» Interviews » Rock Hardi. N° 4. 1984

Paris, 11h30 : sur "La voix du lézard", 103,9 mhz… Tai Luc (chanteur - guitariste), Jean-Pierre (guitariste) et Hervé (manager) répondent aux questions de Gérard dans l'émission " les brumes matinales "… Le nouvel album " Aujourd'hui et demain ", les projets, le rock'n'roll : La Souris parle et se dévoile…

Est-ce que ce nouvel album a quelque chose de différent des précédents ?
- La grande nouveauté, c'est la pochette, qui est en couleur.
- On a mis de la couleur dans le rock.

Et la couleur musicale ?
- On a passé déjà plus de temps à le faire. On est resté plus de 2 mois en studio…
- Disons tout l'été même. Quand tu disposes de plus de temps, tu peux mieux coucher tes idées sur la bande. Par rapport au premier qu'on avait fait en ¾ jours, c'est mieux.

Aviez-vous un producteur avec vous ?

- Non, non, on s'est produit nous mêmes, on avait simplement les ingénieurs du son, qualifiés, pour les choses techniques.
- Et aussi un peu pour la production, vu qu'on était en co-production.
- Mais enfin, ils nous laissaient les mains libres, ils s'occupaient des manettes et c'est tout.
- Sinon, on a fait une croix sur les producteurs toxicomanes et alcooliques.

Vous n'avez jamais eu envie d'avoir un producteur anglais ?
- Qu'il vienne, qu'il vienne, on l'attend !
- On n'est pas contre, mais on n'a jamais eu l'occasion de pouvoir se payer les services de l'un d'entre eux.

Vous pensez que les producteurs anglais ont tendance à venir vers les groupes français, ou faut-il aller les chercher ?

- Non je crois pas. Le mythe du producteur anglais qui flashe sur un groupe français est faux. Ils ont tout ce qu'il faut là bas comme groupes, alors…
- Je crois qu'il vaudrait mieux s'attacher les services d'un producteur indonésien pour trouver une nouvelle couleur musicale. Ca pourrait être rigolo…

On peut trouver des choses inattendues sur cet album, par exemple la reprise de "Lili Marleen". Comment vous est venue l'idée de faire cette reprise ?
- Ben tu sais, à force de marcher au pas pendant 12 mois, t'en ressorts avec un rythme dans la tête, et c'est absolument celui là.

Ca a donc un rapport avec le service militaire ?
- Tout à fait, ouais, le service que j'ai rendu, c'est… en cadence…
- Et en plus c'est une belle mélodie.

On peut penser que ce morceau tranche complètement avec le reste du disque, non ?
LSD : La séance d'enregistrement a elle aussi tranché avec le reste des séances, au niveau de l'ambiance...
- Quand on l'a enregistrée, Jean-Pierre était saoul, il ne s'en est même pas rendu compte qu'il faisait une guitare pour "Lili Marleen" !
- Non, mais quand Eliane a chanté, c'était spécial, bizarre...
- Ouais, c'était magique, parce que si tu veux, on avait mis toutes les chances de notre côté, à savoir qu'on avait invité un prof de philosophie et aussi un prof d'Allemand, pour reprendre la diction d'Eliane quand elle était défaillante... Et ce mec s'est marié avec l'arrière petite-fille de Richard Wagner, et si tu veux, dans le studio il y avait l'esprit de Richard Wagner qui flottait...

(apparition de Hervé, le manager)
Les problèmes que vous aviez pour jouer à Paris existent-ils toujours ?
- Actuellement, on essaie de le résoudre, à savoir que les "1001 nuits" refusent de nous laisser jouer, même en louant la salle. Pourquoi ? On n'en sait rien, c'est comme
ça et pas autrement. Sinon en décembre y'a une nouvelle boîte dans le même style qui va s'ouvrir, "Le Sous-Marin Jaune". Ca se situera juste en face du Gibus et nous espérons pouvoir y jouer.

Tu nous parlais toute à l'heure d'une espèce d'association qui allait se créer entre trois groupes français ?
- Ouais, tout simplement il y a des groupes qui ont des problèmes, des groupes qui splittent, des groupes qui se forment, ce qui est bon signe, et qui ont besoin de coups de main... Car comme chacun le sait, les maisons de disques ne sont pas toujours accueillantes ! Alors en ce moment où on a un certain poids, on essaie d'aider certains groupes à pouvoir finir leur disque ou à en commencer un, à tourner, etc... Alors avec Wunderbach et OTH, on va essayer de faire quelque chose, on sait pas encore si ce sera un label, une collection ou une réunion de groupes, enfin un truc dans ce genre...

