Articles Best, Novembre 1997.

LA SOURIS DEGLINGUEE.
Granadaamok. Musidisc.
97 dans l'après midi, Taï-Luc et ses hommes restituent la Chine à Hong Kong et rentrent à Paris Pogo. Granadaamok, moultième album de LSD réveille les fantômes de l'Opéra Night pour un flash back futuriste dans les années Folies Pigalle. Une fresque syncopée entre génie de la Baston et Hôtel des voyageurs avec ses Marco Polo zonards qui s'enivrent d'absinthe imaginaire et Coca Cola en réveil-matin effervescent pour déchiffonner les figures emblématiques de toutes les Asies dans le métro, celles dont on cherchait le parfum en fouillant dans les poubelles renversées du mauvais sommeil, avant de s'asperger de guitare bon marché et de colère fraîche. Ce préalable obligé pour mettre du désordre dans ses affaires avant les safaris photomatons d'identité, à travers les républiques populaires de la mémoire et les territoires rebelles de la culture. Quelques années de balades en reportages d'or sur les filles de mauvaise ville et l'Orient expressionniste qui ramenait à toutes vapeurs le passé vers le futur, et le sourire du pays au pays de la souris, avec tambour et soleil sur la météo des plages de disques en attendant la rentrée des classiques, sous la pluie des guitares et des éclairs de cuivre qui allaient souligner les reliefs de Granadaamok, un CD qui braque le rock, pistolet sur le tempo, avant de lui faire les poches de résistance ; hanoï punk, reggae balajo, mambo rythm'n'blues, ska tcha tcha, latinokinawa… Toute une mitraille de musiques à se mettre dans les fouilles pour se payer du bon vieux temps et du souvenir de marque, quand Madness, Santana, Gégène, Jeff Beck, T.Rex, Azaremba, BBH 75, les Clash et autres asphalt jongleurs annonçaient les surlendemains qui chauffent dans les rues de Saïgon, Carracas, L.A, ou Alfortville et même dans le Paris seventies des maquisards rimbaldiens qui allaient soigner leurs coupures d'électricité chez les petites héroïnes des tragédies glauques, princesses métisses, jukies lady, guesha ça ira, anges bleu nuit, attachée de stress et petites sœurs de fauves, couchées sur leur matelas de douleur, au milieu du salon, récitant l'alphabet des paumés avant de s'endormir.

Daniel STEVENIERS.