Articles Best. Novembre 1997.
Opération Hong Kong 1997

LSD était à Honk Kong pendant la rétrocession pour tourner un clip du même nom. En exclu le carnet de bord piloté par Tai-Luc, photos souvenirs à l'appui…

Vendredi 06/06/97
Muzo suggère à RV Deplasse, camarade directeur de production à Musidisc de sortir "Hong Kong" en single pour le 1er juillet.

Vendredi 13/06/97
Je téléphone en pleine nuit à RV Deplasse, camarade directeur de production à Musidisc pour que LSD tourne le clip "Hong Kong" à Hong Kong, avant et pendant la rétrocession.

Mardi 17/06/97
Yves B. met moins de quinze minutes à se décider à nous offrir ses services de post-production aux régies des Films du Village.

Mardi 24/06/97
Stéphanie, princesse photographe du XIVème, d'habitude toujours en retard, est cette fois-ci à l'heure au rendez-vous. Philippe, camarade caméraman de LSD, après les précédentes tribulations à Bratislava en 93, Bucarest en 94, est de nouveau du voyage. Il est 10h45 quand l'avion quitte Roissy 2 et décolle pour Vienne. L'escale ne dure qu'une… dizaine d'heures. Stéphanie, qui ne tient pas en place, fait les cent pas dans le couloir de la zone de transit de l'aéroport autrichien. Elle porte un pantalon de treillis vert-de-gris, ce qui la fait ressembler à une sentinelle, c'est pourquoi on a décidé de l'appeler dès cet instant Soldat Stéphanie.
22h40, nous embarquons pour Bangkok dans un boeing 767 de la Lauda Air. Première fois que je vois des hôtesses de l'air en… blue jeans. Pourquoi pas ? Les traînées recrutées en Thaïlande annoncent la couleur de la destination, mais cette fois-ci, nous n'allons pas au royaume de l'Eléphant Blanc. Pour se consoler, Philippe achète une cartouche de Camel autochtone dans la zone duty free du Don Muang Airport. Lorsque l'on réembarque, le zingue est bondé de Fils du Ciel. Mon nouveau voisin - qui ressemble à un japonais barbu des films de Kurosawa - me dit qu'il est Vietnamien réfugié à Londres et, content d'apprendre que je suis moi même un demi-compatriote, me lance en viet une insulte coutumière et irrespectueuse concernant ma mère. En fait, c'est un Chinois du Vietnam. Autour de nous, beaucoup de Chinois du continent, fagotés à l'as de pique, et reconnaissables à la coupe de leurs habits.

Mercredi 25/06/97
Nous atterrissons à Kai Tak Airport, il est 19h, heure locale. Ma Jian qu'on n'a pas vu depuis le concert au Café de la Danse, caché derrière ses Ray-Ban et accompagné d'Agnès, française expatriée, nous attend à la sortie. Le taxi, qui a traversé le tunnel sous-marin qui sépare la péninsule de Kowloon de l'Ile de Hong-Kong, fonce sur Wan Chai qui va devenir le quartier général de notre semaine à Hong Kong. Du douzième étage du Fully Mansion, on peut voir la jeunesse du coin transpirer jusqu'à tard dans la nuit sur le terrain de basket ball. Nous abandonnes temporairement Soldat Stéphanie qui, pour cause de décalage horaire, est complètement HS. Il est 23h quand nous prenons le métro pour Sham Shui Po. Odile, ma cousine du Vietnam à qui j'ai prévu de rendre visite, est censée habiter au Chongyuen Building sur Yenchow Street, mais ce soir là, par confusion idéographique et phonétique, on s'égare sur Unchow Street qui a des allures de rue Saint-Denis.

Jeudi 26/06/97
Une prostituée blonde d'origine russe fait du ramdam dans le hall de l'hôtel prétextant que la clé qui lui a été remise n'ouvre pas la porte de la chambre de son client présumé. On fait au milieu de l'après midi connaissance avec une copine de Ma Jian, Borrla, Sino-Turkestanaise de Wulumuqi. Cette jolie demoiselle n'a pas la langue dans sa poche et désigne toutes celles qui pourraient lui faire de la concurrence en terme de "putes françaises".

Vendredi 27/06/97
Tôt le matin nous partons faire un repérage du côté de Kennedy Road (une sorte de rue Véron en nettement plus abrupte) que nous remontons jusqu'à la hauteur de l'escalier qui descend Ewan Court et Sakura Court. Nous faisons la découverte d'un site qui va servir de cadre au tournage du clip pour les jours à venir. C'est au début de l'après midi qu'on retrouve Phi Long et sa copine à l'angle d'Electric Road et Tsing Fu Street dans le quartier de Tin Hau. Phi Long est un Viêt-Kiêu du laos réfugié à Paris, qui avait le rôle du portier du Macao dans le clip "Vénales Fiançailles". Depuis deux ans il vit à Hong Kong et y organise des soirées à faire pâlir d'envie ses homologues parisiens. Sa copine c'est Sinna, mannequin, Chinoise de Suède de retour au pays, certaines vont devoir pointer au chômage ou devenir femmes de ménage.

