Parabellum. 1977 : Grande année du déclic. Pour
la plupart, ils sont déjà punks et le niveau scolaire est
déplorable. Malgré tous les efforts du corps enseignant,
une bonne partie d'entre eux joue dans des groupes bien
laborieux dont les noms sont heureusement oubliés par l'Histoire.
1981 : C'est l'année charnière pour la
plupart d'entre eux. C'est aussi l'année où se dessine à
grands traits la future scène que certains ont trop vite
qualifiée d'alternative. Roland devient le bassiste des
Electrodes de Romain Decoret et JP Correa ; Schultz achève
sa carrière lorraine au sein des GTI'S, un trio destroy
de Thionville ; Sven officie dans Ex-Babies ; Géant-Vert,
entre deux cuites, est grouillot dans une émission de radio
et Patrick est déjà une star derrière les fûts de DKP, un
combo plutôt sauvage et fort motorisé.
1982 : Roland plaque les Electrodes.
Patrick massacre la tournée des Stray Cats. Schultz et sa
valise en carton débarquent à la Gare de l'Est. Géant-Vert
joue les bassistes dans les Ferrailleurs, le pire groupe
de rock de la capitale qui le vire pour nullité. Sven est
dans les Porte-Mentaux qu'il quitte pour laisser la place
à Schultz. Roland débarque à son tour au mythique quatrième
sous-sol du Parking 2000 pour s'intégrer, lui aussi, dans
le groupe de BB Rock. Géant-Vert prend l'habitude de venir
cuver pendant les répétitions pour se remettre de sa première
production vinylique : le très foireux EP des Electrodes
sans Roland. Patrick, quant à lui, découvre les subtilités
de l'œnologie à travers une caisse de bouteilles de Jack
Daniel's. Déjà, c'était très mal barré
1983 : A force de cuites de plus en plus
dévastatrice, Géant-Vert est bombardé manager des Porte-Mentaux.
C'est la seule solution trouvée par BB Rock pour préserver
le foie de son géant préféré. Enregistrement de démos diverses
dont le célèbre A ça ira que l'on retrouve sur la compilation
Mantra " France Profonde 1 & 2 ". Les Porte-Mentaux enregistrent
même 5 titres sous la houlette de Pascal Auriat, le producteur
de Linda de Souza. Certaines mauvaises langues iront jusqu'à
prétendre que les grands esprits des possesseurs de valises
en carton finissent toujours par se retrouver ! C'est à
cette époque que Géant-Vert commence à s'afficher avec un
t-shirt de fabrication locale sur lequel est marqué SI VIS
PACEM PARABELLUM.
1984 : Grande année pour les futurs Parabellum.
Avril : BB Rock compose Elsa Fraulein (350 000 copies vendues
un peu plus tard) et Schultz, Roland et Géant-Vert prennent
la tangente dans un bel ensemble. Une fois à l'extérieur
du Parking 2000, ils décident de faire un groupe. Géant-Vert
déclare qu'il fera les paroles et les pochettes. Les deux
autres, qui ont joué une fois avec lui pendant une répétition
des Ferrailleurs, trouvent l'idée excellente. En attendant
de trouver le batteur adéquat, ils embauchent Jean-René,
la boite à rythmes de Yoyo Tommy Gun, l'ancien animateur
de l'émission " Sueurs Froides " à Carbone 14.
Le 8 mai, à défaut de célébrer la fête
nationale, le trio annonce officiellement à BB Rock qu'il
peut embaucher du personnel. Ce dernier le prend assez mal
et déclare qu'il va devenir une star rien que pour les faire
chier. Il y réussira d'ailleurs assez bien. Au cours d'une
répétition, Roland décide que le t-shirt de Géant-Vert fera
un excellent nom de groupe. Les trois premiers titres sont
composés : STALAG 27, MOMO et ARBEIT MACHT FREI que le groupe
laissera tomber assez rapidement ( titre que l'on retrouvera
sur un album des Rats dix ans plus tard !)
Le 17 juin : Leurs trois premiers titres
en poche, le trio se rend à la cité universitaire pour un
concert des Wampas/Washington DC/Daltons. Ils y ont été
invités par Ronan et Rascal histoire de faire une brève
apparition sur scène. Malheureusement pour les deux gentils
organisateurs de services, le concert n'est qu'une succession
de bastons et Parabellum opère un repli stratégique avant
qu'il ne soit trop tard.