Et au niveau structure juridique, financière...
- On n'aime pas trop les structures. Tu vois les autres labels, ça tient six mois et ça s'effondre. T'auras pas de structure à proprement parler, ça sera seulement une aide de quelques mois...
- Faut pas faire quelque chose de trop fini... Ca fonctionnera comme une sorte de syndicat...
- Ca sera un axe...
- Ouais, l'axe Paris-Nanterre-Montpellier, mais on espère qu'il y aura des tas de gens qui viendront s'intégrer à cette mouvance...

Que pensez-vous des splits en série des groupes (comme Les Civils, qui sont les derniers en date) qui étaient signés par des maisons de disque, et qu'au contraire, les groupes non-signés continuent leur route ?
- On rigole, on rigole !
- Ca veut dire que les premiers n'avaient pas la foi et que les second l'ont toujours...
- Disons qu'à force d'être habitué à se débrouiller tout seul, ça te permet d'éviter certains écueils, certaines déceptions...
- En fait, ce sont des groupes qui ont dû s'attendre à beaucoup de promo de leur maison de disque, à beaucoup de concerts, de TV, de radios, enfin tout ce qui leur tombe dans la gueule, et ils s'apperçoivent que rien ne vient de ce côté là... Et comme il n'y a personne avec eux, qui sillonne Paris toute la journée à la recherche de plans, ils se trouvent fort mari...
- Ils attendent tout de leur label, et ils s'apperçoivent qu'il ne faut pas en attendre trop, à part la fabrication et la diffusion des disques, des choses comme ça... et encore !

Croyez-vous que ces splits soient liés à la nature de la musique ?

- Non, la plupart d'entre eux ne sont pas des groupes de rock'n'roll... Parce que, quand un groupe se lance dans une opération plus ou moins commerciale, ou dans un phénomène de mode au niveau musical, sa chance de survie est moindre. Tandis que quand tu joues dans un groupe de rock'n'roll, tu vois ce que je veux dire par rock'n'roll, qu'il soit dégénéré ou pas, tu sais ce que tu fais, tu crois en quelque chose....
- Pour tous ces groupes, le splitt vient de la lassitude, de la fatigue de ne pas voir évoluer les choses plus vite, de s'appercevoir que t'as beau dire et faire, ça bouge pas. Vu de l'extérieur, il peut sembler que ça bouge, mais de l'intérieur, ça stagne et c'est ça qui précipite leur fin...

Et au niveau des tournées... des projets ?
- Ouais, on devrait tourner au mois de mars. On va essayer de visiter la France et les pays limitrophes. Je pense que ça devrait marcher, la suite au prochain numéro !

Les concerts en province fonctionnent-ils bien ?
- Je crois qu'avant de faire des concerts en province, il faut que tu tiennes compte de l'aspect sociologique de la ville. C'est comme ça qu'on essaie de procéder. C'est à dire, savoir comment la ville est entourée, combien les gens sont prêts à mettre pour un concert. On essaie d'établir des places à 35/40 francs, et comme ça peut faire un bon concert, avec du monde, et tout le monde y trouve son compte....

D'ici votre prochaine tournée, qu'allez-vous faire ?
- Là on est en train de travailler de nouveaux morceaux, sinon il est question d'entrer en studio pour enregistrer une petite bande, quelques nouveaux titres qui peuvent éventuellement servir pour un maxi ou un mini...

Les filles dans le rock pour vous, c'est quoi ? des Groupies ?

- Non, il y a les groupies, mais sinon, non.
- Faut dire qu'il y a beaucoup de filles dans notre public, contrairement à ce qu'on pense...
- La preuve qu'on les estime, il y en a deux sur notre disque !
- Ouais, on aurait pu faire une version de "Marie-France" dégénérée, comme en concert... Là, on a fait un effort, on a pris Marie, en rupture de groupe, elle nous a rendu service, et le résultat est pas trop décevant. Et puis, ça nous permet de passer sur une radio périphérique connue, c'est bien...

C'est bien pour eux, c'est bien pour nous, et le dernier pogo n'est pas pour demain !

Propos recueillis par Gérard, "les brumes matinales", sur La Voix du Lézard (103.9). Transcription, Phil Suspect.