Samedi 28/06/97
Minuit, le téléphone sonne. Voix féminine à l'autre bout du fil. La demoiselle indigène se présente, son nom : Echo. Elle se recommande de la part de Ma Jian et me donne rendez-vous au Eleven Seven près de Wanchai Station à 2h du mat'. Avant d'aller au rendez-vous on fait le tour du quartier et on se rend compte qu'il y a trois Eleven Seven. Eleven Seven : le nom d'une chaîne d'épiceries ouvertes de jour comme de nuit. Echo et sa copine Grace attendent sur les marches du passage piéton. On fait connaissance dans l'arrière salle du Neptune (I ou II, je ne sais plus). Echo est une jeune Chinoise de Pékin exilée à North Point. En phase I de piercing. Grace est une vraie Cantonnaise de Kowloon, mais pour une raison qui m'échappe, elle ressemble à une Pied-Noir. Ces deux demoiselles sont étudiantes en cinématographie. Quand nous quittons la pénombre, le soleil s'est déjà levé à l'intersection de Jaffe et Luard Road.
Phi Long nous a donné rendez-vous à 13h au Eleven Seven à l'angle d'O'Brien et Thomson juste derrière Johnston Road. Il vient avec David, un Chinois de Californie qui a déjà joué avec Jackie Chan et qui va participer au prochain Van Damme. Quand nous arrivons sur la terrasse de la résidence abandonnée, le soleil est à son zénith et Soldat Stéphanie se fait dévorer le bas du dos par les moustiques et les fourmis. Cette résidence abandonnée est sans nul doute la nuit un repaire de toxicomanes. On peut lire encore l'anagramme "heirion" écrit à la peinture sur le parapet de briques rouges. Tandis que Philippe tourne quelques scènes avec nos amis asiatiques déjà cités et moi-même, je pense que les Chinois ont tort de se plaindre d'avoir perdu les guerres de l'Opium au XIXème sècle puisqu'ils ont gagné celles de l'héroïne au XXème siècle. A chacun sa revanche historique.

Dimanche 29/06/97
L'avion de Rikko et Muzo est arrivé tôt dans la matinée à Kai Tak Airport, une heure à l'avance poussé par des vents favorables. Une fois de retour à notre base, j'explique à mes acolytes fraîchement débarqués que Wanchai c'est Pigalle-Blanche-Place Clichy version sud-est asiatique, la diaspora immigrée étant ici philipino & siamoise. A 16h, nous allons à proximité de Honk Kong Convention & Exhibition Centre, où a lieu une manifestation pour la libération des dissidents chinois emprisonnés en Chine. Un vieux chinois pro-taiwanais aux yeux creusés arbore fièrement sur sa chemisette sale un drapeau de la Chine nationaliste. Je pense à mon père qui avait le même regard au soir de sa vie. Il est plus de 20h, nous sommes invités à boire par Arunee, patronne d'une gargote sympathique pour exilés en manque de Mékhong. Stéphanie se fait masser médicalement par un des employés sur un lit de camp dans l'arrière boutique à l'abri des regards, un Vietnamien de Thaïlande passablement éméché fait croire qu'il est un Lady man, pour pouvoir assister à la scène avant de se faire éjecter par Arunee qui doit être la réincarnation féminine de Petit-Jean (rest in peace, John).

Lundi 30/06/97
Minuit passé, où sommes nous ? A Hong Kong ou à Pattaya ? Peu importe, pour citer Xavier Coton, un réalisateur d'anti-documentaires et contemporain nyctalope, il s'agit bien de "pavé sur la plage". Hong Kong est aussi un "pavé sur la plage", je dirai un gros rocher. Le boîte de nuit sur wanchai Road s'appelle Tamnkthai ou Tamnattai. Ce soir là, distinguer les consonnes finales occlusives n'est pas un souci. La soirée est à la frontière de la fiction et la réalité. On a pour voisines de table Mademoiselle N. et sa copine, princesses malicieuses et conviviales en état d'ivresse, qui rient aux éclats et s'amusent beaucoup à simuler masturbations et fellations au profit de certains Farangs dont je en dirai pas les noms. "Princesse de la rue" passe dans les hauts-parleurs, tout est définitivement raccord. Cool de danser le lamvong avec les Siamoises de Stone Nullah Street à Hong Kong.

