Articles Longueur D'Ondes N°34. Juin 1992.

Euphorie au curry

En treize ans d'existence et d'explorations musicales La Souris Déglinguée a su conserver sa formation originale et son esprit fédérateur. Au début, leurs histoires de camaraderies évoquaient les armées des rues avec toute l'ambiguïté qui en découle. Pourtant, rarement chez un groupe, la démarche n'a été aussi franche. Unique représentant crédible du "Parti de la Jeunesse", La Souris Déglinguée persiste et signe à travers son septième album piochant sans vergogne dans le vivier rap-ragamuffin.

Taï-Luc explique : "en 79, la musique on l'a volée au punk, on est allé voir Oberkampf en concert et on s'est dit : " C'est bien mais on fera mieux, et à leur place ". En 90, on fait pareil mais on ne vole pas la musique aux mêmes. Sinon l'essentiel de "Banzaï" c'est l'esprit et le sujet des chansons ; les pulsations raggamuffin ou la manière d'amener la voix sont secondaires, idem pour les samplers que l'on peu utiliser maintenant que la production est moins clocharde".

Les rapports de La Souris avec l'Asie ne datent pas de la dernière mousson. Outre "Cœur de Buddha" (paru en 81 sur une compil New Rose), dès 80 Hervé Philippe, "responsable de la production du groupe en amont de la musique", s'y est rendu pour porter des oranges à un ami, héros involontaire de la chanson "Bangkok". La Souris proposera sous peu la vidéo de ce morceau tournée en Thaïlande, ainsi qu'un second clip ("Rangoon-Lhassa") dont le montage est quasi achevé. "Une vidéo d'actualité puisque tombant en même temps qu'une résolution de l'O.N.U condamnant la présence de la Chine au Tibet ainsi que la politique de la Birmanie envers ses communautés ethniques".

NTM / Alternatif : "A l'époque (avril 90) de notre collaboration, on préférait donner sa chance à un groupe de rap qu'à un groupe alternatif parce qu'on n'a aucune affinité avec ces gens qui nous ont toujours traité comme si on était d'abominables hommes des neiges. En prenant NTM en première partie à l'Olympia, on a contribué à enterrer ce dit mouvement et ça me réjouit particulièrement. L'alternatif c'était la négation du punk (des groupes comme Wunderbach, Oberkampf, ou nous) par un engagement pseudo politique qui m'a toujours fait très chier".

Pourtant moult combos apparentés alternatifs peuvent revendiquer l'héritage Souris par exemple, pour l'utilisation forcenée des cuivres ou parce qu'ils furent les premiers à métisser leur punk-rock d'influences psycho-rockab', rythm'n'blues, jazzy, ska, funk au fil des sept albums. C'est très certainement à cette constante évolution que La Souris doit d'être un groupe phare de notre hexagonal rock. Cette attitude on ne peut plus réfléchie se traduit par des réunions extra-répètes dans le but avoué de définir la stratégie du groupe et de gérer son image, ce qui n'exclue pas l'escapade solo. "En août 88, j'ai joué à Lhassa au Tibet des morceaux de La Souris avec des autochtones, ce n'était pas prémédité. C'est mieux que tous les Top 50 du monde, à 4000 mètres, t'es au dessus de tout. Le jour où j'ai fait ça, j'ai tout eu d'un coup".

Ludo Tranier