Juillet 84 : Première répétitions avec
un vrai batteur. En l'occurrence Cambouis, anciennement
PROPSACK et surtout WUNDEBACH. Entre-temps, le groupe a
eu le bon goût de composer l'essentiel de son futur répertoire
: LA BOMBE ET MOA, SVP 08 38, PERE NOËL et la plupart des
inédits du Vol. 2. C'est aussi l'époque où Parabellum agrémente
son show d'instrumentaux diverses pour permettre à Schultz
de pouvoir souffler. De cette époque, nous retiendrons un
certain éclectisme musical à l'écoute de titre comme NUT
ROCKER, RUN CHICKEN RUN et TREBLINKA.
Août 84 : Enregistrement de la première
démo STALAG 27/ LA BOMBE ET MOI/ SVP 08 38/MOMO aux studios
JET PRODUCTION à Hagondange, en Lorraine profonde. Le tout
se fait en un week-end avec un budget égal à zéro. Les Parabellum,
à l'exception de Schultz qui joue sur ses terres, découvrent
avec effarement un paysage sinistré par la crise. Le seul
magasin ouvert est une petite boutique puant la misère et
fort justement appelée BAPRIX ! Il n'y a rien à acheter
sauf de la bière à foison et la vendeuse se tord les mains
de désespoir devant les cagettes de fruits gâtés qu'elle
essaye désespérément de fourguer au groupe. On sent que
la vie n'est pas rose tous les jours dans cette contrée
de malheur !
Septembre 84 : Premier concert officiel
du groupe et à l'étranger de surcroît : le bar belge à Angers
! Cambouis n'ayant pas jugé sa présence utile, c'est JR,
la boite à rythmes, qui se tape le boulot. C'est un succès
total. Les quarante-huit (48) spectateurs présents sont
enchantés. Enchanté par l'accueil, les Parabellum se fendent
d'un rappel. Roland dit à Schultz : " On fait ROCKAWAY BEACH
! " Il balance l'intro à toute vitesse suivi par Schultz.
Seul problème, ce dernier joue ROLL OVER BEETHOVEN ! ! !
Fin 84 : C'est le début d'une collaboration
fructueuse avec Paris Bar Rock de Rascal et Ronan. Pendant
les dix-huit mois suivants, le groupe prend régulièrement
ses quartiers au Jimmy, rue de Bagnolet, pour des concerts
de plus en plus furieux. Charitablement, le Géant-Vert déclare
que ça fait autant d'heures de répétitions que PARABELLUM
n'aura pas à payer ! Entre-temps, la compilation France
PROFONDE 1 avec le premier titre du combo sort dans les
bacs. La pochette est à chier et le son de STALAG 27 est
quasiment inaudible. C'est un échec total. Malgré ça, la
démo plaît beaucoup à un groupement d'une vingtaine de dégénérés
de l'Essonne répondant au doux nom de GOUGNAF MOUVEMENT.
Ce label trouvant le son de la démo excellente, les Parabell'
pommes, devant autant de mauvais goût, sont d'accord pour
un 45 tours.
Décembre 84 : Rencontre historique avec
Guy Ferrandis au quartier général du groupe. Il prend une
vingtaine de photos en tirant une tronche de six pieds de
long. Plus tard, il dira dans un éclair de lucidité : "
C'est pas des flèches ! " Roland décide de prendre dix mois
de vacances. Pendant son absence, il est remplacé par RITON
futur GARCONS BOUCHERS. Comme Cambouis n'est pas disponible,
c'est Jean-Luc, des GTI's, qui lui succède derrière les
fûts.
1985 Janvier : Sortie du EP ON EST GOUVERNE
PAR DES IMBECILES avec LA BOMBE ET MOÂ en face A et SVP
+ MOMO sur la face B. Tiré à 1100 exemplaires, ce disque
se distingue surtout par sa pochette poster reprenant la
célèbre photo des deux flics de FERRANDIS. Très vite, les
embrouilles commencent avec GOUGNAF. Ces derniers en laissent
200 copies au QG des Parabellum. Le groupe, en toute bonne
foi, les offre aux copains (et il y en a !) Un peu plus
tard, Gougnaf réclame le pognon de la vente Ah ces alternatifs
!