Mardi 01/07/97
Minuit, nous sommes entrés au Neptune (I ou II, je ne sais plus), le service d'ordre nous laisse passer comme si on était des habitués. Tandis que l'orchestre philipino (je suppose) fait son boulot pour étourdir la clientèle, ceux qui ont tout l'air d'être les patrons de l'établissement ont les yeux rivés sur la télé, et suivent mot pour mot, le discours des nouveaux maîtres de Hong Kong. Il est 4h du mat' quand nous décidons de partir en taxi pour la frontière. Un orage torrentiel s'abat alors sur la ville, les essuie-glaces ne sont guère utiles. Traverser les Nouveaux Territoires donne l'impression d'être dans un Val d'Oise hyper-urbanisé. Je demande au chauffeur de nous déposer à la gare de Sheung Shui. Nous marchons jusqu'à la station service de Shek Wu Hui. Il doit être 6h du mat'. Au dessus de Jockey Club Road, entre deux gratte-ciels, est déroulée une immense banderole partisane, tandis que dans le haut parleur, un speaker patriote s'égosille en mandarin, exhortant les habitants du quartier à souhaiter la bienvenue aux soldats de l'Armée Populaire de Libération. Ceux-ci, armés semble t'il de Famas (!), arrivent sous la pluie en camions débâchés, en VAB et en blindés. A la fin du défilé, nous nous replions à la table ronde d'un restau sur Lung Wan street. J'ai commandé pour tout le monde des estouffades de pattes de poulet. Personne n'y a goûté, même pas moi. Trop ethnique. Puis nous avons tracé jusqu'à la gare et nous nous sommes écroulés dans le train pour Koowloon qui avait des airs de RER envahi par les immigrés philipino. Ma Jian m'a donné le contact de Mademoiselle Feng qui m'a envoyé un fax indiquant le programme des manifestations protestataires. Au milieu de l'après midi, nous avons rejoint le cortège de celle qui venant de Causeway Bay passait sur Hennessy road. J'ai oublié à Paris le drapeau tibétain, mais bon, le mieux est toujours l'ennemi du bien.
17h. On a retrouvé dans le hall de l'hôtel Phi Long et Sinna puis nous sommes partis faire uen pause dans l'arrière salle du Ran Deng Nakhon Phanom, tandis que Philippe tournait un plan de coupe avec Sinna sur Stone Nullah Street.
20h. On a ensuite sauté dans le tram pour nous rendre du côté de Sai Ying Pun, chez Ma Jian qui nous a invité à une soirée "underground", rassemblant contre-culturel de personnalités hongkongaises, continentales et étrangères.
Dans l'assistance, le camarade Yan Li que j'ai connu à Pékin circa 81-82 et qui fait partie du mouvement des Xing Xing, expression artistique de la dissidence chinoise de la fin des années 70. Je me rappelle lui avoir offert un bracelet clouté triplex racheté à Jean-Marc dit Fuck, à la Fontaine des Innocents. A la demande de Ma Jian, on fait des versions acoustiques de "Saigon", "Tambour et Soleil" et "Princesses de la Rue", autrement dit c'est LSD version folk. La soirée continue, nos camarades dissidents se rappellent les chants révolutionnaires chinois qu'ils connaissent par cœur malgré eux.

Mercredi 02/07/97
Au début de l'après midi, nous quittons définitivement notre micro-chambre du Billion Land sur Johnston Road. Retour chez Ma Jian que nous allons interviewer dans l'éventualité d'un documentaire. Il va ainsi nous parler très librement de l'indépendance du Tibet et du Xinjiang, de la consommation de l'héroïne en Chine, sujet d'un de ses derniers livres. Le temps joue contre nous, promesse de se revoir en France début 98. Le taxi nous dépose à proximité du magasin HMV sur Pekin road à Tsim Sha Tsui. On fait une dernière pause au Royal Pattaya derrière Chungking Mansions.
20h30. Nous quittons Hong Kong. Soldat Stéphanie nous offre des coupes de champagne.

Jeudi 03/07/97
Le taxi qui nous ramène d'Orly-Sud à chez moi passe par le triangle de Choisy du XIIIème. En début d'après midi, nous commençons le dérushage dans une des régies des Films du Village, à proximité de l'enclave croate du XXème.

Vendredi 11/07/97
Le montage du video clip touche à sa fin. Après un détour à l'espace Japon, puis au Sabay Di, nous descendons ensuite à l'Arapaho pour la soirée Asiafolies. La nouvelle caissière est une demoiselle de… Hong Kong qui me dit que les Cantonnaises sont les plus jolies. Tout est définitivement raccord. J'espère pour nos amis restés là bas que les communistes chinois ne vont pas tienanméniser Hong Kong avant 2047.

Tai Luc.