Articles Rock Hardi. N°19. 1989

Il est toujours intéressant de suivre la carrière et l'évolution d'un groupe à travers les propos de son leader. Ne vous étonnez donc pas de voir une nouvelle interview de La Souris Déglinguée dans ces pages, en fait, seulement la quatrième en cinq ans et quatre albums ! Pour mémoire : "Aujourd'hui et Demain" (Cf RH N°4, 1984), "la Cité des Anges" (Cf RH N°7/8, 1985), "Eddy Jones" (Cf RH N°13/14, 1986), et "Quartier Libre"…
Pour symboliser La Souris 89, trois mots suffiront : MOTIVATION, VOYAGES, FUTUR…


MOTIVATION
TL : Notre motivation, on ne l'a jamais cherchée côté public, parce que le public, il est fidèle ou infidèle. Cela dit, ce que tu as envie de faire, il ne faut surtout pas le faire par rapport à ce que le public désire. Il faut surtout te conformer à une certaine idée que tu te fais de toi même et du groupe. On ne tient pas compte des goûts du public pour faire ce qu'on veut faire. On tient plutôt compte de nos goûts personnels, donc, à la limite, les gens qui viennent nous voir en concert, on ne tient pas compte de leur avis. Mais on est toujours très content qu'ils viennent nous voir.

VOYAGES
Après notre tournée au Canada, l'été dernier, j'ai juste eu le temps de poser ma guitare et de prendre l'avion pour me rendre en Birmanie, juste avant les émeutes anti-gouvernementales. J'ai échappé à une ambiance assez survoltée… Ensuite je me suis rendu en Chine pour retrouver ma collègue, et on est descendu progressivement dans le Tibet, et là, on a eu beaucoup de chance. J'étais copain avec des musiciens qui nous ont présenté au patron d'une boîte de nuit. Ils connaissaient les morceaux, ils les avaient vu sur une vidéo qu'on leur avait envoyé. Ce qui fait qu'avec ces musiciens locaux, j'ai joué quelques morceaux de La Souris Déglinguée : "les poings du destin", "jeunesse de France", "Parti de la jeunesse", qui est inspiré d'un hymne national chinois. En Chine, ça fait très mal, c'est pousser l'ironie jusqu'à l'extrême. C'est la première fois de ma vie que je joue devant un public différent de celui qu'on a l'habitude d'affronter. Là, il y aurait beaucoup de choses à dire sur ce public, car les gens dans la salle c'étaient des soldats, des flics en permission, et aussi une majorité de tibétains. Les tibétains dans les boîtes de nuit, tu les remarques assez bien. Ils n'ont pas d'iroquoise sur la tête, mais ils ont un turban et ils sont toujours armés d'un couteau. Quand ils dansent, ils dansent avec leur couteau. J'ai vu des choses incroyables, comme des jeunes tibétains en train de danser le smurf sur "En Indochine". C'est des visions qui font assez mal… Ca a été gardé sur un document vidéo, car le jour où j'ai fait ce concert à Lhasa, la télévision chinoise est venue et a tout filmé. C'était la première fois que ça arrivait, qu'un étranger qui débarque au Tibet fasse un concert. C'était un énorme événement pour eux, un peu comme l'arrivée de la première voiture au Tibet il y a 80 ans.

FUTUR
On vient d'enregistrer un album live à l'occasion du 10ème anniversaire du groupe… Une tournée au Canada est prévue, et peut être une date en Italie. Je voudrais aussi amener tout le groupe au Tibet, et faire un concert en Chine. Il y a des projets de concerts en Pologne… On va peut être aussi enregistrer une version en chinois de "Nouvelle Aube" et de "Parti de la jeunesse", avec une chanteuse chinoise, Su Shia O'Ming. On est donc assez occupés, mais ce qu'on a commencé à faire, on ne s'en lassera jamais…