Février à août : A l'instigation du Géant, PARABELLUM ne
joue que dans les pires endroits qu'il lui est possible
de trouver. C'est le seul moyen pour forger le caractère
d'un groupe qui se respecte donne-t-il comme explication
à ceux qui le lui demandent. Nous retiendrons la série de
concerts au SEIIISME de Champigny sur Marne où, exceptionnellement,
le taux de bastons chutent en flèche à chaque passage du
groupe. C'est sûr que lorsque le spectacle est sur la scène,
il n'est plus dans la salle, et toc !
Au mois de mars, surprise, comme Jean-Luc a dû rentrer en
Lorraine, c'est Cambouis qui revient. En juin, c'est la
rencontre du groupe avec OTH dont il assure la première
partie au festival de Sail sous Couzan. C'est le coup de
foudre. Pendant cette période, le groupe écume à droite
et à gauche et n'hésite pas à parcourir sept cents bornes
pour un cachet de cinquante sacs.
Septembre : Come-back fracassant de Roland
lors d'un concert au Jimmy. Le groupe prend l'habitude de
commencer ses concerts par ROCK IN PACE précédé d'un énorme
bordel instrumental plus communément appelé intro. Ils jouent
aussi le vieux classique des SLADES, MAMA WE'RE ALL CRAZEE
NOW qui leur va très bien. En attendant le retour de leur
bassiste habituel, Schultz et Géant ont pondu R.I.P., L'AMOUR
A 45 KM/H, BERCEAU-NEO-CAVEAUX, CAYENNE, ILOT AMSTERDAM
et le fantastique DOC BOLLOCKS. En deux heures, Roland apprend
les nouveaux morceaux et monte sur scène aussi sec. That's
rock'n'roll ! Peu après, la présence d'un deuxième guitariste
se fait sentir. Pendant quelques mois, c'est Kemar, une
vieille connaissance du Jimmy qui s'en occupe. Le temps
de laisser son empreinte sur l'enregistrement de PERE NOËL
pour la compilation LES HEROS DU PEUPLE SONT IMMORTELS et
il laisse la place à SVEN l'année suivante.
Décembre 85 : Première télé de PARABELLUM
pour un spécial rock français des Enfants du Rock filmé
par Michel Vuillermé. Le groupe joue trois morceaux live
dans une salle des fêtes quelque part au fin fond de l'Essonne
puis est filmé pour une interview dans le cimetière russe
de Sainte-Genevièvre des Bois. En fait, toutes les séquences
du groupe seront coupées au montage sans autre explications
! C'était vraiment pas la peine d'importuner les morts pour
un tel résultat
1986 L'album ! Début 86, un changement
important survient. Pour cause de divergences musicales,
Kemar claque la porte et est remplacé au pied levé par Sven.
Ce changement ne surprend personne car Sven était depuis
trop longtemps dans le collimateur de Parabellum. Aussi
sec, le combo a une autre allure. Ne serait-ce que sur le
plan vestimentaire. Véritable garde-robes ambulante, notre
chilien est né avec un atout non négligeable pour tout rocker
qui se respecte : la Classe ! Dès le retour de Montpellier,
Cambouis claque la portedéfinitivement. Motif : raz le bol
de tout. Derrière la couronne de regrets éternels qu'il
laisse en partant, c'était un personnage haut en couleur
et surtout un putain de batteur qui a su laisser sa marque
de fabrique partout où c'était possible. Encore aujourd'hui,
on peut entendre des fans mal informés donner du "vas-y
Cambouis" à Patrick pendant les concerts. Le départ de Cambouis
a beau être un sale coup pour le groupe, c'est aussi le
signal de l'arrivée de Patrick derrière les fûts. Ancien
de DKP, des DESPERADOS et d'une kyrielle de groupe tous
plus mythiques les uns que les autres, il a même donné le
tempo à Mr Johnny THUNDERS en personne ! Remarque, Cambouis
aussi... C'est donc une star qui s'installe derrière le
groupe. Sa mission : pousser les trois autres dans la bonne
direction dite du maximum rock 'n' roll !
