Interviews Le Crapaud Chanteur. N°1. 1984.
La Souris Déglinguée, tout le monde connaît, mais vos débuts, la zone, etc… nous n'en avons qu'un maigre aperçu. Etait-ce dur de percer à l'époque ?
M : A l'époque je vivais ça de l'extérieur, vu que je n'étais pas encore dans le groupe. Mais c'est sur que le contexte était plus favorable pour percer qu'à l'heure actuelle, surtout dans le domaine où LSD frappait.
TL : De toutes façons, Albert Camus a dit un jour "le temps ne respecte que ceux qui prennent du temps", alors nous on prend du temps pour faire les choses. Quoi qu'il en soit, on essaye de les faire bien. Au début c'est moi et Jean-Pierre, ensuite c'est Rico qui arrive, puis Jean-Claude à la batterie, et puis récemment, enfin il y a 4 ans, c'est Muzo. En fait on a commencé en 79, bien qu'avant il y ait eu des expériences multiples, mais toujours avec les mêmes gens. En 1983, ça a pris une nouvelle tournée, Muzo, juste avant de partir au service militaire, a donné quelques coups de klaxon et de trompette sur "Aujourd'hui et Demain". Mais à cette époque là, il n'a pas eu droit à la photo sur la pochette, alors qu'il était déjà là depuis de nombreux mois.
M : La première époque a servi de tremplin en fait.
Disons qu'au début, le saxo était peut être un instrument complémentaire au groupe, et par la suite il est devenu un instrument à part entière ?
M : C'est à dire que petit à petit, le saxo est rentré dans la musique qu'on faisait, ça a servi à quelque chose. En fait au début c'était plus un essai qu'autre chose.
TL : Il faut se rendre à l'évidence, sur certains morceaux il y a des sons que tu ne peux pas faire sans saxo. Cela dit on n'a pas répondu à ta question, mais ce n'est pas grave. De toutes façons, la zone c'est l'affaire de chacun, et puis faut pas trop en parler, c'était un terme tellement galvaudé, mais on en a fait une magnifique chanson. Mais si tu veux, c'est une chanson qui a été à la fois bien interprétée, et mal interprétée, parce que nous, ce dont on parlait c'est ce dont je parle toujours d'ailleurs. C'est à dire de faire l'apologie de nos copains, d'une certaine idée de la jeunesse et de la banlieue, et je pense que cette idée là était présente et l'est toujours parmi nos contemporains. On l'a assez bien restituée. Pour ce qui est de la musique on a le champ libre, on fait ce qu'on veut, que ce soit du Oi FM, Punk FM, jazz alternatif, ou du jazz hardcore…

A propos, le prochain disque c'est pour quand ?
TL : D'ici peu de temps, on a fait les maquettes et on discute avec nos amis les capitalistes, car il n'y a qu'avec eux que tu peux faire des disques de toutes façons.

Et il se rapprochera de quel album ?
TL : Il se rapprochera de tous les albums que l'on a enregistré précédemment, mais simplement on va essayer, comme à chaque fois, que le résultat et le son soient meilleurs ; c'est une question de son.
M : Il sera peut être plus rock'n'roll que le dernier.

Parlez nous du sigle "LSD Fraction" que l'on retrouve sur vos disques.
TL : Si tu veux, "LSD Fraction" ce devait être notre label, mais on ne l'a jamais fait… C'est une idée sublime mais pour le moment on n'est pas encore assez maître de nous en ce qui concerne la création d'une société. Mais LSD Fraction, c'est La Souris Déglinguée et personne d'autre. Et à un moment donné ça représentait le groupes plus gens qui étaient autour et qui maintenant ne sont plus dans le groupe. En l'occurrence il y avait Hervé, qui était notre manager, et donc on était obligé de cacher sous ce sigle une réalité qui incorporait non seulement les membres du groupe, mais d'autres à côté, et qui au fond ont un très grand rôle pour ce qui est de notre offensive perpétuelle. Et tu sais qu'il y a aussi un badge qui a été fait par Rock à L'Usine parce qu'apparemment ils aiment ce sigle encore plus que nous. Il y a même eu un concert sous ce nom là.

