» Interviews » LA BANLIEUE DES MACHIAVELS N°1, 1983.

LA SOURIS DANSE LE DERNIER POGO A PARIS


QUE NE FERAIT-ON PAS POUR LA SOURIS DEGLINGUEE ?
Un interview au fin fond du XXème arrondissement par exemple. Jean-Pierre, le guitariste fit une apparition furtive mais ils étaient quand même quatre car Hervé le manager fait corps avec eux. Nous on était trois fanzines : ROCK ALTERNATIVE, NEO et BANLIEUE DES MACHIAVELS. Collégialement on a eu droit à une écoute idéale (in le Studio Garage) du dernier LP. Ce fut une grande claque. Encore sous le charme, tous les fanzineurs étaient prêts pour l'interview où l'humour si particulier de LSD fit merveille :

Comment êtes-vous venu à la musique ?

C'était un besoin. Certains groupes nous ont fait flasher : VINCE TAYLOR, FEELGOOD, CRAZY CAVAN, SHAM 69, LES HEARTBREAKERS... et tout s'est enchaîné. Ce sont des points de repères, des concerts charnières.

Vous avez souvent déclaré qu'un groupe avait des épreuves à passer, quelles sont-elles ?
On vient tous de banlieue, de derrière la ceinture. Au début, tu joues en banlieue, puis tu montes à Paris (là où sont les endroits où tu peux jouer), tu vas au GOLF DROUOT qui n'était pas un tremplin mais une descente d'escalier plutôt, et après tu fais le GIBUS, c'est là que tout se décide. Apprendre à connaître le public, faire ses preuves à tous les niveaux.

Le Bizness ?
Le bizness est fait de telle manière que les petits labels sont réduits à la portion congrue. La concentration récente des MAJOR COMPANY ne va pas arranger la situation. La seule solution, c'est de signer avec une multi-nationale et de dire amen à leurs conditions.
Les avances chez eux, cela n'existe pas. Ce sont des reculs. Un groupe comme 12°5 a dû faire cession de ses droits de SACEM à CBS… c'est pour ça qu'on est à fond pour l'autoproduction (on a été parmi les premiers). Cela fera peut être évoluer les maisons de disques.

"Aujourd'hui et Demain" semble marquer une étape ?
C'est à vous de le dire (…) c'est la même ligne directrice, sauf qu'on s'est pris plus de moyens. On a pu affiner les sons. Ce qui ne veut pas dire qu'on a des ambitions musicales comme KILLING JOKE, PIL ou OBERKAMPF. Les morceaux datent pour la plupart de quatre ans. Rien que de l'inédit…

Est-ce que, enfin, on va vous voir plus souvent ?
Depuis l'année dernière, pour nous voir cela a été dur. Par exemple, les "tourneurs" n'acceptent pas qu'on fasse plus de monde que certains groupes, bien mieux promotionnés. Dernièrement on a appelé une boite de management qui nous a répondu "La Souris a un public trop dur". En fait, ils ne veulent pas que les gens viennent au concert de La Souris. C'est cela une boîte de management !!!

Nous, en tout cas, on espère que LA SOURIS DEGLINGUEE continuera longtemps à danser. Avec son charme si spécial. Du reggae, du rock'n'roll et du keupon. Allez "DANSE le POGO ou le BOP".



LA SOURIS a fait des parts généreuses. 15 chansons dans sa dernière galette. De quoi régaler son monde. Certains morceaux perpétuent une recette déjà éprouvée lors des disques antérieurs, mais d'autres sont empreints d'une nouvelle saveur. Du sax, de l'accordéon comme ingrédients, voilà qui est surprenant. Du risque, cela devient rare.
A l'image du verso de la pochette - le monde en "relief" : l'origine ou la destination ( ?) des chansons - le disque est cosmopolite. Des Amériques à l'Europe en passant par l'Asie, la musique suit ce melting-pot. La mixture prend bien. La Souris ne sera pas mise dans la marmite, n'en déplaise à certains. Elle a pris des risques, elle a gagné. LILI MARLEEN, MARIE-FRANCE (superbe voix cristalline de MARIE l'ex-d'ICI PARIS), AUJOURD'HUI et DEMAIN avec des textes et des musiques originaux frappe fort.
Le millésime est garanti. La rythmique et les chœurs renforcent l'identité de L.S.D. La voix de Tai Luc joue sur plusieurs chapitres, mais toujours avec cette écorchure reconnaissable entre toutes.
Mais que dire de "Jeunes Voleurs" qui est d'ores et déjà un hymne ? Il n'y a plus de doute (y en a t'il eu ?), courez acheter ce disque.
LA SOURIS est "une cause à rallier" messieurs les sceptiques.

RICO NIKÖLA & GINO CARAMEL