1987 L'année de tous les dangers L'année
commence par l'enregistrement du nouveau maxi "Quatre garçons
dans le brouillard !" La scène du crime est toujours le
studios WW. La session n'est pas très sereine. Trop de monde
défile dans le studio pendant les trois jours. Au final,
trois gravures seront nécessaires avant de pouvoir sortir
le disque. Dès sa sortie, c'est un beau petit succès dans
les bacs. La pochette de Vuillemin, les photos de Ferrandis
sur le canal de l'Ourq, le tout enrobant RIP, OSMOSE 99,
JOYEUX NOËL et L'AMOUR A 45 K/H en font un must de l'époque.
Seule fausse note, le disque est distribué par MADRIGAL
qui ne laissera pas un souvenir impérissable dans les annales
du groupe. Le premier gros coup de l'année est le concert
du Printemps de Bourges en compagnie des Béruriers Noirs.
Pour l'occasion, Sven arbore une combinaison en plastique
rose fluo qui manque de l'étouffer en cours de concert.
Alors que le groupe commence une série de concerts importants,
c'est au tour du Géant-Vert de claquer la porte pour cause
de mésentente avec l'entourage de Parabellum. Il ne supporte
plus de devoir lever le doigt chaque fois qu'il lui prend
l'envie de pisser. Il part donc fonder sa vespasienne personnelle
qui s'appellera KARBALÂ 413. Habitués aux frasques du Géant,
les Parabellum ne prennent pas ce nouveau départ très au
sérieux. Heureusement pour tout le monde, Parabellum saura
contrer cette défection par un sursaut de rock'n'roll franc
et massif qui les fera rentrer dans la légende au cours
des trois années suivantes.
De Mai à Décembre De MAI à DECEMBRE, le
quatuor entame un véritable tour de France qui les amènera
dans les lieux les plus cocasses de l'Hexagone. Tantôt dans
une bétaillère, tantôt dans un camion de livraison, ils
délivrent leur show partout où l'on veut d'eux. A tête reposée,
on peut dire sans se tromper que 1987 est l'année où le
véritable Parabellum prend son envol. A force de concerts
pourris, de nuits blanches, d'alcool et autres produits
énergétiques ( Yop, Mars, Vitamine C, corde à sauter, pompes,
saunas, natations etc ) le style PARABELLUM est né ! Profitant
de sa nouvelle liberté, le Géant se lance dans l'écriture
et pond un petit polar punk prénommé CASSE-BONBONS qui trouve
preneur très rapidement chez un éditeur qui le sort en novembre.
Parallèlement à son nouveau statut d'écrivain, il entame
une carrière de pigiste à TELERAMA. Trois mois plus tard,
il renonce au journalisme en faisant jouer sa clause de
conscience. Trop d'enculés dans ce monde là !
AVRIL A FIN 1987. A partir du Printemps
de Bourges et jusqu'à l'année suivante, le management est
assuré par Riko Gougnaf avec tout le bonheur que l'on sait.
De cette période, nous retiendrons un mémorable passage
en Hongrie via l'Autriche et pas mal d'ennuis avec les douanes
passées. Avant le concert de Budapest, le visa de Sven est
refusé. Motif : le Chili est une dictature ! A la vue du
guitariste de Parabellum, l'attaché d'ambassade était bien
gêné aux entournures pour lui annoncer ça… Heureusement,
Sven contourne l'interdiction en se faisant inviter par
l'archevêché de Budapest au titre d'opposant à un dictateur
en place.
1988. Les grandes manœuvres sont enclenchées.
Une nouvelle équipe se constitue autour du groupe avec les
arrivées de Big René au management, Lulu aux lights, Jeff
à la sono, Nono aux retours et Yves Roumagnac comme super-roadie.
Les Parabellum jouent partout où l'on veut bien d'eux. C'est
la grande époque des concerts au pied levé dans des squats
où mêmes les rats refusent de mettre les pattes. Qu'à cela
ne tienne, du moment qu'un peu de courant est disponible,
Parabellum fait le show. Au fil des concerts, les quatre
peaufinent une unité scénique remarquable. Quelles que soient
les conditions du concert, ils mettent le feu à la baraque.
