Articles Best. N° 149 . Décembre 1980.

La Souris Déglinguée : un nom psychédélique qui rappelle l'humour corrosif et britannique des Beatles (Sacrée Lucy !...) Pourtant les musiciens de La Souris Déglinguée ne viennent pas de la perfide Albion. Loin s'en faut. Leurs fiefs, c'est la Porte de Clignancourt, République et Versailles. Formée il y a deux ans, la Souris Déglinguée est aujourd'hui composée de Tai-luc (guitare, chant), Jean-Pierre Mijouin (guitare), Rico (basse), et Jean-Claude Dubois (batterie). A l'origine, quatre des musiciens jouent chacun de leur côté, dans leur chambre. Mais déjà la Souris existe. Tout au moins son âme est là. Le déclic se produit quand ils rencontrent Jean-Claude, le batteur, qui jouait auparavant dans un groupe de twist et de rockabilly. D'une musique assez dure inspirée des Stones, des Heartbreakers et des New-York Dolls, la Souris découvre un rock plus "swing" aux tempos plus légers bien que toujours résolument énergiques.
"Notre Musique..." affirment ceux de la Souris, "ressemble à ce qu'on écoute : elle a un côté new-wave et un côté rock'n'roll plus swing. Dans une revue rock, il était écrit qu'elle se situait entre Bill Haley et Sham 69. C'est ça. Mais c'est vaste. Du reste, cette diversité nous joue parfois des tours. Par exemple, il nous arrive sur scène de passer d'un reggae à un rock hyper violent et de revenir à un swing. Résultat : le public a parfois du mal à suivre. Quand on fait "Blue Suede Shoes", toutes les "bananes" arrivent au premier rang. Puis ce sont les rastas qui se rapprochent lorsqu'on joue un Reggae... Une maison de disques nous a reproché d'avoir différents styles. En France, un style suffit, une seule ligne directrice..."
Si La Souris Déglinguée n'a pas encore réussi à s'attirer les faveurs des gros label discographiques, elle a quand même sorti, il y a un an, un 45 T autoproduit grâce à l'aide précieuse, amicale et financière de leur copain Hervé Philippe qui n'hésita pas à laisser un million pour la fabrication de la petit galette. Celle-ci fut enregistrée dans un petit studio 8 pistes de Carrière-sur-Seine. "Le responsable était un technicien tout droit sorti d'une école de son. A priori, il n'était pas branché sur le rock : c'était même la première bande qu'il faisait pour un groupe de rock. Mais ça s'est bien passé. Ce 45 T est sorti le 1 octobre 1979. On l'a distribué par nos propres moyens vers République et du côté des Halles. Il a été programmé en radio et l'est toujours (sur Radio 7 notamment et à l'émission de Blanc-Francard. Les D.Js du Golf, du Gibus et de l'opéra-Night l'ont aussi passé. Il a même été vendu en province. Les 500 exemplaires ont été achetés mais il nous en reste une trentaine en stock pour les gens intéressés !... C'est marrant que ce 45 T ait marché car il n'était pas du tout commercial. A l'époque, les paroles étaient très violentes !..."

"Il y a trois ans" poursuit Tailuc, "J'écrivais des chansons vraiment politiques. Je parlais de la bande à Baader, des nazis de Nuremberg, etc... Et puis, il y a un an et demi, j'ai fait des chansons plus accessibles. Au lieu d'évoquer les gens qui font la une des journeaux, j'ai parlé des gens qui gravitaient autour de moi, ce qui est beaucoup plus simple. Des copains, des copines le plus souvent. Mais c'est vrai que mes chansons ont un coté social. Je trouve que c'est beaucoup mieux que de parler de littérature. A notre époque, l'esthétisme n'a plus aucun intérêt. Ça ne concerne plus que des gens mondains...

Au départ, on était assez timide. On n'était pas non plus très intéressé par les médias. On est surtout resté dans notre banlieue. On ne se sentait pas assez mûr pour monter à Paris. Il y a des groupes assez mondains. Nous, ce n'est pas notre cas... Dans ton canard, Christian Lebrun, en chroniquant notre 45 T avait dit qu'il n'y avait aucune chance de nous rencontrer au Palace. Pourtant il ne nous connaissait pas mais il avait tout compris !..." Il est vrai que ce n'est pas en restant confiné au Palace qu'on peut écrire une merveilleuse petite chanson aussi pathétique, révoltée et sociale que "Petite Arabe". Sur une mélodie toute simple dans l'esprit des meilleurs moments des Kinks, Tai-Luc a couché des mots simples comme la colère : "Petite Arabe est une chanson que j'ai faite en solidarité avec une fille qu'on a connue. En France, les Arabes ont mauvaise réputation. Il est temps maintenant de leur en faire une bonne. Et puis on ne parle jamais d'eux de toute façon..." Pour finir, sachez que le rêve secret de La Souris est de posséder une somme assez importante pour réaliser un LP tiré à 500 000 exemplaires qui seraient immédiatement distribués gratuitement aux gens. Un groupe très social décidément !...

Philippe LACOCHE.