» Interviews » Rock N°49, février 1982.

La Souris Déglinguée a bien préparé son assaut. En effet, depuis 1979, les souris font provision de munitions et d'énergie, sans tenir compte du D.D.T. La Souris devient ainsi plus forte, plus lucide et plus déterminée. Ils ont su s'adapter à l'environnement et au climat et au climat non plus matériel, mais profondément social. LSD fait un rock décapant, révélateur d'un climat, d'une tension, un rock social déchargé des étiquettes, un rock de contestation.
La Souris Déglinguée.
Ce que nous chantons c'est une réalité concrète, personne ne dit si c'est bien ou mal, c'est uniquement un fait. Nos chansons sont comme des clichés, des recueils, des témoignages vécus, des faits sociaux.

Rock : C'est pour cela que vous avez choisi de chanter en français ?
Sincèrement, nous n'avons jamais pensé que nous pouvions chanter en anglais, sauf pour des reprises. Nous sommes dans un pays de langue française, alors nous chantons en français. Nous savons que la langue se plie moins aux exigences, mais il suffit d'avoir confiance. Je sais parfaitement que nous perdrions notre impact si nous chantions en anglais. Tai qui écrit les textes, n'est pas là aujourd'hui, mais il dirait la même chose. Il écrit ce qu'il ressent, sans détour, parce que nous sommes imprégnés de la ville et notre démarche en prend modèle.

Rock : Vous avez rencontré quelques problèmes ?
Oui et nous en rencontrons toujours puisque nous ne pouvons pratiquement pas jouer sur Paris. Tout ceci remonte aux émeutes de l'Opéra Night, et je peux te dire que nous avons une étiquette, "Danger". Mais il faut souligner que nous ne sommes ni des manipulateurs, ni des provocateurs.

Rock : Vous catalysez l'énergie, amis sans la violence ?
Exactement, mais il n'y a pas beaucoup d'écart entre cette énergie farouche et la violence. Tout peut basculer sans prévenir, tout devient chaos et tout va trop vite. A l'Opéra Night, nous avons joué pour éviter un désastre… La merde c'est l'engrenage dans lequel tu te trouves impliqué, et (nous ne voulons pas de malentendus), nous aimerions que tout se passe bien. Mais c'est quand même important d'avoir des fans, des personnes qui croient en toi, qui te suivent partout où la Souris joue. Ceci dit, nous allons jouer en province pour que les gens sachent qui nous sommes et ce que nous valons véritablement.

Rock : Votre problème est un problème courant en Angleterre ?
Oui c'est très courant, chaque groupe a con Contingent. Mais en France c'est plutôt rare, mis à part Vince Taylor et Johnny Halliday, il n'y a pas eu grand chose. Eux possédaient une véritable "bande" qui les suivait, c'est l'histoire ses sièges cassés de l'Olympia.

Rock : Il y a Oberkampf.
Oui, ils ont le même Contingent que nous à quelque chose près. La violence gratuite est inutile, il faut libérer sans se taper dessus. Nous voulons jouer pour tout le monde.

Rock : C'est important pour vous d'être près de votre public, de combler un fossé ennuyeux ?
Totalement. La musique que nous jouons c'est pour éviter les fossés. Nous voulons jouer pour les 2000 personnes qui ont acheté notre disque et pour tous les autres qui veulent entrer dans la danse. Nous voulons jouer pour tous ceux qui nous attendent en province. Nous avons reçu des lettres qui nous motivent beaucoup… Nous sommes rayés de Paris parce que certains personnes posent le véto… eh bien, nous irons en province. Le piquant, c'est que le public ne sera pas conquis d'avance, on verra ce que nous valons. Ceci dit, nos concerts au Rose Bonbon se sont bien passés.

Rock : Vous êtes satisfaits de l'album ?
On était fous à l'idée d'enregistrer. C'était un besoin de survie. Nous avions 35 morceaux prêts et l'album en contient 14… Tu vois un peu. Avec le recul, on trouve le son un peu "plat", mais c'est un album de premier jet avec tout ce que cela comporte. Le prochain sera différent. Notre maxi-45t sort en mai, et pour l'album nous aimerions trouver un producteur digne de ce nom. Nous sommes contents de notre producteur, et puis, en France, il n'y a rien, mais… nous aimerions peut être un producteur anglais. Quelqu'un qui profile, qui matérialise notre son. (Tous en chœur) "Phil Spector", ouah, tout ceci est un rêve. Et puis il faut que nous soyons distribués en Province, c'est important. Pour cela nous allons essayer de "dealer" avec une grande maison de disques. Voilà, nous avons la tête pleine de projets qui, j'espère, vont se concrétiser. Il fallait de la force en soi pour ne pas craquer, mais nous nous en sommes sortis, note album est là. Nous avions et nous nous avons la foi en ce que nous faisons, c'est quand même un signe…

Je ne pense pas qu'il faille affubler La Souris Déglinguée d'une quelconque étiquette. Leur démarche correspond à un idéal, leur idéologie c'est la vie sociale et ils sont vraiment là. LSD n'est pas un groupe qui se laissera manipuler, et toutes leurs contradictions leur sont profitables. "Si l'on nous assimile à Clash, il faut mettre les dates, c'est à dire le premier album". LSD veut que tout le monde soit branché sur le même réseau, et même si le chat est là, les souris dansent.


PS : pour Tai Luc, chanteur et parolier qui n'a pas pu assister à l'interview, un extrait de ses paroles et je sais combien ses paroles collent à la musique, à leur démarche et à leur idéal. " On marche encore sous la pluie / Rien n'a encore changé / On marche même toute la nuit / Sans avoir rien trouvé… "

Jean-Marc CANOVAS.