Articles Libération. Décembre 1997

La Souris chicote encore
"C'était après l'concert de l'Opéra Night, à toute l'Aveyronnaise j'avais dit bye-bye, laissant derrière moi en hibernation, les keupons et les skins et les totos oï pour aller retrouver ma fiancée, destination la Chine du Sud…". Les premiers mots du nouvel album (Granadaamok) de La Souris Déglinguée, en forme de bilan-programme, annoncent la couleur. S'il ne renie pas ses jeunes années, le groupe de Tai Luc a bel et bien opéré un virage net depuis Banzai, sorti en 1991. il est toujours question de rock français, mais c'est aujourd'hui sur un mode bien moins énervé que jadis : la maturité aidant, les vétérans de la scène alternative parisienne (presque vingt ans de service) accèdent à un métissage qui va de Hong Kong à l'Afrique, avec Paris comme point d'ancrage. Le rock "blanc" des débuts se teinte de reggae, les partitions se font plus mélodiques et les paroles scandées comme des mots d'ordre se sont muées en chroniques douces amères. Les dinosaures d'un certain rock français - dit indépendant - moribond depuis la disparition des Bérurier Noir en 1989 tentent ainsi de renouveler leur public et même d'accéder à une plus large audience. Reste à savoir qui retrouvera ses billes, du public des premiers temps ou des nouveaux adeptes, au cours des deux soirées parisiennes que propose La Souris (pas encore) Déglinguée.

Justine Hiriart