Articles Extrait du livre "Scènes de Rock en France" 1993

LA SOURIS DEGLINGUEE

Evoquer La Souris Déglinguée en quelques lignes est une chose difficile tant le groupe possède de richesses à peine reconnues en treize années d'existence.
Aujourd'hui, il est clair que La Souris représente un vaste kaléidoscope d'images de Saint-Ouen à Pékin, de La Chapelle à Bangkok. Un métissage musical qui englobe Rockabilly, Punk, Reggae, Jazz-Swing, Rythm'n'Blues, Rap-Raggamuffin et mélodies d'Asie, sans oublier la chanson française. Une world-music bien différente de celle des Négresses Vertes, toujours empreinte de cette chronique de la zone, de l'amitié et du quotidien. Un sentiment de fraternité, celle d'une famille appelée "Raya *" (un des premiers groupes à avoir utilisé ce terme à la place de bande).

Depuis 1979, la formation n'a pas changé, en dehors de l'intégration de Michel au sax en 83.
Tai Luc, qui depuis a fait plus d'une dizaine de voyages à travers toute l'Asie, y puisant force, maturité et inspiration, est toujours entouré de Jean-Pierre, Rikko et Jean-Claude.
Depuis les premiers concerts, avec Bijou, Starshooter, Little Bob Story, Dogs, Stinky Toys (la première vague), en passant par le saccage de l'Opéra Night en 81, et le premier album chez New Rose, la Souris, véhicule un esprit voyou et rebelle, acceptant ses fans, même les pires, sans broncher, avec toujours cette même tolérance loyale.

Partageant l'affiche avec Oberkampf, OTH, Wild Child, Single Track (la seconde vague), ou le Gun Club en 82, ils joueront aussi dans les squatts mais ne se retrouveront pas associés à l'émergence de la scène alternative, quelque peu rejetés pour leur refus de privilégier une quelconque idéologie (et eux-mêmes pas très enclins à manier les schémas trop simplistes).
De leur discographie (neuf albums) il faut retenir Aujourd'Hui et Demain, tourbillon punk de quinze anciens titres enregistrés en 83, La Cité des Anges qui sera un disque charnière, une ouverture sans complexes sur leurs influences et vers une évolution salvatrice. De là, La Souris intégrera tout un patchwork musical en conservant cette unité d'écriture propre à Tai Luc, personnage fascinant, s'exprimant toujours avec des phrases à double tranchant. En 86, avec Eddy Jones, ils étonnent plus encore avec cette coloration jazz-swing complètement à contre-courant en pleine Bérumania. En fait, La Souris ne s'est jamais soucié de plaire, ni de faire la moindre concession artistique.

Alignant régulièrement des tournées marathons, le groupe fera un retour en force avec Quartier Libre (en 88), album qui lui offre enfin plus de passages radio. La sortie d'une compilation d'inédits et remix intitulée International Raya Fan Club (80-84) permet de redécouvrir des titres comme Yasmina, Marie-France et cette reprise du Velvet (que pratiquait le groupe bien avant 79), There She Goes Again. Mais c'est avec le fulgurant Banzai arrivé comme une bombe (mais malheureusement assez mal promotionné par leur label, un tel album devant largement atteindre le disque d'or !) dans le paysage rock français encore secoué par les batailles majors/indépendants et l'arrivée massive du Rap, que La Souris s'impose comme un groupe actuel, fort et prêt à conquérir une place qu'on ne lui a jamais proposée. Certainement le groupe français à la fois le plus ancien et le moins daté.
(* raya ou raia = contingent, gang = bande)



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Max Well