Articles Les Inrockuptibles N°129. 1997.

A l'énoncé du catalogue alphabétique des années 70 qui clôt ce disque, on est bien content d'être vivant vint ans plus tard ("bizuté par ses contemporains / des gamins du quartier sans aucune pitié / il devait branler le chien"). La Souris Déglinguée développe ainsi depuis 79 un goût prononcé pour les parfums forts, les scènes d'arrière-boutique et les romances de sex shop parfumées à la bière - et les musiques violemment basiques qui vont avec. La vie, quoi. Du moins celle des grands-pères punks, traversés depuis quelques temps - Tambour et Soleil, goûteux précédent album - par des désirs rythm'n'blues et reggae. Granadaamok ! - production dense de Fred M. et retour des guitares primordiales - est donc la suite des aventures de cette Granada barjot, déjà croisée dans Dernier Pogo à Paris (1983) ou Amok Sérénade (1989). Tai Luc, ayant enfin accepté douceur, tendresse et romantisme, poursuit son œuvre de chroniqueur binaire : les fascinations récurrentes (il ne pouvait laisser passer le retour de Hong Kong à la Chine), les amours qui font baisser la garde ou la nostalgie d'une époque que son public n'a vraisemblablement pas connue. Désormais capable d'autoparodie et d'humour, le groupe fait voler en éclats le spectre de l'ancien combattant Oi, préférant une chronique urbaine et chaleureuse, parfois naïf, toujours prêt de l'os.

Christian Larrède