» Interviews » Rock Hardi. N°7-8. 1985.

Quoi de neuf à Paris en ce début d'année ? Tiens, La Souris Déglinguée vient de sortir un nouvel album ! Pochette superbe dessinée par Mickson, 6 chansons seulement, mais quelles chansons ! La face A commence par le morceau qui donne son titre à l'album ; "La Cité des Anges", souvenirs du voyage de Tai Luc au pays du soleil levant et surtout du fameux "Malaysia Hotel", guitares aux touches asiatiques sur l'intro (qui a parlé d'Indo…) ; apparition d'un sax et d'un piano (deux instruments que l'on retrouve tout au long de l'album). Avec le 2ème morceau, direction les pays de l'Est : "Irina Blues", ou l'histoire de cette fille qui "s'est mariée pour quitter son pays et qui a choisi de venir vivre ici car pour elle ici c'est comme le paradis, quelle putain de liberté !", polka punk speedée où l'accordéon a la part belle ! Le 3ème morceau, "International Fan Club" est un reggae ska splendidement enrobé de saxo et de petites voix féminines chantant le refrain… Ca devrait faire un malheur dans les médias (d'ailleurs Maneval ne s'y est pas trompé : il le programme régulièrement dans son émission "Mégafun"), les paroles sont là pour clouer une bonne fois pour toute le bec à ceux qui traiteraient LSD de "skins nationalistes" : "On ira à Belleville, on ira à Barbès, ce sera comme l'Indochine mélangée de Marakech, International Raya Raya Fan Club…". La première face s'achève par la version instrumentale de "St Sauveur", où la voix de Tai est remplacée par le saxo de Michel et la guitare de Jean-Pierre… "Soldats Perdus", qui démarre la face B, est un morceau jazzy années 50, avec sax et piano omniprésents et, en prime… des claquettes ! Vous n'êtes pas au bout de vos surprises car le morceau suivant, "Nostalgique" est un slow ! Oublier c'est un peu mourir… alors Tai Luc se souvient. Souvenirs, souvenirs… Souvenirs des "filles des Halles, au visage pâle, sentimentales", "pour ne pas oublier qu'on les a presque aimées", souvenir des "skins des Halles à la Fontaine des Innocents", souvenir des punks de Paname… L'ombre de Piaf est là, tout au long de ce magnifique slow… "St Sauveur" (version chantée) clôt l'album… punk frappé LSD ! Tout en gardant son identité punk et ses racines rock'n'roll, La Souris nous offre avec "La Cité des Anges" un album original et coloré… un des plus beaux disques "made in France" de 85.


Mais trêve de compliments. Retrouvons plutôt Tai Luc (chanteur) et Rikko (bassiste) en direct au studio WW Quai de la Gare, interviewés par Phil Suspect et Fred…

Pratiquement un album par an, peu de groupes ont cette régularité. Quel est votre secret ?
R : On s'est donné une ligne directrice, sortir un album par an avec les moyens qu'on avait, c'est à dire peu… Nous nous sommes arrangés pour trouver un bon studio. Mais à la limite, on aimerait bien en sortir un tous les trois mois…

La formule du 45t ne vous tente pas ?
R : On nous l'a proposé, mais nous ne sommes pas intéressés car dès le début il faut que ce soit un tube potentiel, c'est à dire qu'il puisse se vendre dans les grandes surfaces, à côté de "SOS Fantômes" et "Bronski Beat"… Mais je pense que les gens qui nous écoutent ont plutôt envie d'écouter 5 morceaux d'affilés au lieu de 2…

Avez-vous trouvé en Cellulloïd la maison de disque idéale ?
R : Idéale ? On a trouvé une étape que l'on avait trouvé au départ par New Rose, et en second lieu par Kuklos pour le 2ème album, et Cellulloïd pour les 3ème et 4ème… C'est une étape, un moyen par rapport à ce que l'on a demandé. Mais il nous manque un facteur promotion plus important. Nous touchons un petit public, nous avons un public ciblé.
TL : De toute façon, ça n'existe pas une maison de disque idéale, elle est là pour se faire du fric sur ton dos, il ne faut jamais l'oublier. Celle avec laquelle on travaille est assez incompétente, mais nous le sommes aussi. Nous ne sommes pas de bons gestionnaires de notre travail… Et puis, dans ce milieu là, il faut un maximum de présence mondaine, on nous l'a souvent dit… Il faudrait pratiquement sortir tous les soirs afin d'assurer notre promotion…

