» Articles » Rage. N°5. Mars 1994.

Les dix morceaux d'une vie
Tai Luc.
Qui mieux que le mystérieux et talentueux conteur de La Souris Déglinguée pouvait démarrer cette nouvelle rubrique de Rage ? LSD, le groupe-commando, la voix de la "raya", le son des villes et l'appel de l'Orient. Tai Luc à toi.

SLADE. Cum on Feel the Noize
Peut-être parce qu'il était disponible dans tous les Prisunic de la banlieue parisienne. Ce n'est pas mentir que de dire que ce vinyle de Slade a beaucoup tourné sur nos mange-disques en 1973. Moi même, cette année là, j'ai acheté à Carnaby Street, à Londres, un tee-shirt à leur effigie, emballé que j'étais par le martèlement des guitares et la force des refrains du chanteur-hurleur Noddy Holder, sorte de Little Richard version Albion.

ISAAC HAYES. Shaft
Sans avoir jamais été un fanatique de soul music, mais à cause de cette intro guitare à la wah-wah, il est impossible d'ignorer ce titre d'Isaac Hayes que j'ai écouté initialement en 72 ou 73, lors d'une party londonienne chez mes correspondants jamaïcains de Tooting Broadway. Par contre, j'ai oublié le nom du slow (du même compositeur) que je dansais, raide comme un piquet, avec Angela, coiffée Afro, cette contemporaine adolescente des West Indies.

DEEP PURPLE. Woman from Tokyo
Cette chanson paradoxalement, me rappelle deux souvenirs adolescents : la prof d'anglais du CES, toutjours en mini-skirt, nous faisait écouter en plein cours ce quarante-cinq tours "pop" (avec une face B extraordinaire, en l'occurrence Black Night joué en public). Peut être le morceau le plus juke-boxique de Deep Purple ! Et une histoire d'amour avec une demoiselle du Soleil Levant même sur fond de hardcore dinausorien, c'est définitivement sympathique ! Et puis qui peut aujourd'hui, sans aucun montage de racks d'effets, manier la stratocaster mieux que Ritchie Blackmore ? Personne !

HENE VINCENT. Jump back Honey jump back
Depuis longtemps, je savais qui était Gene Vincent car mes parents mélomanes avaient acheté, au début des années soixante, l'Extended-Player intitulé Gene Vincent in Paris. Depuis, mon opinion sur les "pionniers" est restée inchangée : Gene Vincent est la plus belle voix de sa génération. Autre remarque discriminatoire : les Blues Caps de 1956 sont le meilleur backing group de toute l'histoire du rock'n'roll.

FLAMIN' GROOVIES. Dog meat
Fin 1973, Bruno Caruso, vendeur à l'Open Market, rue des Lombards, me fit cadeau d'une production Skydog, le "Grease" des Flamin' Groovies. Rapidement intoxiqué par une telle substance de qualité, je suis revenu le week-end suivant acheter l'album Flamingo. En 75, j'étais à l'Olympia avec JP pour voir et entendre le combo san-franciscain mythique jour Dog Meat, mais ce soir là, ils n'ont fait que des reprises des… Beatles !

NEW YORK DOLLS. Vietnamese babies
Vietnamese babies est, à mon humble avis, un morceau important du répertoire des New York Dolls, écrit par David Johansen. Il est tout à fait "synchro" avec les derniers épisodes de la guerre américaine au Viêt-Nam. Remarque personnelle : avoir été "planqué" durant cette période n'a pas empêché Bill Clinton de devenir Président des Etats Unis. Est il possible d'imaginer l'ex-chanteur des Dolls à la tête de la Maison Blanche ?

JOHNNY CAROL. Wild wild women
Interprété par Johnnu Caroll, à l'origine intitulé Wild Wild Young Men et chanté par Ruth Brown quelques années plus tôt. Johnny Caroll qui est, je crois, originaire de Dallas, est revenu à la surface grâce aux compilations Rare Rockabilly Classics apparues sur le marché au milieu des années soixante dix. Si j'affirme que Gene Vincent est la plus belle voix de sa génération, par contre il est indéniable que Johnny Caroll est à la fin des années cinquante, le plus sauvage de tous. Ecoutez le message : "wild wild women gonna have a good time ! wild wild women lose my mind !", c'est du rock mutant et psuchotique avant l'heure ! Une source d'inspiration permanente pour Paul Fenech le Maltais et les armées de Little John !

SHAM 69. They don't understand
Fin 78, le premier album des Sham est disponible à Paris. Un putain de disque décapant, de l'eau de javel, de l'acide chlorhydrique au niveau artistique. Joe Strummer des Clash, qui a repiqué les plans provos des Pistols inventés par Malcom Mac Laren, se fait tout braquer par Jimmy Pursey qui lui laisse juste ses fringues stylisées "Jackson Pollock". Jimmy Pursey, cockney cow-boy originaire de Hersham et son groupe Sham 69, ont enregistré trois albums importants : Tell us the Truth, That's Life et Hersham Boys. Jimmy Pursey, excellent parolier et hurleur, s'est aussi fait connaître sous le sobriquet de "purse-snatcher" (voleur de bourse, à cause de son rôle de producteur artistique des Rejects ? ndlr). Difficile de déterminer laquelle des chansons de "Mesha" est la meilleure.

METEORS. Wreckin' Crew
J'avais raté pour cause d'obligation militaire les concerts des Meteors aux Bains Douches et au Rose Bonbon. Alors, collé au radio-cassette toute l'année 82 à la caserne du 1er R.I, j'ai écouté les voix d'outre-tombe de Paul Fenech scander leurs psychoses sur le rockabilly dénaturé. Wreckin' Crew était la chanson la plus commerciale des chansons anti-commerciales. Tous ceux qui étaient présents au concert du Théâtre Soreno à Vincennes n'ont jamais oublié le sens de cette cantilène fénechienne.

MADE IN THAILAND. Carabao
Découvert en 84, grâce à un copain japonais de l'ambassade, à Bangkok, il m'avait dit "ce groupe devrait te plaire tant par la musique que par le texte".
La musique : éthique
Le texte : satire sociale sur le royaume de Siam.

Henri Charpin