» Interviews » Kronique. N° 7 . 1987

Historique de la formation du groupe ?
Il n'y a pas d'histoire officielle de la formation de LSD, cependant tout le monde est d'accord pour dire que le groupe est devenu opérationnel avec l'arrivée de Jean-Claude, batteur en février 1979. Avant cette date, RAS à part un rock sauvage et primitif sans la moindre vocation nationale. Le premier concert avec JC aura lieu à Sarcelles deux semaines plus tard, la machine est lancée, elle ne s'arrétera pas là, les inévitables MJC (!), les tremplins du Gibus, du Golf Drouot, les premières parties ou il n'y a rien d'autre à gagner que l'estime du public. Fin 79, un 45T est financé par Hervé P., Catherine B. et Christine sur lequel figurent deux morceaux : "Haine, haine, haine" & "Garçons moderne". Le reste du répertoire se compose alors de "Yasmina", "Gretel K.", "Jaurés Stalingrad", "Week end sauvage" "Rock'n'roll vengeance", "As-tu déjà oublié", "Jeunes seigneurs", "Pourquoi", "Détachement FR79", "Jeunes voleurs", "Que vont-ils devenir", "Tu as beaucoup de libertés", "Tendance négative" et des reprise de Cochran, Chuck Berry & W. Dixon. L'année 80 se passera en grande partie sans Jean-Pierre, retenu sous les drapeaux. Des concerts comme à Toulouse, à la salle de la piscine de Beauvais... En province... et toujours pas de maisons de disques, un projets de 33 financé par Gérard G., mais qui ne verra pas le jour, pas assez d'argent pour mixer une bande huit pistes de quinze morceaux ou figure le nouveau répertoire : "Salut les copains", "Marie-France", "Sortie de garage". A la fin de l'année LSD rencontre un producteur Canadien en manque de dollards qui nous promet de nous amener en studio pour enregistrer "Coeur de Boudha", "Putain de zone", "Rien n'a encore changé", "Rockers", "Nation"... ce qu'il fera d'ailleurs au cous de l'année 81.

7 Janvier 1981 : un événement important pour le groupe : le concert de l'Opéra Night". Le lendemain, à la rubrique des faits divers style "vandalisme en tout genre", toute la France apprend l'existence de LSD et de ses supporters, LSD le groupe de nulle part, la quantité négligeable et toutes les bandes des Halles & de République qui constituent la majorité du public font la une de l'information. Plus de 400 coupures de presse en une seule journées. LSD, ce jour-là et dans les jours à venir a pris sa revanche sur le monde de l'industrie du disque et sur les médias qui avaient sciemment ignoré LSD jusque là, et depuis la jeunesse a apprit qu'il existe au moins un groupe différent des produits manufacturés qu'on lui balance a longueur de journée. Depuis ce jour LSD est fidèle à tous ses camarades supporters de la première heure et de l'Opéra Night pour leur esprit et leur amitié. Ensuite il y aura des concerts en banlieue, en province au cirque d'Amiens avec Vince Taylor ainsi qu'un concert à l'Elysée Montmartre avec les "Stiff Little Fingers".

Puis c'est au tour de Tai-Luc de partir sous les drapeaux pour le 1er RI au mois de décembre 81 le jour même de la sortie du premier 33 de LSD sur le label "New-Rose". "Eddy Jones" touche beaucoup de styles musicaux assez... rétro... Pourquoi ? On est toujours plus ou moins influencé par ce qu'on écoute, et comme on écoute pas forcement tous la même chose. Cela vient du fait que l'on connaît tous les plans OI! ou Rock'n'roll alors on a essayé de balancer de nouveaux rythmes Reggae/Ska voir Jazz, histoire de rompre la monotonie.
Pour LSD, il n'y a rien de rétrograde dans la musique, il s'agit simplement de trouver un fond sonore idéal pour les paroles, ce qui explique certains rythmes par rapport à certains textes... De plus il reflète une époque qui vous est inconnue (Les parents à Chantal), pourquoi cette époque et pas une que vous avez connu ? Parce que Chantal existe vraiment, c'est une fille de pied noirs qui depuis le début aux concerts de LSD et son frère Richard nous prète régulièrement des amplis guitare. Il y a toujours à apprendre des événements qui se sont déroulés pendant la jeunesse de nos parents, l'esprit voyou ou rebelle n'a pas d'époque. Si tu veux re-créer l'esprit voyou de 61 tu n'auras pas le choix, le rythme te seras imposé par le contexte de l'époque.
A part ça LSD connaît bien son époque, si tu connais notre discographie ou si tu nous a vu en concert dans le passé, tu as pu juger par toi-même. Les trois quarts du répertoire se composent de chansons à la gloire et à la mémoire de nos camarades de Paris & de banlieue.

