» Interviews » L'Eclipe. N°2. 29 septembre 1994.
Une page d'histoire
Dr Lux a rencontré Tai Luc, chanteur de La Souris Déglinguée, un jour à ne pas mettre un chat dehors. Compte-rendu en forme de retour sur une page d'histoire du rock en France :

"Tant que la rumeur court, l'animal vit" :
Trois rumeurs étaient parvenues à mes oreilles :
- un album en préparation "…un ami l'a entendu…". Tai Luc sort la K7 du blouson.
- La Souris a des états d'âme. Tai Luc "??? … ???". Je suis rassuré.
- Le concert de mai 90, à l'Olympia, avait vu NTM en première partie, question "il est dit que c'est un de tes frères qui a monté le coup". Réponse "C'est presque ça".

"La Souris a du nez" :
Un groupe alternatif pouvait être attendu en première partie. Trop attendu. De plus, peu convaincue de l'estampille alternative, La Souris a les oreilles qui traînent, et à l'époque elle grenouille pas mal dans le milieu rap, c'est là que ça bouge. L'important n'était pas rock ou rap pour la première partie, mais hardcore. Sans être pratiquant rap, Tai Luc choisit NTM, guidé par les liens géo-sociaux créés par une bonne connaissance de St Denis. Le public originel de l'animal a pris une claque, bien que pris à revers.

"Qu'est ce qui fait courir La Souris ?" :
Les influences de La Souris sont alambiquées. En 72 Tai Luc va chez son correspondant à Londres. La famille, d'origine jamaïcaine, le sort. Fondu de Slade et de T-Rex, il reste dubitatif face à la musique des " parties ". En plus la musique noire il la connaît déjà sur le bout des doigts. Le revival ska de 79 ne l'encourage pas plus dans cette voie. A l'époque, il lit la presse musicale anglaise, qui l'éclaire sur les combos à damiers. Rare pour un français. L'intérêt des standards cosignés (Madness, Specials…) lui semble limité. Un epériode de découverte (80) commence en pouvant entrer gratos au Palace. La Souris ne fait pas de mondanité, elle se faufile sur les toits. Les choses changent avec le mixage, et le toast de Ranking Rogers. EN 86, un techno du groupe ouvre "La Benne", rue Daulencourt. Les Bad Manners et les 45ts Trojan y sont hors de prix et en import. Le ska bouge vraiment des pieds.

"Les amis de La Souris" :
En 79, La Souris est dans l'Underground. En 80, les représentants d'une maison de disques lui expliquent, derrière une coupe de champagne, qu'ils sont au regret de ne pas pouvoir les signer, ayant déjà un groupe punk : Les Forbans (sic !). Les majors envisagent le rock français sous certaines conditions : une influence claire de Led Zep ou Stones. Normal vu que les décideurs de l'époque sont tombés dans cette marmite là. Dommage pour le rock français (Oberkampf, Wunderbach…), même si certains s'en tirent (Starshoot, Téléphone, Bijou). Mais La Souris est un animal tout petit. Petit le mouvement punk, petit le public, alors que les grosses maisons de disques aiment le gros public avec le gros portefeuille. Résultat, le public est à l'image de l'animal : " Tous les damnés de la terre ". La faune se lisse avec l'accès aux grandes salles. Au Bataclan en 89 pour "les 10 ans de l'animal", la métamorphose me paraît flagrante. Tai Luc la situe plus tard, à l'Olympia.

"Que fait La Souris entre deux galettes ?" :
Tout se travaille : les relations dans le groupe, avec la production, la maison de disque, le prochain disque. La rumeur dit qu'il est raggamuffin. Cela semble difficile à Tai Luc, vu que pour faire du ragga, il faut être jamaïcain, si possible à Londres, voire en Jamaïque. Pour le reste, il ressemblera pour une part à " Banzai " (après le virage amorcé dans "Quartier Libre") en mieux, et à ce qui était fait avant, en mieux. Il y a également eu le "remix" de cet été. Un remake de "Banzai" a été fait : exclusif Japon. Règle générale pour La Souris : tous les morceaux ont la "marque de fabrique" du groupe. Même si parfois, c'est teinté de ragga, ska, ou rockabilly, on reconnaît toujours la valeur sûre qu'est LSD.

Dr Lux.