Ca veut dire que le mur sonore n'est plus au rendez-vous. Demain on rentre à la maison, on va à Pigalle, on va s'acheter de nouveaux amplis, comme ça on n'aura plus à faire la mendicité auprès de certains groupes… emprunter les amplis des Coronados ou des Garçons Bouchers… Donc peut être que la musique a changé parce qu'on ne jouait pas sur nos amplis, mais dans les concerts à venir, la musique va retourner au point de départ. Quand on va jouer avec les Angelic Upstarts, la musique des Upstarts va changer, parce qu'ils vont jouer sur nos amplis… Par contre, la présence de Michel, le saxophone, apporte du changement sur les morceaux où il ne joue pas. Dans un morceau comme "Eddy Jones" on a essayé de recréer une ambiance Raya 1946. Sans saxo c'était impossible.

Et le public ?
Je pense que le public n'a pas changé. Il s'est un peu dégénéré, et puis il s'est reconverti dans d'autres genres d'activités. Certains éléments qui étaient destructeurs sont devenus constructeurs… Certains d'entre eux font partie d'organisations qui se sont très bien reconverties. Au lieu de détruire des concerts ils en organisent plutôt bien, si on les juge sur pièce, par rapport aux derniers concerts qu'ils ont organisé.

Croyez vous encore à un Pearl Harbour musical en France ? Ayant pour cible le show biz traditionnel ?
Laurent Chalumeau (le journaliste de Rock & Folk) était convaincu qu'il y aurait un Pearl Harbour en France, il voulait vraiment y participer par l'écriture… S'il était resté à R&F, il aurait pu se produire un phénomène équivalent à ce qu'à pu faire Sounds (en 81-82). Il a réussi à convaincre toute l'industrie médiatique que cette musique là pouvait être commercialisable… C'est ce qu'a essayé de faire Laurent Chalumeau en faisant notre promotion, en faisant la promotion de groupes comme Wunderbach et de certains autres groupes… Il a failli y avoir un Pearl Harbour en ce qui nous concerne, peut être y aura t'il d'autres opportunités… On fera tout, on jouera devant n'importe qui à la limite… Que ce soit devant 100 personnes ou devant un nombre illimité de copains, on a autant de plaisir. A la fin de sa chronique sur le concert du Palace (première partie de Gun Club), il écrit "il y en a même qui ont trouvé à redire quand LSD a commencé sa reprise de Lili Marleen, pour les traiter de fascistes". D'ailleurs dit-il, "Ils avaient raison ces journalistes là de dire ça, parce que LSD vous emmerde, et nous aussi"… Alors peut être qu'il y aura un Pearl Harbour, j'espère qu'on sera dans les avions, avec les japonais, qu'on ne sera pas avec les américains.

Et la Nouvelle Aube, c'est quoi alors ?
Dans une certaine banlieue de Paris, t'as un café qui s'appelle "Ici c'est mieux qu'en face". Et puis, pour les visiteurs qui vont voir ceux qui sont à l'hôtel des gros verrous, il y a une belle pelouse, et puis ils appellent ceux qui sont là haut. Alors on dit "… ça va Pascal ? ça se passe pas trop mal ? Et qu'est ce que tu fais la journée ? Oh ben je range… Et t'as beaucoup d'affaires à ranger ? Ouais, j'ai deux livres... et je les range, et quand j'ai fini je les range à nouveau… Ben tu peux pas sortir là non ? non j'en ai encore pour quelque temps". La Nouvelle Aube ça peut être ça… l'attente des jours meilleurs.

LSD se sent-il toujours porteur de cette fureur qui allumait le public il y a quelques années ?
A cette époque on nous reprochait le public pour diverses raisons, des bonnes et des mauvaises d'ailleurs. Et maintenant que ce public s'est reconverti dans le secteur tertiaire, on nous le reproche toujours. A l'époque, on était les seuls à l'avoir ce public. Il y a pas mal de groupes qui auraient aimé l'avoir, et c'est un public qui se mérite, un public auprès duquel il faut faire ses preuves. Ce public nous a toujours payé de respect, nous aussi nous l'avons respecté et nous le respecterons toujours. C'était un public d'incontrôlables, on leur reprochait d'avoir des grosses chaussures et des cheveux courts. C'étaient des rustres, hommes des cavernes modernes, des troubadours de banlieue, oui.

Quels sont les groupes avec lesquels vous avez le public de plaisir à jouer ?
A part Kingsnake, qu'on va connaître ce soir, je pense à Parabellum qui ont un excellent parolier, on aime beaucoup ce groupe parce que l'ancien batteur c'est l'ancien batteur de Wunderbach, c'est Cambouis. On aime beaucoup les textes du Bouffon Vert… Sinon je trouve que les Garçons Bouchers se défendent très bien dans leur catégorie, ils sont tout à fait à la hauteur. J'aime surtout les groupes français qui ont une tendance Oi très prononcée. D'une manière générale, pour que le message soit pris à son sens le plus fort par le plus grand nombre de gens, il faut qu'il y ait un soutien médiatique… La réussite c'est la commercialisation d'un produit qui est marginal. L'issue de ça, pour une association comme Rockalusine, c'est de louer des salles de plus en plus grandes, de recruter d'avantage de personnel, et de payer des gens à toutes sortes de travaux… Un voyou qui reste un voyou devient un clochard. C'est pour ça que des gens qui étaient dans le public en 81 ne sont plus des voyous. Ils se sont recyclé dans autre chose, et ils ont bien raison d'ailleurs.