Articles Rock & Folk. N°363. Novembre 1997.

Granadaamok

La Souris est majeure et a su redresser la barre pour fêter dignement ses dix-huit ans. Elle a eu chaud : "Tambour et Soleil", le disque précédent l'avait piégé, le groupe galopant vainement dans le sillage cosmopolite de " Banzai " mais s'enlisant dans des douceurs aussi aseptisées qu'inquiétantes. Elle déjoue tous les pronostics pessimistes émis à l'époque avec ces douze nouveaux titres. L'influence prédominante reste le ragga, mais rock et rythm'n'blues reviennent au premier plan. Dégageant un entêtant parfum sixties, les cuivres s'en donnent à cœur joie, tout comme les guitares, mises à l'honneur par l'instrumental d'ouverture ou par des riffs que n'aurait pas renié Bijou. Le mélange de ces différentes influences est particulièrement tonique et vivifiant. La voix de Tai Luc, tout comme son écriture un peu surannée et faussement naïve, réclament toujours une adhésion particulière, au prix de quelques lourdeurs (les titres les plus démonstratifs) ou quelques faux pas (les essais de ballades). Mais Tai Luc n'a pas son pareil pour surprendre avec des chansons particulièrement réussies, qui restent des exceptions dans le rock français et illuminent le disque de leurs mélodies séduisantes, de leurs refrains entêtants et de leurs gimmicks impeccables. On distingue ainsi ragga de circonstance "Hong Kong" (quoique démarqué de "Bangkok"), un irrésistible jerk "Sex Shop", et surtout le morceau de bravoure, "La fin des années 70" : cette longue évocation de A à Z des anciens punks de l'époque héroï-que est transcendée par un groove irrésistible et par un texte super-be (entre fait divers et chronique sociale narquoise) qui en font un véritable chef d'œuvre.

H.M.