Articles Best N°222. janvier 1987.
Qui aurait pu le croire ? Depuis disons, "aujourd'hui et demain" (leur avant dernier LP), les gens de La Souris Déglinguée, jadis farouches garants d'un certain punk version française fréquemment garni d'œillères - et restés seuls tenants du titre après la défection des pitoyables Oberkampf - affirment une telle volonté "d'ouverture" et de stylisation que le skin moyen n'y retrouvera plus ses bretelles.
"la cité des anges", leur précédent album, pouvait passer pour leur chef d'œuvre. "Eddy Jones", dans la lignée, figure un véritable patchwork de genres et d'influences heureusement digérées : de l'altruiste rockabilly ("le bop de la dernière chance") à une goguette de salsas en passant pas le ska retors et même un guilleret cha-cha-cha ("la nuit sera blanche"), La Souris swingue désormais avec brio sur des rythmes prétendument " exotiques ", mais - que les punks se rassurent - n'en reste pas moins foncièrement " rock " : En fait, " Eddy Jones " sonne souvent comme la version speedée que les Specials donnaient des standards de Desmond Dekker. Et si on peut peut être regretter par moment la frappe " musclée " du batteur, qui aurait tendance à "écraser" quelque peu certaines des plus volatiles mélodies de l'album, on souscrit totalement par contre aux "voix chinoises" des chœurs, venues étayer de leur spéciale beauté les éternelles histoires d'exil scandées par Tai Luc…
Ajoutons encore que la production est signée Slim Pezin, vieille légende des studios français et notoire collectionneur de guitares Vintage qui - anecdote - ne fut pas peu surpris, paraît-il, de découvrir les héroïques mais usés instruments de nos infatigables rockers nationaux…
Laurence ROMANCE