Articles Les Inrockuptibles. Mars 1991.
Dire du mal d'un album de LSD n'est même plus amusant. D'abord parce qu'un coup de nunchaku est vite attrapé et qu'on peut faire confiance au "réseau" des fans pour s'y employer avec ardeur. Ensuite car, monolithique et entêtée, La Souris "est" tout simplement, avec une persévérance un peu simple qui laisse pantois. Il y a dans ce groupe une évidente vocation de moines-soldats du rock rouge et alternatif qui doit éveiller chez les rares rescapés de la gauche prolétarienne et des anarcho-syndicalistes de délicieux grattouillis nostalgiques. Dans cet exotisme douillet, à des milliers de kilomètres des chars et à grand renfort d'hymnes à répétitions et de slogans binaires, ils sont épatants, reconnaissons-le, phagocytant avec talent et humour (humour ? LSD ?) la tchatche des rappers. Mais on se lasse assez vite de cette mauvaise conscience en tranches de trois minutes, brute jusqu'au ridicule (la platitude de ces chansons, écoutées, comme il se doit, sur un radio cassette pourri !) et hypnotique jusqu'à l'idée fixe. En pleine confusion, LSD confond rock et réalité et veut rendre le premier aussi terne et anxiogène que la seconde, s'estimant sauvée par Sainte Pulsation. Qu'ils chantent les rebelles afghans ou l'amour (Ange Gardien, à deux doigts du machisme mal digéré), ils tentent de croire, et de nous faire croire, que le rock peut encore faire la révolution. C'est leur droit. Mais en plus, ils essaient de jouer de la guitare tout en levant le poing. Et ça, c'est pas donné à tout le monde.
Christian Larrède