Et Lima Sierra Delta, c'est quoi ?
TL : C'est la même chose, c'est La Souris Déglinguée. C'est les gens qui sont assis ici (on est à La Benne), et puis tous ceux qui apportent un concours invisible. Bientôt il y aura Géant Vert, qui va rédiger certaines chroniques su Bulletin d'Informations. Mais tous ces sigles apparaissent déjà dès le premier disque. En 1982 on en parlait déjà.

New Rose, Celluloïd, Mélodie Distribution, on dirait que vous aimez le changement ?
TL : Récemment on a eu encore affaire à eux, on a eu une discussion de mise au point. Muzo va t'en parler…
M : Oui, parce qu'on est jamais tout à fait content du résultat, notamment l'exploitation du disque. Donc chaque fois on remet un peu tout le monde en question. On cherche donc des partenaires qui sont susceptibles de faire mieux les choses. Maintenant disons que d'un côté on est content pour la fabrication du disque, mais on est mécontent pour son exploitation. New Rose c'est bien pour commencer. En effet, ils aident pas mal les groupes français, mais maintenant de moins en moins. Cela dit, c'est la première maison de disques qui nous a vraiment aidé. Mais on ne peut pas leur donner le bon Dieu sans confession parce que le premier disque est sorti en 1981, alors qu'on était déjà allé les voir en 1979, et là ils nous ont jeté ! Pourtant on faisait la même chose ! Mais à l'époque pour eux on était insignifiants car on n'avait pas encore cassé de boites de nuits. A partir du moment où il y a eu ce genre de concert, la pub était déjà faite.

Avez vous réellement des contacts avec des pays comme la Chine ? Si oui quelles sont vos activités ?
TL : Comme tu peux le voir dans le press-book on a eu un article dans une revue de Honk Kong. Ce n'est qu'un début, j'espère que ça se concrétisera par une tournée, mais ça va prendre du temps à mettre en place. Ce ne sera pas facile mais c'est ce qu'il y a de mieux à faire. Là bas tu peux jouer tranquillement devant 500 000 personnes dans un petit bled, donc ça remet tout en question.

Les paroles des morceaux d'Aujourd'hui et Demain nous montrent que vous vous sentez très concernés par les problèmes politiques mondiaux. Est-ce que cet album était un cri destiné à réveiller les jeunesses françaises ?
TL : D'abord "Aujourd'hui et Demain" ce n'était pas un album conceptuel, mais un ramassis de vieux morceaux !

C'est peut être pour ça qu'il est beaucoup plus punk rock ?
TL : Non, c'est surtout parce qu'il est mal enregistré et puis c'est nous qui l'avons produit. On était à la table alors cela a donné un album tout à fait inaudible, mais qui s'est bien vendu car apparemment les gens aiment bien ce qui est inaudible.

Comment s'est déroulé le concert avec les Toy Dolls ? Avez-vous eu des rapports amicaux avec eux ?
JP : On n'a eu aucun rapport. Si ! A travers la cloison, et ça s'est bien passé. En fait la plupart du temps ils n'étaient pas là !
TL : Par contre avec Condemned 84, qu'on avait vu, on a eu quelques rapports plus développés. Mais Toy Dolls on n'a pas eu le temps. Et puis on était coincés dans les coulisses et dans la salle. Cela dit c'était un très bon concert et j'espère qu'il y en aura d'autres comme ça. C'est le premier concert que j'ai vu et auquel on a participé, qui ressemblait à un véritable concert de rock'n'roll !

N'avez vous eu aucun problème avec la reprise de "Lili Marleen" ?
TL : Ben non puisqu'on est encore là !

Non je veux dire des problèmes de censure…
TL : Le seul problème, c'est nous qui nous le sommes posé car on avait la possibilité de faire un 45t de "Lili" avec une diffusion gigantesque. Et puis on ne l'a pas fait car on pensait que ce n'était pas utile de le faire. Alors que ça s'avère être un mauvais calcul parce que les radios sont toujours intéressées par un groupe qui fait une reprise d'une chanson qui n'est pas la leur. Tu prends Cyclope, ils ont repris "l'hymne à l'amour" d'Edith Piaf ; les Ablettes ont repris "tu verras" ; et puis d'autres groupes comme ça. Le seul problème écoutent le morceau, mais n'écoutent pas le groupe !

Merci à vous tous !