Tout disque semble devoir être accompagné d'une vidéo. Que peut-on attendre de vote part à ce sujet ?
TL : On a un projet vidéo, mais cela ressemble plutôt à la série "l'homme invisible" ! On voit pas grand chose pour l'instant. Effectivement, si l'on avait fait un clip, cela fait longtemps que l'on vendrait 100 000 disques !!! Mais c'est pas pour tout de suite. Je crois que ça gênerait les gens si cela passait à la TV, je crois que mes paroles dérangent…

Racontez-nous votre passage chez Jacques Martin (Emission "si j'ai bonne mémoire" du 30 septembre 1984)…
R : Ca s'est fait tout simplement. L'album "Aujourd'hui et Demain" était en édition Clouseau, la personne qui s'occupe de trouver des acteurs, des figurants, des groupes pour cette émission a téléphoné chez Clouseau… Ca avait un côté assez folklorique, un peu nul… Il fallait un groupe pour imager, et voilà…
TL : Je crois qu'il faut quand même signaler que l'ex-punk en question, qui a gagné le voyage sur le Nil, c'était le fils de Jean Yann !
R : C'est quand même un bon souvenir, ça s'est bien passé, c'était marrant à faire, et puis, on a touché beaucoup de gens au repas du dimanche…

Est-ce toi, Tai Luc, qui a imposé ce look BD à la pochette ?
TL : Absolument pas, celui qui l'a imposé, c'est Mickson, celui là même qui a signé la pochette. Lui il est en plein dans la BD. Au départ, sur la pochette, il avait fait un panneau publicitaire, une sorte de palette avec nous à l'intérieur, puis on lui a dit que ce n'était pas suffisant, que l'on n'était pas assez "psychédélique" pour ça, alors nous lui avons demandé de rajouter des éléments propres à notre époque…

D'où vous est venue l'idée d'introduire des claquettes sur "Soldats Perdus" ?
TL : C'est une idée en vue d'une vidéo peut être…
R : Elles ont été jouées par un ami black qui enseigne les claquettes dans une école… Il a voulu enrober ce morceau, "Soldats Perdus", lui donner un côté chorégraphique, mais effectivement cela aurait été plus exploitable sur un plan visuel que sur un skeud…

Comment doit-on comprendre les paroles de "Nostalgique" ? Comme un constat d'échec par rapport au mouvement de 77 .
TL : C'est pas du tout un constat d'échec. On n'est pas du côté des souvenirs, mais plutôt de la fidélité au passé… C'est la meilleure façon de parler de certaines personnes… Et puis, on a l'impression que ça sonnait bien, alors on l'a fait…

"Nostalgique" est un slow, vous aimez particulièrement la danse ?
TL : Nous, pour le côté danse, on pense surtout à l'époque des scopitones et du rock'n'roll. Les années 60, le jerk, tout ça, c'était bien… Mais après en 70 on en parle pas, les gens étaient toujours assis, et puis en 77 il y a eu un retour en force avec la danse du "Marteau pilon", c'était pas mal non plus…

Y a t'il des choses qui ont changé pour vous à l'étranger ?
R : Nous sommes distribués dans les pays francophones, style Belgique, principalement parce qu'on chante en français…
TL : mais pour toucher un public à l'étranger, il n'y a qu'un solution, c'est une promotion gigantesque…
R : … et encore, c'est pas évident. Des groupes comme Trust ou Téléphone en ont fait l'expérience, et puis même par rapport aux textes que l'on a, mais aussi par rapport à nos sensibilités et à notre façon de vivre, les gens à l'étranger ne comprendraient pas…

Peut on considérer Michel (Sax) comme un membre à part entière de LSD ?
R : Michel est venu il y a à peu près un an et demi, il a commencé à répéter avec nous, on trouvait que la coloration du sax collait bien avec notre musique. Mais l'idée du sax était aussi de compléter, de donner une couleur plus rock'n'roll à notre musique, qui l'était déjà pas mal..
TL : D'ailleurs on a un nouveau morceau qui s'appelle "Aucun regret" où il y a une partie de sax qui fait vraiment 1954, ça fait surtout penser à Bill Haley…

Si vous répétez c'est qu'il y a des concerts en vue ?
R : On n'a jamais eu l'optique de répéter comme le font les groupes à gros budgets qui répètent en fonction d'une tournée ou pour un concert. On a toujours répété régulièrement, on répète pour créer des morceaux, et puis, faire des concerts c'est répéter aussi…

En attendant de voir La Souris en concert, nous vous offrons les paroles d'une de leurs chansons inédites, paroles que Tai Luc a eu la gentillesse de nous donner… Ca s'appelle "Les Parents à Chantal" et il ne manque plus que la musique !

Rick Bertrand.