Articles Lyon Figaro. 7 février 1996.

Une Souris en terre asiatique
Depuis seize ans, La Souris Déglinguée joue au chat et à la souris avec son public. Plus chat que souris d'ailleurs, à ses débuts, il y a seize ans en pleine vague punk. Le premier 45 tours du groupe avait pour titre Haine Haine Haine. Eloquent. Le formation n'a jamais volé sa réputation subversive et son appartenance au mouvement rock alternatif. Plus surprenante est sa longévité. Et sa lente évolution vers une autre musique. Banzaï voyageait au pays du raï, après quatre ans de silence discographique, Tambour et Soleil se ballade de reggae en ragga, en faisant une halte dynamique au royaume du ska. L'on entend La Souris sur toutes les ondes, via le sensuel Vénales Fiançailles (Dieu créa la femme). Ils seront ce soir au Transbordeur, à 20h30.
La Souris Déglinguée n'a rien perdu de sa verve musicale. Ses mélodies aux rythmes souples, peuplées de cuivres chatoyants, de l'orgue hammond des sixties et de guitares aux sons exotiques sont l'atout de l'album. Tout en évoluant vers des disques plus produits, le groupe montre un vrai talent pour les refrains, les airs entraînants et bien ficelés.
Mais le bel engrenage se déglingue du côté des paroles. L'album se veut un hommage aux mystères et aux charmes de l'Asie. La pochette reprend les couleurs et les illustrations du drapeau des Karen, une minorité ethnique à la frontière de la Thaïlande et de la Birmanie, en lutte depuis 1948. Et les héroïnes sont autant de femmes en sarong, de souris aux charmes épicés, de princesses des rues aux yeux bridées, de Brigitte Bardot (sic) cambodgiennes. On en dépasse guère les clichés de l'évocation des nuits troubles dans les soï (ruelles en thaïlandais). Un exotisme de bas étage. On se croirait revenu au temps d'Indochine, l'humour en moins.
Reste que côté scène, La Souris arrivera sans doute avec son efficacité bien connue à transporter le public. Avec une première partie intéressante, Marousse, issue de la deuxième vague du courant alternatif, et emmené par l'ex chanteuse de la Marmaille Nue.

Agnès Benoist