Interviews Combat Rock. N°2. Juin 1984.
La Souris Déglinguée dans le nord : un événement, un groupe avec une légende d'enfer derrière lui. Et une ligne de conduite qui n'a pas beaucoup changé depuis le 1er 45t autoproduit en 78, "trop tard pour me baiser la gueule", au dernier LP "Aujourd'hui et demain", un rock coincé entre Cochran et le Clash de 77. Avec des paroles dures et lucides, celles des kids de la rue et des autres. J'ai réussi à coincer Tai Luc dans l'endroit qui servait de loge au groupe ; Tai Luc apparemment plus loquace que certains ont bien voulu le dire.

Combat Rock : Comment marche votre dernier disque ?

TL : Ca va, on va bientôt dépasser le cap de 10 000 exemplaires, ce qui veut dire pour nous la possibilité d'en faire un autre.

Le disque de Kuklos (label de Daniel Guichard) c'était quoi pour vous ?
C'était une opportunité à saisir. Moi à l'époque j'étais à l'armée, les autre ont mis la bande sous leur nez et le disque s'est fait, mais ce n'est qu'une parenthèse dans notre carrière.

Est-ce que vous êtes parfois découragés ? J'imagine que cela ne doit pas être facile.
Si tu veux, on ne veut pas faire de concessions, nous menons une course de longue haleine, on fait la chanson réaliste. Regarde Yves Montand, le temps qu'il a mis pour s'imposer. Pour l'instant on a les moyens de continuer, alors on continue.

Comme tous rockers qui se respectent, la conversation dévie sur l'élément indispensable au rock : la guitare.

Tu ne joues plus sur ta Fender Mustang ?

Non, elle est trop vieille, elle se désaccorde facilement. Maintenant j'ai une vieille Gibson tout aussi pourrie mais le son est meilleur !

Ensuite je lui refile mon exemplaire de "Aujourd'hui et Demain" qu'il me dédicace : "Pour ceux du Nord, et pour les autres. Tai Luc".

Vers 22h30 les lumières s'éteignent, quelques cris, un long larsen et c'est parti. "Jaurès Stalingrad", "Salut les copains". Mais où sont passés les copains ? A peine une vingtaine de fans devant la scène qui dansent. Derrière les autres restent figés et muets, les bras croisés.
Pourtant sur la scène ça déménage, aucun temps mort entre les morceaux. Tai Luc assure le chant et les parties solo avec un calme et une concentration toute orientale. Jean-Claude le batteur tape comme un sourd sur ses peaux. Comment un type aussi frêle peut-il cogner aussi fort ? Rikko au centre assure les chœurs et la basse tandis que Jean-Pierre, grimaçant, plaque les accords rageurs sur sa Gibson.
Les déjà classiques "Petite Arabe", "Nation", "Cœur de Bouddha" s'enchaînent avec les nouveaux morceaux : "Dernier Pogo à Paris", "Maximum Swing".
En rappel, "Lili Marleen", "Parti de la Jeunesse".
Ah j'oubliais, sur plusieurs morceaux un saxophoniste vient encore enrichir le son de La Souris.
Ce soir là, à Avesne-les-Aubert, La Souris Déglinguée n'a pas trahi, fidèle à sa réputation.
La Souris, mieux qu'une légende, une réalité.
Dommage qu'en France on préfère encore trop souvent les légendes.
Jean-Luc D.