Interviews Médiators. N°8. Mars 1989.

Alors pourquoi cette signature avec Musidisc ?
TL : Bon, si tu veux, on peut dire qu'on est plus fidèle avec les labels qui précèdent… Donc, une fois de plus nous avons rompu le contrat avec notre dernière maison de disques. En plus, nous avons beaucoup d'affinités avec certains membres de l'équipe Musidisc. Avec Hervé Deplasse par exemple, que nous connaissons depuis longtemps. Par ailleurs, il nous a sollicité pendant deux ans, et puis là, nous avons accepté Musidisc, car cela nous paraît raisonnable, et puis c'est la meilleure distribution en France…
C'était quoi votre label précédent déjà ?
TL : Avant nous étions sur Blue Silver, et précédemment sur Cellulloïd, qui sont tous deux distribués par Mélodie… Mais comme nous trouvions que la distribution n'était pas satisfaisante, nous avons préféré filer ailleurs. Et encore avant, nous étions chez New Rose. Nous avons également été sur le label de Daniel Guichard, et d'autre part, nous avons changé cinq fois de maison d'édition. Mais nous avons décidé que la prochaine serait la nôtre…

LSD existe depuis 10 ans ?
TL : Oui presque, nous avons débuté en 79…

Alors, le bilan ?
TL : Comme dirait Georges Marchais : "le bilan"…
En chœur derrière : Tout va bien !!!
TL : Je te dis ça parce que ce matin, on a été faire une interview avec un journaliste de l'Humanité !

Ah bon ?
TL : Oui, oui, bien sûr ! Mais si tu veux, nous l'avons complètement perverti. Il a suivi la tournée du Canada avec nous, et il en a vu de toutes les couleurs ! Et donc, après 8/9 ans de Souris Déglinguée, on peut dire que globalement le bilan est positif.

Vos projets immédiats ?
TL : Nos projets immédiats viennent de se concrétiser : c'était un concert au Canada, qui s'est super bien passé.
JP : Nous sommes revenus avant hier de Montréal, où nous avons participé à la semaine du rock francophone. Et puis, les projets immédiats, c'est également la sortie du disque, et puis préparer la rentrée, faire une tournée…
TL : Nous avons déjà des tas de concerts en prévision. Je ne pourrais te dire les dates exactes, à part une qui est déjà certaine, c'est le 14 octobre où nous allons jouer à l'Elysée Montmartre. A l'issu de quoi nous allons faire des concerts dans toute la France. Parce que maintenant nous avons un nouveau contact pour les concerts, quelqu'un de très actif, en la personne de Gérald, que nous connaissons depuis peu, alors que nous lui faisons un peu de publicité… Je n'ai pas le téléphone en tête sinon je te l'aurais donné pour ton interview. Donc, grâce à nos nouveaux contacts, nous allons faire beaucoup de concerts. J'espère que d'ici l'année prochaine on pourra aller jouer en République Populaire de Chine, en Pologne… Et puis, je viens d'apprendre, comme quoi on est plus ou moins solidaires les uns des autres, que nous sommes invités à aller en URSS avec Gogol (la femme de Gogol est ma cousine), et je n'ai pas décliné l'invitation. Je lui ai dit que si cela peut se faire, on le fera ! Voilà, tu as une information toute fraîche !

Vous êtes copains avec cette bande de cinglés ?
TL : Tu parles de cinglés, mais on connaît des gens plus cinglés que Gogol !
JP : On a vu plus cinglé que lui à Montréal…

Cela existe ?
JP : Oh oui, là il est totalement éliminé même !
TL : Si tu veux, Gogol, c'est le dieu vivant. Et par ailleurs il en connaît un rayon en matière d'obscénités. Mais là, on a rencontré quelqu'un en concert qui l'a battu, carrément ! Non seulement il le bat sur le terrain de l'obscénité, mais il bat aussi François des Garçons Bouchers sur le terrain de l'obésité ! En plus, cette personne fait une performance, du début jusqu'à la fin, dans la nudité la plus totale… Ce que tu fais chez toi dans ta salle de bains, avec une musique de fond, lui le fait sur scène devant des centaines de personnes ! Alors c'est curieux parce que, là bas, c'est le provocateur N°1, et d'habitude les concerts sont arrêtés au bout de 10 minutes, un quart d'heure, mais là il a tenu ses 50 minutes, alors que ce n'était pas un public propre à lui puisqu'il s'agissait d'un festival…

Vous en avez parlé à Gogol ?
TL : Oui, nous venons de lui dire à l'instant.

