» Interviews » Bruits d'Odeurs. N°4. Janvier 1983.

LSD, La Souris Déglinguée en long et en large. Punk, rock'n'roll, reggae, tout cela assimilé et présenté à l'état brut. La Souris Déglinguée, un des groupes les plus excitants et des plus dynamiques actuellement en Gaule, sans gadgets électroniques, rien que de l'efficacité. Un vrai groupe avec des morceaux, une personnalité, et des choses à dire, fort bien exprimées.
Grâce à nôtre monde moderne et aux PTT (ainsi s'explique la rigidité de cet "entretien"), voici une entrevue à distance avec le groupe au grand complet.
Lors de vos concerts, le public est parfois trop "enthousiaste", cette réputation de violence pendant vos concerts, qu'est ce que vous en pensez ?
Je dirais que déjà on a la chance d'avoir un public, ce qui n'est pas le cas de la majorité des groupes. Un public qui nous suit et qui est violent selon les circonstances. Y'a pas qu'à nos concerts qu'il se passe ce genre de problèmes…

TL : Le public qu'on a, ça fait quatre ans qu'il nous suit et c'est normal que quand il voit les nouveaux arriver, il lui fasse passer le test.

Vous risquez pas de connaître les mêmes problèmes que Sham 69 en Angleterre ?
On n'est pas en Angleterre, on est en France. A part ça c'est un groupe qu'on aime bien !

Justement quelle est votre opinion sur le mouvement Oi ?
JP : Disons qu'il n'y a pas de mouvement Oi en France, étant donné que c'est un mouvement typiquement anglais…
TL : C'est sur que si on était anglais, on serait Oi, pas techno-pop.

Vos textes parlent souvent de votre entourage, la banlieue parisienne, la zone, etc… Concernent-ils toutes les banlieues de France ?
TL : Sûrement pas… mais comme on n'est pas racistes…
JP : Moi je dis que ça les concerne toutes. (les vais sont partagés)

Les textes encore, s'adressent-ils à tout le monde ? A des gens concernés ? Qui les écrit ?
R : A tous les gens qui le veulent. Les textes sont de Tai.
TL : A ceux qui comprennent…

Yasmina existe vraiment ou est-elle la caricature d'une jeune arabe comme toutes les autres ?
TL : A l'origine c'est une turque anglaise en vacances à Paris, que l'on a connu lors de nos concerts au Gibus.

Avez-vous enregistré quelque chose avant l'album sur New Rose ?
Ouais, on avait enregistré un 45t autoproduit avec "Garçons Modernes" et "L.N".

On dirait que l'album a été enregistré dans des conditions difficiles…
Ben c'est simple, on avait 48 heures pour enregistrer 14 morceaux. Sur 16 pistes c'est très exigu. Ca a été enregistré à la va vite, et le son que ça a donné…
R : C'était très décousu les séances, aussi on nous avait égaré la bande de "Nation".
TL : Le problème maintenant, c'est qui va sortir "Lili Marleen" ? Car il y a un mec chez CBS qui s'appelle "junkie de service" qui est venu nous voir, et qui nous a dit que bon, on enregistre tout, sauf "Lili Marleen". Je crois que ce morceau il faudrait l'enregistrer en Alsace !
JP : Moi j'ai trouvé, on devrait l'enregistrer sur Gramophone Records (rires).
TL : Sur Brunswick Records, comme Bill Haley dans le temps.

L'album est sorti sur New Rose, vous aviez essayé d'autres boites avant ?
Ben oui, on a essayé toutes les boites, qu'elles soient grosses, petites ou moyennes, et puis ça a toujours été le même résultat. Même encore en ce moment on est en train de les voir.
TL : (à propos de l'album) Finalement, il aurait pu être cent fois mieux. Nos premiers disques ont une valeur documentaire. On espère que les suivants seront plus réels, comme dans nos concerts.

Le maxi-33 "Une cause à rallier" est sorti sur Kuklos, est-ce votre label ? Pourquoi avoir changé de label ?
TL : D'abord, Kuklos c'est pas notre label, c'est celui de Daniel Guichard ( !) parce que si on avait un label, ce serait comme le camembert : ce serait vraiment bien ! Sinon avec New Rose c'était bien parce que c'était près de chez nous, à Paris, et puis il n'y avait pas 36 mecs à voir, il y en avait qu'un seul.
R : Et puis notre label ne s'appellerait pas Kuklos !

Et pourquoi avoir changé de label ?
Parce qu'on en avait marre d'être toujours sur le même label…
R : Ouais, et puis c'est bien d'avoir un disque sur des labels différents.

Question bateau : Depuis quand est formé le groupe ?
Depuis toujours, parce que l'on a toujours eu envie de jouer du rock'n'roll…
R : Depuis que j'ai connu Tai Luc au lycée, avec ses cheveux longs ! (rires)

Avez-vous déjà joué à l'étranger ?
On a joué une seule fois à l'étranger. C'était à Genève, dans la même salle où étaient passés un peu avant les Ramones, les UK Subs et les Talking Heads, et on a fait le même score qu'eux : 150 personnes.

Quels sont les groupes qui vous bottent le plus en ce moment ?
JP : Et bien, pour moi, c'est les Cockney Rejects, du rock'n'roll, du rockabilly, Anti-Nowhere League…
R : Ce que j'écoute en ce moment, c'est Exploited, les compilations Oi, Blitz.
JC : Moi je suis toujours resté aux classiques, au bon vieux rock'n'roll.
TL : Je crois que le meilleur groupe actuellement, c'est les nouveaux Beatles : les 4 Skins.

Que pensez vous des groupes français, de Carte de Séjour par exemple ?
TL : Moi je ne comprends pas le maghrébin, je parle le chinois ou le vietnamien. Mais il paraît que c'est pas mal.

Et la BD ?
TL : Quand j'étais à l'armée, j'en lisais plein. J'aime bien celui qui fait des trucs horribles, Caro.
JP : Comme dessinateur, j'aime bien Willem, qui fait plein de fautes d'orthographe.
R : Les BD assez spéciales, Stanton…
JC : Popeye !!!

Pour conclure cet entretien rapide, un test qui consistait à répondre par un adjectif ou quelques mots aux noms des personnalités ou groupes suivants :
Johnny Rotten :
JP : Has Been
R : No Comment
Les autres aussi

Gene Vincent :
JP : La blond et moi
TL : Si Gene Vincent jouait aujourd'hui de l'harmonica, il s'appellerait Jean-Pierre Triquet et jouerait avec les Civils Radio.

Jefferson Airplane :
JP : Toute ma jeunesse.
R : Grace Kelly avait de gros seins à l'époque.
TL : Avec le lot qu'elle avait, Grace Kelly aurait pu se marier avec le Prince Rainier ! (rires)

Otis Redding ?
JP : Très chaud !
TL : Je crois que si j'étais anglais, avec un drapeau cousu dans le dos sur une parka, j'écouterais Otis Redding. Mais ce n'est pas le cas.

Jimmy Pursey ?
JP : Danseur émérite, maintenant danseur étoile…
R : Disons qu'avec Sham 69, c'est un des meilleurs concerts que j'ai vu.
TL : Dommage que ce soit un traître et qu'il ait mal tourné. Il a commencé sa vie en noir et blanc, et l'a finie en couleurs…

AC/DC :
JP : Euh…
R : Assez d'essais ! (rires)
TL : C'est bon pour les kangourous !!!

Cockney Rejects ?
R : Ils ont flashé sur AC/DC, récemment…
JP : C'est bien, super section rythmique !
TL : Un nouveau groupe de Hard, avant c'était un groupe punk, pourquoi pas…