Articles Best N°162, Janvier 1982.

La Souris Déglinguée.
(New Rose)
A un moment où il est fortement question d'un revival psychèdilique, un groupe français prouve qu'on peut avoir L.S.D comme initiales et ne pas planer pour autant dans les étoiles. Sortie du béton, nourrie des ordures de la zone, rompue aux combats de rue et autres prises d'assaut des scènes, La Souris Déglinguée a accouché d'un premier album qui lui ressemble bien. La production est faite au marteau-piqueur, la prise de son au scalpel, la pochette à l'économie. Mais ce disque est vrai . En dépit de tous ses défauts, il est attachant car il s'agit du produit authentique d'un de ces gangs (au sens premier du terme) qui ont bien secoué le rock français depuis trois ans. Je me souviens des mecs de LSD ramant dans les galères les plus pourries et se sortant tout de même les tripes comme si, à chaque fois, il s'agissait du concert de leur vie. Et tout au long de ces années de misère noire, Tai Luc et les siens sont restés fidèles à leur rock vietcong, bricolé mais efficace, qui n'a d'autre prétention que de raconter la vie, leur vie dont l'horizon se cogne le plus souvent aux angles vifs du béton de banlieue. Les textes sont à la mesure des rythmiques taillées à la serpe. "Putain de Zone" est parfaitement révélateur de l'état d'esprit dans lequel LSD fait du rock. Il ne s'agit pas d'un moyen de parvenir à la fortune, mais juste de bien s'éclater dans son coin, avec les potes et la famille. Et finalement, cette approche sans ronds de jambe du bizness a du bon, car certains programmateurs radio ont compris qu'il s'agissait là d'un groupe dont il n'y avait pas de concessions à attendre mais dont certains titres étaient parfaitement acceptables par les ondes. C'est ainsi que l'on entend pas mal "Beaucoup de Libertés" et "Les Jeunes Cons", deux morceaux relativement bien finis. Dommage que le groupe n'ait pas repris " Petite Arabe " sur ce trente. A conseiller à tous les néo-punks et autres gardes rouges du punk qui pensent, attaquent et dansent. Déconseillé aux âmes sensibles ne supportant que les productions californiennes.

Michel Embareck.