» Interviews » Comme un Boomerang N°3, décembre 1986 (fanzine canadien)
En France, La Souris Déglinguée fait un peu figure de symbole : voici un groupe parisien qui existe depuis déjà 7 ans, et dont les débuts ravageurs (qui coïncidèrent avec la disparition du premier groupe punk-rock français, le légendaire METAL URBAIN) ont servi d'exemple et de catalyseur à une nouvelle vague où l'on remarquait, en vrac, WUNDERBACH, OBERKAMPF, les ABLETTES… Ca commençait déjà bien pour la carte de visite. Mais musicalement, me demandez-vous ? Punk Rock ? Rock Swing ? Rock'n'Roll certainement ! La musique de LSD s'est en fait diversifiée avec les années ; mais si la forme a évoluée, le fond a su rester fidèle aux premières passions.
Voici un groupe sauvage qui n'a jamais craint d'exprimer des réalités souvent grinçantes, qui n'a pas eu peur de s'identifier à tous les mauvais garçons de France et de Navarre, qui s'est toujours voulu véridique en hurlant simplement la vie de tous les jours.

Les anecdotes de leurs concerts ne manquent pas. Longtemps interdits de spectacle à Paris, La Souris Déglinguée s'était rapidement aliéné un public jugé trop remuant par les autorités locales, voilà comment on créé une légende. A coup de salles entièrement saccagées et de batailles rangées contre la police… Mais malgré cette réputation marquée au soufre, La Souris s'est heureusement débrouillée pour graver plusieurs de leurs enregistrements qui sont encore disponibles à Montréal, du moins pour certains d'entre eux. Bien maigre consolation pour ceux qui n'ont pas connu le groupe sur scène ! Qu'à cela ne tienne, nous vous les présentons dans les extraits d'une interview exclusive réalisée à Paris cet été. A vous de juger si ce grand groupe français mérite votre platine. Attention, essayer c'est l'adopter !

LSD s'est formé en 1979, qu'est ce qui s'est passé avant ?
Rico : En 1973 les FLAMING GROOVIES faisaient un passage à Paris dans l'indifférence quasi générale. Je les ai invités dans mon grenier à la fin de leur show et ils sont venus ! Seulement le problème c'est que personne ne me croit ! Et pourtant… A part ce fait de gloire peu commun, c'est tout. Jean-Claude (batteur) était le seul avec une véritable expérience musicale. Les autres ont tous appris avec La Souris.
Tai : hé pardon ! Moi en 1977 et 78 j'ai été en vacances aux Etats Unis voir une partie de ma famille qui s'y est installée. Par la même occasion je suis allé écouter les DILS, les AVENGERS… Alors tes Flaming Groovies…

A vos débuts j'ai d'abord entendu parler de LSD à travers une réputation de porteur de merde…
Tai : Tout ça provient de malentendus. Au départ, lorsqu'on dédiait nos chansons aux skins de Paris, il faut bien savoir que ces derniers se comptaient sur les doigts de la main. Maintenant c'est des types qui ont tous disparu, soit en prison, soit au soleil. Il faut donc déplacer les choses dans leur contexte.

La politique et le rock, ça fait bon ménage ?
Tai : Si c'est sincère, ça ne s'adresse qu'à une minorité déjà gagnée d'avance, et ça s'avère alors pas très bon pour le business. Mais ça peut être aussi utilisé comme stratégie promotionnelle. Avec les relations nécessaires, c'est une méthode qui peut mener haut ! Si les CLASH ont connu le succès pendant un temps, je peux t'assurer que le père de J. Strummer a joué un rôle important en étant un gros bonnet de l'establishment britannique. La même chose pour POLICE, qui a pu recevoir un soutien considérable de la famille Copeland… Tout fonctionne par le piston !

Comment a fonctionné le premier 33t de 1981 ?
Jean-Pierre : Il est jusqu'à cette date notre meilleure vente (12000 copies). NEW ROSE a même dû le represser après les 5000 premiers exemplaires. Pourtant, ça n'a pas empêché le magazine MAXIMUM ROCK'N'ROLL de nous descendre en flèche. Et en plus l'article était signé JELLO BIAFRA ! C'est le genre de truc qui t'encourage…

Alors qu'est ce que tu penses des français qui chantent en anglais ?
Tai : justement, pas grand chose ! Ou du moins c'est pas le fait pour eux de chanter en anglais qui leur a donné une bonne critique dans MAXIMUM ROCK'N'ROLL ou plutôt dans MELODY MAKER ou SOUNDS, chacun ses goûts. En général ce sont des types qui essayent de copier des textes et des thèmes d'Outre Atlantique, ou bien un style à la EUDELINE, CHALUMEAU (journalistes établis écrivant dans BEST, ROCK'N'FOLK…). En parlant de Chalumeau, il peut quand même dire que son article de quatre pages sur LSD qu'il a réussi de peine et de misère à placer dans ROCK'N'FOLK lui a coûté indirectement sa place dans le journal. Mais il n'a rien perdu puisqu'ils l'ont promu comme reporter à New York.

Quels sont les principaux changements survenus depuis 1981 ?
Tai : Même si on a vendu à peu près le même nombre d'exemplaires de notre dernier 33t en date ("Aujourd'hui et Demain") tout en ayant changé de compagnie (de NEW ROSE à CELLULLOID), c'est toujours un public limité qui vient nous voir en concert, comme quoi tous ceux qui achètent le disque ne se déplacent pas pour nous voir ! Le virage de " Cité des Anges " (mini-LP CELLULLOID) a alors essayé d'accroître l'audience du groupe en ouvrant davantage les influences musicales. Jusqu'à maintenant ça n'a pas été une réussite !
De plus, il faut bien comprendre que la clientèle se renouvelle régulièrement dans les concerts. A tel point qu'on joue devant des premiers rangs que l'on ne connaît même plus. Notre ancien public, lui, se retrouve désormais davantage dans le même ordre. Il serait facile de ne jouer que des anciens morceaux, mais où serait le plaisir s'il fallait chercher à réduire chaque nouvelle génération de mômes ! On est le seul groupe de rock survivant de la période 80-81, avec OTH. Et il faut dire que depuis, il y a eu un véritable renouveau de la scène.

Est-ce que l'on doit penser par là que La Souris est en perte de vitesse ?
Tai : pas du tout, on est même en pleine préparation d'un nouveau 33t pour la rentrée, sur un label français mystère, et le disque sortira en pressage US. La seule chose que je peux encore te dire, et c'est une fleur que je te fais, c'est que nous reprendrons "la Bohême" de Aznavour… (ils m'ont quand même aussi glissé la K7 pirate de leurs nouveaux morceaux : ça s'annonce comme un furieux croisement de rock et de swing dominé par la voix brûlante de Tai !!! Les ancêtres ont encore de beaux restes !) On a aussi des projets avec le Ministère de la Culture, qui pourrait nous envoyer vers des horizons lointains d'ici peu…

Christian Eudeline