Articles Best N°245. Décembre 1988.
LA SOURIS DEGLINGUEE.
"Quartier Libre" (Musidisc)

Qui donc est capable de transgresser les écoles, ou les principes, le plus simple, celui de l'énergie, le plus pervers celui de l'argument politique ? Techniciens, médias et musiciens à force de s'être laissés ramoner par les contingences d'un insupportable quotidien, ont engendré un embryon, le rock français, renégat maladif voué au destin de pourfendre les deux morales dominantes de ce pays, la bourgeoisie et la police, voué à l'héroïsme donc, mais qui ne sait toujours pas comment s'y prendre : par le romantisme, la parodie ou la force ?
Il se désiste au profit d'une divinité venue d'ailleurs, se roule dans la salive anglaise, éructe comme s'il exorcisait son complexe d'infériorité ou soupire de nostalgie, et quand bien même les attitudes seraient parfois attachantes, les résultats sont souvent piètres. Mercantilisme et opportunisme, routine rebelle ou stylistique assombrissent rapidement la face de ces groupes français qui seraient authentiquement héroïques s'ils avaient osé, à chaque fois et pour longtemps, être différents.
Ceci concerne Flitox, - jeune groupe français de hardcore - haché menu, tendance décomplexée, dont le second album "Radio TV Active" prouve toutefois un regain d'radeur et d'efficacité sonore. Quant à La Souris Déglinguée, les présentations ne sont plus à faire. Ce sixième album est certainement leur plus "musical". Entendez un son plus travaillé (le fameux "gros son" tant revendiqué par les studios), plus enrobé d'artifices, les cuivres imposants, quelques claviers et des morceaux de danse, ska ou funky, probablement capables d'aligner des tubes en discothèques ou radios, ce qui n'a rien d'une honte, même pour La Souris, d'autant moins qu'à aucun moment le groupe ne s'est aliéné.
Voilà qui va sûrement semer la plus grande confusion au sein des différentes chapelles "commerciales" ou "alternatives". La Souris Déglinguée a toujours péché par une certaine rigidité, un manque "d'idée musicale" au profit d'une totale et spontanée implication humaine et d'une manière quasi guerrière de balancer leur vie en tranches de rock and roll, comme en un manifeste, ce qui leur a aussi valu leur crédit punk, La Souris s'est attaché à construire une plus grande mise en scène ; cet "artifice" capable de mettre en valeur les chansons.
Pas de remise en question, de trahison ou d'opportunisme ici. Tout est encore DANS le disque, rien n'a été laissé au dehors. Il n'y aura probablement jamais ni paresse ni tricherie dans aucun des albums de La Souris Déglinguée. Quant à savoir si, comme l'écrit Chalumeau dans la pochette intérieure, il s'agit de la poésie de l'an 3000, je laisse le soin à l'avenir d'en juger. Ce qui est sûr c'est que "Quartier Libre" était le seul disque possible, LA SEULE ATTITUDE POSSIBLE, que LSD pouvait adopter en 1988.

Gilles RIBEROLLES.