Qu'en pense t'il ?
TL : et bien, il a été choqué ! (rires)

Bon, on peut avoir des précisions sur l'album qui va sortir ?
TL : Et bien, l'album, nous t'invitons à l'acheter ! Pour le moment il n'est paru qu'un 45t, mais tout a déjà été enregistré, et ce sera un album varié, comme les précédents. Et sur vinyle, nous essayons toujours de donner la meilleure part de nous-mêmes, du point de vue du confort acoustique. Et je crois que sur ce disque c'est assez varié, tu as tous les rythmes possibles et imaginables que tu entends aujourd'hui, et que tu entendais déjà hier et avant hier…

Une petite question personnelle, que pensez vous de Michael Jackson, qui passe ce soir ? Vous allez le voir ?
TL : Ben non, on n'a pas d'invitations, on ne va pas aller le voir !

Sinon vous y seriez allé ?
TL : Ben je ne dis pas que je n'y serais pas allé, parce que moi, l'année dernière, j'ai bien travaillé sur le concert de Madonna, alors…

Il y a des milliers de lecteurs qui vont le savoir maintenant !
TL : J'ai travaillé sur le concert ! (en appuyant bien sur le mot "travaillé" et en répétant deux fois la phrase !) C'était pour me faire un peu de blé, et j'ai observé ça. C'était impressionnant.

De connerie ?
TL : Peut être… Mais au niveau de l'organisation, c'est assez époustouflant. Et là, Jackson, je pense que ça va être le même topo, avec un peu moins de monde certainement. Ceci dit, j'irais bien le voir, why not ?
JP : De loin !
TL : Oui de loin, voir le show, comme ça…

Que pensez vous de la scène rock française ?
TL : Elle a toujours existé, et elle existera toujours ! Pas plus tard qu'hier il y avait des groupes comme les Variations, et puis auparavant il y avait les Chaussettes Noires, les Chats Sauvages. Et je crois que les groupes français, d'hier et d'aujourd'hui, sont plus ou moins bercés par leurs illusions… Nous avons les nôtres, ils ont les leurs… Nous vivons à la fois sous une forme de fiction, et ancré dans la réalité. C'est à chacun sa merde !
JP : Moi, j'ai vu qu'à Montréal on a joué avec des groupes français, puisque c'était le principe de l'histoire, et que tout était de qualité, même si tout n'a pas eu le même succès, ou même si cela ne nous plait pas. Il y avait des gens si différents, comme Noir Désir, Gamine, les Garçons Bouchers, OTH… Des choses vachement différentes donc, mais tout était de qualité.

Alors question bateau : les idées, c'est la provocation ?
TL : Moi, en ce qui me concerne, je n'ai jamais fait usage de stupéfiants. Quand à nos initiales, c'est un pur hasard. C'est comme OTH, ou comme des tas de trucs.

Ce n'est pas fait exprès ?
JP : Non, c'est après qu'on s'en est rendu compte.
TL : Nous étions vachement inspirés, au point de vue du nom, et on n'a pas du tout pensé à ce genre de choses…
JP : Alors nous l'avons travesti en Loisirs-Sports-Détente, ce qui n'est pas mal non plus…

Vous n'avez pas eu envie de changer de nom ?
TL : Tu sais, sur les voitures Peugeot, il y a écrit LSD, et cela ne choque personne ! Et puis, nous étions déjà connu sous ce nom, il était difficile d'en changer…

Thierry Supervielle