A. était breton, il ne clouait plus
les orvets sur le tronc des acacias
B. était alsacien, il n'écrasait plus les
mulots débusqués sous les vieilles tôles
C. était espagnol, il descendit sur Paris avec A
et B, qui s'étaient cotisés pour lui payer
une pute. Ce qui était nettement mieux que de fumer
des lianes et brûler des pneus dans le terrain vague.
D. Etait chtimi. Bidasse en stage commando au pays rimbaldien,
il fut le seul de la compagnie à être réformé
suite à un accident regrettable sur le parcours du
combattant. L'état de sa colonne vertébrale
l'apparentait désormais à la catégorie
des serpents.
E. Etait mexicain. Monté dans le Greyhound bus à
Los Angeles, il passa la nuit à ramper sous les sièges
et fouiller les sacs tandis que l'Amérique dormait
tranquille. Le lendemain matin, avec le pactole de son larcin,
il paya à boire aux trois voyageurs vietnamiens pour
acheter leur silence sous le soleil de la Cali.
F. Etait Lorrain. Les cambrioleurs déféquèrent
dans sa chambre à coucher. Ses pourvoyeurs ne lui
rendirent jamais l'argent avancé pour l'achat d'un
produit illicite et sa fiancée le quitta peu après.
G. Etait gauloise. Femme mariée, elle avait un amant.
Les jeunes de la bande du quartier la menacèrent
de tout raconter au principal intéressé. D'abord
ils la firent chanter financièrement, et ensuite
sexuellement.
H. Etait nord-viêtnamien. C'était Paris au
mois d'août. Descendu sur les berges de la Seine pour
y tremper et rafraîchir ses pieds, un mauvais pas
la fit tomber à l'eau. Bien que nageur réputé,
il périt noyé, étranglé par
son propre dentier.
I. Etait parisienne, tutrice légale de N. Ses yeux
étaient vitreux chaque fois qu'elle sortait de la
salle de bain. Ses agresseurs déplacèrent
le matelas du lit au milieu de la salle de séjour
et la violèrent sous prétexte qu'elle leur
avait volé la came.
J. Etait chinois. Polio de naissance. Ouvrier modèle
et endoctriné par les slogans de sa République
Populaire, il voulut s'inscrire dans une prestigieuse université
pékinoise pour étudier les beaux-arts. On
lui répondit "pas de place pour les infirmes".
K. Etait sud-viêtnamien. En route de Bruxelles vers
Paris. Adolescent assis sur le siège arrière
de la voiture diplomatique de la jeune et jolie épouse
d'un général mégalomane, ce jour là
il la pénétra tout en imagination.
L. Etait nord-banlieusard. Légèrement handicapé
mental. Bizuté par ses contemporains, gamins du quartier
sans aucune pitié, il devait branler le chien.
M. Etait américaine. Une vraie blonde. Même
les mots orduriers en français qu'elle ne comprenait
pas sonnaient doux à ses oreilles pendant le va et
vient.
N. Etait provinciale. Teenageuse déjà tox.
Ses agresseurs déplacèrent le matelas du lit
au milieu de la salle de séjour et la violèrent
sous prétexte qu'elle était la complice de
I, qui leur avait volé la came.
O. Etait franconésienne. Vendeuse de coupe-faim
rue du Faubourg du Temple, elle amassa assez de gains pour
faire l'acquisition d'une petite bagnole.
P. Etait sud-banlieusard. Il fut le premier à fumer
dans la cour de récréation du CES, à
regarder sous la jupe de la prof d'anglais, il fut le premier
à crever de surdose sans attendre l'année
de la Pure Energie.
Q. Etait parisien. Chanteur de Compartiment Tueurs. Il
avait dit à la copine de la fille du docteur qu'elle
pourrait assister à la répétition au
3ème sous-sol de la rue des Lombards, si elle amenait
une ordo.
R. Etait arabe. En probation. Pour fêter sa liberté
retrouvée, elle avait ramené dans sa chambre
d'hôtel, en attendant le retour de son fiancé
régulier, un jeune intermittent. Elle avait ses règles,
néanmoins plusieurs fois durant le coït, elle
lui demanda "fais moi un enfant". Ce qui fut une
excellente occasion de contracter la gale dans les jours
qui suivirent.
S. Etait nord-banlieusarde. Employée de mairie.
Elle avait l'habitude de shooter son fils, puis de coucher
avec les amis de celui-ci, tout en écoutant de la
musique décibelique.
T. Etait japonais. Peintre et contrebassiste. De sa mansarde
il pouvait voir le fantôme de son ancêtre alchimiste
au sommet de la tour Saint-Jacques. Tombé en pharmaco-dépendance,
il devient une ombre au pays du soleil couchant.
U. Etait gaulois. Biker sans bécane, il faisait
sans nul doute partie du M.C carte orange, vu que sa fiancée
travaillait à la RATP.
V. Etait français. Il disait qu'il était
un déserteur de la Légion. Sa caserne réelle
était un squatt qu'il partageait avec un de ses contemporains
dont les talents de cuisinier permettaient de transformer
tout chat en civet de lapin.
W. Etait mandchou. Videur dans une salle de jeux sur le
boulevard de Clichy. Appliquant strictement les consignes
de son employeur, il avait arraché la gourmette,
la montre et la bague d'un reurti nord-africain qui avait
cassé la vitre du flipper. Traité de raciste
par ce dernier, il lui répondit "attends mon
patron, c'est ton cousin"
X. Etait est-banlieusard. Routard pas encore diplomate.
Les chouravi n'avaient pas encore envahi l'Afghanistan,
et Kaboul était le paradis des paradis artificiels.
Y. Etait Montmartroise. Réveillée en pleine
nuit par son boy-friend monte en l'air, lequel tambourinait
à sa fenêtre au premier étage. Elle
lui offrit l'hospitalité de sa chambre sans savoir
qu'il n'était pas tout seul, mais avec deux camarades.
Le premier, post-bituré, s'endormit rapidement sur
le plancher, le second, plus opportuniste, téléphona
à sa fiancée en Chine, quand au boyfriend
de Y, il fit ce qu'il avait à faire, en attendant
l'heure du premier métro.
Z. Etait chinoise. Plus jolie que Gongli. A la fin de sa
détention dans un camp de concentration en Mongolie
Intérieure, elle vint assister au concert d'un groupe
de jeunes survoltés à l'Eldorado du Boulevard
de Strasbourg. A l'un d'entre eux elle donna sa photo d'ex-militaire
de l'Armée Populaire de Libération. Il l'accrocha
au mur, mais c'était déjà le début
des années 80.