Articles Libération. 9 janvier 1981

A Paris, le concert de La Souris Déglinguée dégénère en bagarre
Une trentaine de personnes ont été interpellées à la suite d'une bagarre qui a éclatée, mercredi soir, à Paris, à la fin d'un concert de rock. Environ 300 filles et garçons avaient été invités par le groupe La Souris Déglinguée à assister à un concert qu'il donnait, à l'Opéra Night, une salle située 30 rue Grammont, dans le 2ème arrondissement. Venus sur place nombreux, dès 9h du soir, le public de La Souris Déglinguée qui, comme elle, ne fait pas dans le genre chic mais " zone " façon banlieue, Gibus au quartier des Halles (punk, loub, skin-head, rocky, etc…) a du attendre 11h30 avant que l'Opéra Night ouvre ses portes. Ensuite, après le concert qui s'est déroulé dans une chaude ambiance, les gens se sont dirigés vers la buvette. C'est là, semble t'il, qu'ont éclatés les premiers incidents lorsque la cantinière, lasse de voir disparaître des bières qu'elle était plus disposée à vendre qu'à donner, a sorti une petite bombe lacrymogène. Un jet lacrymogène en amenant un autre, près d'une dizaine de videurs seraient arrivés, armés de matraques, l'un d'entre eux étant même équipé d'un nunchaku. Comme le public de La Souris Déglinguée ne s'est pas laissé marcher sur les pieds, la bagarre a pris alors quelques proportions. Coups de poing, coups de pieds… L'affaire allait devenir inquiétante pour les videurs lorsque l'un d'entre eux, au comble de la colère, réapparu avec un fusil à pompe dont il menaça ses adversaires. Dans le doute, ceux ci prirent la fuite avant de se regrouper sur le trottoir et, après quelques échauffourées, de s'égailler pour une partie d'entre eux, avant l'arrivée des policiers du 2ème arrondissement. C'est à ce moment que le videur fit feu. Heureusement l'arme était chargée à blanc et la personne atteinte ne fut que légèrement blessée. Tout se conclut avec l'interpellation d'une trentaine de personnes, dont le videur, et, jeudi après interrogatoire, seules deux d'entre elles allaient être déférées devant le parquet. Le videur au fusil et un spectateur que l'on accuse de "violence à agent".