Vous êtes passés deux fois à "France Inter", qu'est-ce que ça vous a fait ?

Ca ne nous fait rien parce que ce n'est pas suffisant mais c'est déjà mieux que rien. Chaque fois que tu peux nous entendre à la radio cela signifie qu'un obstacle a été franchie par LSD et que notre combat continue contre la maffia audio-visuelle et radiophonique.

Comment expliquez-vous votre évolution musicale ?
Il y a pas a proprement parler d'évolution musicale, nous sommes un groupe de Rock'n'roll, depuis trois disques nous avons fait appel à Michel, sax, pour le faire jouer sur les morceaux là ou il est indispensable, sur les Reggae/Ska, Jazz/Swing. D'ailleurs tu as pu remarquer que tous les groupes OI! Français s'y mettent aussi depuis quelques temps et recrutent des saxos, que ce soit "Brutal Combat", ou "Evil Skins". Michel a aussi enregistré avec "Raff" (très bon disque, Ndlr) de Limoges sur leur nouveau 33.

Les problèmes de LSD en concert, ça existe toujours ?
Le temps des braquages avant et après les concerts est révolu et chaque fois que ça c'est produit cela s'est passé sur Paris & en banlieue, mais jamais en province. Quoi qu'il en soit, il n'y a rien d'autre à dire à ce sujet car LSD doit beaucoup de respect & d'amitiés aux Skins des Halles, à la bande à Gilles et à Chris de Blaise parce qu'ils ont toujours pris la défense de LSD et ils ont médiatisé à leur manière LSD.
J'imagine que vous avez des bandes enregistrées en concert, pourquoi ne pas en faire un disque ?
Pour l'instant un manque de moyens financiers pour réaliser un tel projet, nous empêche d'y penser sérieusement. Si tu connais des gens possédant un enregistrement de nos deux passages à Toulouse (80/82), à la salle de la piscine qu'ils nous les fassent parvenir car ils manquent à nos archives. (J'espère que cela sera entendu ! Ndlr) !. A notre connaissance il existe tout un réseau de K7 pirate de nos concerts depuis 82, tu dois sûrement pouvoir te les procurer si tu viens à avoir ce genre de documents.
A Paris, il y a une mini société Rock (l'usine) qui utilise les mêmes personnes dans des groupes différents.

Comment ressentez-vous cette ambiance ?
Nous connaissons personnellement le chef de rock à l'usine, bien avant qu'il monte cette asso, puisqu'il faisait partie de la bande à Gilles, les concerts qu'il a organisé avec LSD a l'affiche ont toujours été une réussite pour l'année 86, le seul échec fut causé par la police qui interdit l'entrée du concert de l'usine au squatt de la mairie de Montreuil. Depuis le retour de LSD sur la scène Parisienne et dans les concerts de l'Usine, des éléments malveillants dans l'entourage de certains groupes de la capitale se désolidarisent de "Rock à l'usine", LSD soutient "Rock à l'usine" parce que "Rock à l'usine" organise des concerts pour LSD. Pour le mêmes raisons LSD soutient les initiatives de "Warhead", de "Paris bar-rock" et "Music 87". Cela dit, il est vrai que la tendance des groupes actuels n'est pas celle de LSD, puisque la mode est à la boite à rythmes et de jouer dans plusieurs groupes à la fois en espérant qu'un groupe marche plus qu'un autre pour décrocher la timballe et les pesetas. Chaque groupe a son idéal, à l'heure actuelle, pour LSD, ce n'est ni plus ni moins que de préparer un nouveau disque et faire des concerts en France, Canada et en Europe. Quant aux concerts a l'Usine, ils sont sans problèmes, ou, si tu préfères sans braquages, même à ceux de LSD, à ce niveau là il y a eu évolution.

Vous avez une réputation de groupe de la rue, qu'en est-il maintenant ?
Nous connaissons évidement bien le milieu ou nous évoluons. Notre réputation est ce qu'elle est avec tout ce que ça comporte de surfait et d'authentique, de vrai et d'exagéré. Nous avons individuellement autant de qualités humaines que de défauts ! La rue ne nous appartient pas exclusivement et nous ne pouvons la revendiquer éternellement, c'est le territoire d'une partie de la jeunesse et c'est le décor de notre vie quotidienne. Mais on ne doit pas s'arrêter a ce point, il ne faut pas que les rebelles deviennent des adultes charclods ! Les rebelles ne doivent-ils pas essayer de conquérir le monde ?

Le mot de la fin ?
Salut à tous, RV pour Tournefeuille, avant nous serons à Saintes le 14 mars, le 10 à Lyon pour une TV et le 6 à Issy les Moulineaux...