Articles Gabba Gabba Fuck N°20. 1988
28 janvier - 3 février 88.
Pas vraiment le grand voyage mais en tout cas plus qu'un aller-retour Paris-banlieue.
Une tournée express d'une semaine, un rapide tour de France, tout de suite à l'essentiel ? Pas sûr, mais vite ; un concert par soir, Paris, Lille, Le Mans, Toulouse, Montpellier, Marseille, Clermont-Ferrand. Festival itinérant "Rock en France", l'occasion de voir beaucoup de groupes différents en peu de temps et sans bouger, ou alors un seul de ces groupes plusieurs fois de suite dans sept villes différentes. Un choix plutôt facile à faire pour moi, 7 ans après la sortie de leur premier album, 7 ans sans jamais me lasser de "rock'n'roll vengeance", "cœur de Bouddha", et autres "Jaurès-Stalingrad" qui avaient déjà choisi pour moi… Choisi ces 7 jours "en France", tribut bien trop humble encore autant qu'occasion inespérée de changer d'air, de casser les habitudes qui s'installent…
Comme à chaque fois que je reviens d'un concert de La Souris Déglinguée, pas envie d'en parler, de noyer dans des phrases ses sensations dont je ne pourrai en définitive vous donner une vague idée et qui me poussent toujours à y retourner. Pas besoin de convaincre, de démontrer l'évidence.
Simplement beaucoup de bière, de paysages qui défilent, de morceaux qui s'enchaînent, de salles qui s'illuminent ou s'éteignent, de bistrots où les accents changent et le temps semble s'arrêter, de refrains qui résonnent, qui reviennent sans cesse, de villes endormies et de phares dans la nuit, beaucoup de visages en flashes rapides, de rencontres en de retrouvailles aussi brèves que régénérantes, des nuits sans sommeil et des aurores glaciales, beaucoup de derniers verres pour la route, d'attente prolongée et de précipitation, la fatigue qui disparaît dès le premier accord, l'action pour l'action, bouger tout le temps pour éviter de trop penser, l'impression d'être ailleurs, totalement détaché… Enfin bon, tout ça inextricablement mêlé par le manque de sommeil et l'alcool en un amalgame de sensations qui, à peine revenu, semble aussi fragile qu'un rêve qu'on essaie de reconstruire en vain au réveil. Plus on y pense, et plus ses souvenirs s'échappent pour n'en laisser que la trame vidée, sans âme… Mais peu à peu les souvenirs remontent, se rassemblant d'eux mêmes pour prouver à quel point tout était réel, même si ça reste difficile à décrire. J'en ai au moins ramené quelques photos, qui évidemment ne pourront jamais vous en dire autant qu'à moi, à prendre donc pour ce qu'elles sont, des photos de La Souris Déglinguée en concert, pour moi bien plus que ça, et c'est d'ailleurs ce qui vous a valu de subir ce qui précède.

LA SOURIS DEGLINGUEE. Quartier Libre
Quartier Libre / Camarades / Seul sur la muraille / le Grand voyage.

Qui, oui qui ? Je vous le demande (c'est pas tous les jours d'ailleurs), qui pourra remonter dans un train, quel qu'il soit, sans un pincement au cœur après avoir écouté ne serait-ce qu'une fois "le Grand Voyage" ? hein ? Et qui, de toutes façons, est déjà sorti parfaitement intact de l'écoute d'une disque de La Souris Déglinguée ? De cet univers fait de légendes du bout du monde qui semblent avoir été vécues si près de nous (là haut, dans la banlieue nord, plus bas à Pigalle, à Barbès, ou encore à République ou Place d'Italie…). Des légendes et des rêves qui deviennent si facilement réalité vraie par la magie du Rock'n'Roll, pour laquelle La Souris semble avoir de tout temps été douée. D'ailleurs plus que de don, il faudrait parler d'instinct. Cet instinct qu'ils maîtrisent au point qu'on ne puisse plus seulement écouter leurs disques mais qu'on soit obligé de les sentir, de les ressentir, et de les vivre au travers de ces images qui se forment et d'imposent derrière nos yeux, prolongeant nos nuits dans des ailleurs dont on ne saurait dès lors douter qu'ils existent. Certitude apaisante et excitante à la fois, parce que perçue comme un appel… La voix de tous nos "Camarades" sans aucun doute et même si ça devait en être une autre, ça n'a pas forcément une grande importance. La Souris Déglinguée réveille en nous tant de vieux rêves et sensations que peu importe en définitive quelle voie on finira par suivre, ce qui compte le plus sera de la suivre le plus longtemps possible, peut être.