Articles Rage. 1995

Tambour et Soleil.

Les tambours se sont faits moins guerriers, et le soleil distribue généreusement ses éclats sur le cercle qui tend leurs peaux... Ils m'avaient dit "La Souris n'a plus la rage", je ne les avais pas crus : je connais ces garçons depuis assez longtemps pour savoir que ce vaccin leur a été inoculé à vie. Je savais aussi qu'on n'était plus en 79, et qu'un barouf brut de décoffrage irait au gang de Paname comme un bomber et une paire de Doc à Douste-Blazy. Donc, La Souris fait de la pop. Des slows même : deux. Cela les range t'il pour autant dans le tiroir sucré des Innocents, Affaire Luis Trio et consorts ? Par vraiment, parce qu'ils ont à offrir le nerf persistant d'une quasi-section de cuivres (deux saxos), la voix de Tai Luc plus mélodieuse, mais toujours bravache, et des harmonies qui ne nuisent pas à la solide charpente de chansons bien carrées.

Pour le prix d'un album, vous avez en prime un billet avec embarquement immédiat pour les extrêmes de l'Orient : filles vénales, pouvoirs forts et résistances armées. Sans oublier les délices de rencontres épicées avec des Bardot cambodgiennes aux charmes ensorceleurs. En dehors d'une escale en Roumanie avec changement dans le RER et d'une carte postale rockabilly du ghetto asiatique de Los Angeles, les 13 morceaux de "Tambour et Soleil" empruntent les routes peu sûres mais foutrement attirantes qui mènent à Pékin en passant par les bouges de Patpong. Et croyez-moi, ça aère.

Avec "Banzaï", LSD jouait les précurseurs sur le front de la fusion rap/rock ; aujourd'hui, La Souris revient avec un album plus facile à cadrer, mais quand on a affaire à des gens qui ont traversé, en vrai et à pied, le punk et l'Asie, on se tait et on écoute ce qu'ils ont à raconter.

Jean-Eric Perrin