» Interviews » 7 à Paris. N°532. 1992.
Rongeur teigneux, rocker hargneux
Dirigé par un moine-soldat prénommé Tai Luc, LSD, né des squatts et du punk, poursuit son combat en dolby stéréo, mais sans états d'âme. Le dernier album du groupe "Banzai" (30 000 albums vendus), entre rap et rock, reste dans la juste ligne. La rue, rien que la rue. Entretien philosophique avec Tai Luc, le chanteur leader.

Deux bonnes raisons d'écouter LSD en 92…
D'abord, parce que notre musique est intemporelle, et ensuite, simplement parce que nous avons une chanson où l'on dit "nous serons encore là en l'an 2000". On va devoir nous supporter encore quelques années, dans le sens anglais et français du terme.

Molodoi-LSD, même combat ?
François Molodoi est de moins en moins loin de LSD, alors que dans le passé, avec Bérurier Noir, il en était à des années lumières. Vu qu'il se rapproche de nous, on peut dire qu'il y a un axe. Lui Berlin, nous Tokyo (rires).

Le Tibet….
Dans les années 50-60, la grande cause révolutionnaire, c'était le Viêt-Nam ; aujourd'hui, c'est le Tibet et l'Afghanistan. Tous les mois, en compagnie d'une poignée de gens, je manifeste pour la libération du Tibet devant l'Ambassade de Chine. Cette manif, hélas, intéresse moins les médias, et donc l'opinion, que les concerts de SOS Racisme.

Drogues…
Je trouve formidable que les narcotrafiquants financent la guérilla avec l'argent de la drogue, mais cela dit, il faut faire gaffe et ne pas tomber dans le piège de la drogue en Europe, car souvent, dans son sillage, y a le sida. Le conseil que je donnerais aux "collègues" qui sont accoutumés à ces choses pas positives, c'est d'être vigilant. Les autres, qu'ils crèvent !

Nostalgie ?
Personnellement, je vis bien avec mon époque… Bien sûr, je réécoute parfois Sham 69 et je me suis acheté l'intégrale de Gene Vincent and his Blue Caps, mais je suis à l'écoute de tout ce qui se dit puisque aujourd'hui, les gens chantent moins et sont plus dans la diction et les allocutions rythmiques.

Comme le raggamuffin par exemple…
Je préfère le rap. Dans le reggae, ils sont plus rengaine car il y a une petite mélodie. En 72, quand j'étais en Angleterre, je détestais la musique jamaïcaine : reggae, ska… Depuis, j'ai corrigé mes erreurs, car cette musique fait énormément de bien à tout le monde.

Tu n'es pas vraiment chanteur…
Je n'ai pas le larynx de Gene Vincent, et LSD c'est pas le Blue Caps : alors on fait des emprunts, on recycle la musique des autres sans toutefois nous recycler. Le sampling, ça fait des années qu'on pratique cela, mais sans jamais utiliser le support original : on le rejoue, simplement. Quand le punk est arrivé, c'était vraiment parfait. Avec le rap, on retrouve la même paresse mélodique, et ça nous convient.

Livre de chevet ?
Une histoire romancée de Charles Manson, datant des années 70 et publiée en anglais par Press Pocket, dont le titre est "the family". Charles Manson est vraiment un personnage fascinant dont tu ne peux pas te lasser.

Disques que tu écouteras toute ta vie durant ?
"Crazy Legs" de Gene Vincent - difficile de trouver mieux - et "Animals God of the Streets", un album de Kim Fowley, sublime mais méconnu.

Ton proverbe chinois ?
Tu ne seras pas un homme avant d'avoir vu la muraille de Chine.

Restaurants asiatiques préférés ?
Thaï Royal, 97 avenue d'Ivry, 13è ; Thaï Boranm, 36 rue du ruisseau, 18è ; Thaï Lao, 34 rue de Belleville, 20è ; Krung Thaï, 27 rue des Meaux, 19è ; et New Thaï Shan, 44 rue de Torcy, 18è.

Votre devise ?
Chacun pour soi, tous contre un.

     Propos recueillis par Jean-Louis Galesne.