A Cherbourg, pendant Stalag 27, Schultz se jette aux pieds
des premiers rangs en plein solo et se pète un genou. Se
relevant difficilement, il entame le troisième couplet :
" et un jour d'une semaine, tu ne peux plus t'lever, rongé
par la gangrène ton genou a pété… " C'est décidé, dans la
tête du leader des Parabellum, Géant-Vert est un con dangereux
avec ses paroles à la noix ! Un peu plus tard, alors que
le groupe s'est mis à composer ses propres textes, il croise
le chemin de Kick, l'ex-chanteur du combo bordelais Strychnine.
La collaboration est fructueuse et les nouvelles chansons
s'enchaînent comme des petits pains… heu… enfin, c'est une
façon de parler. Au cours du premier trimestre, Parabellum
s'enferme en studio en compagnie d'Eli Bénali pour concocter
un nouveau 45 tours. Vu les problèmes de plus en plus durs
pour organiser des concerts sur Paris dans des endroits
dignes de ce nom, c'est-à-dire des bars, nos bonhommes enregistrent
Anarchie en Chiraquie sur un texte de Sven. La face B est
une deuxième mouture de Saturnin précédemment pondue pour
le Gros François et sa compilation " Mon grand frère est
un rocker ". Au jour d'aujourd'hui, les avis des fans sont
toujours partagés : laquelle des deux versions est la meilleure
? Réponse des intéressés, les deux se valent ! Suite à l'enregistrement
de Saturnin 1, le groupe se retrouve sur plusieurs plateaux
de télévision. Nous retiendrons les mémorables passages
pendant l'émission de Dechavanne se faisant des cheveux
blancs et une autre sur France 2 où Schultz fout son poing
dans la gueule à un Père Noël en carton pâte pendant le
play-back. Après une ultime tentative pour les faire passer
sur M6 chez Childéric, Parabellum refuse désormais de perdre
son temps sur les plateaux de télé. Les fans les verront
quand même un peu plus tard pendant une bonne vingtaine
de minutes pendant l'émission de FR3 Décibels ou ils joueront
trois titres : Cayenne, La bombe et moa et Ilot Amsterdam.
C'est suite à cette vision divine que Jeff Sono, touché
par la Grâce, ira proposer ses services à Parabellum. Pendant
ce temps, à Lyon ou Gougnaf a installé ses pénates, les
affaires du label périclitent pour des raisons assez éloignées
de la musique. Malgré des productions et des ventes satisfaisantes,
le label croule sous les impayés. En juillet, le nouveau
simple de Parabellum sort en catimini et seulement tiré
à 1000 exemplaires. Le label croit en effet que l'élection
de François Mitterrant pour son deuxième mandat pourrait
laisser penser que le groupe envisageait à tord à une élection
de Chirac. Enfin, il faut mieux penser des conneries que
d'être paralyser du bulbe neuronal, n'est-ce pas ? De toute
façon, la Chiraquie, nous l'avons eu un peu plus tard, alors
tout le monde est supposé être content dans cette histoire.
Un peu plus tard, sort la compilation " An emotionnal beat
in a world of fury " avec une version d'enfer de Sherry
Bomb magistralement assenée par Parabellum. Rappelons pour
la petite histoire que la sherry bomb en question n'est
autre que le nom donné à une variété de cocktail molotov
à base de produits plus hards les uns que les autres et
vous comprendrez sans peine pourquoi la bande des quatre
s'intéresse aux cerises ! Le but de cette compilation était
de faire découvrir les groupes gougnaf aux pays anglo-saxons.
L'échec fût retentissant et le disque essentiellement vendu
en France. Fin de l'année et arrivée de Big René pour mette
un peu d'ordre dans le bordel ambiant qu'est le management
du groupe et exit Riko. Une des missions du nouveau manager
étant de trouver un label, les jours de Gougnaf sont comptés
car le distributeur Madrigal vient de mettre la clef sous
la porte sans avoir réglé quoi que ce soit à Gougnaf. Pendant
ce temps, à Lille, alors que le groupe interprête Cayenne,
la police fait une entrée en force remarquable, décidée
qu'elle est à arrêter le concert. Ne se doutant de rien,
Schultz voit soudainement s'abattre sur lui un déluge de
canettes pas forcément vides. En fait, derrière lui se trouve
un pandore en train de couper tous les fils se trouvant
à sa portée ! L'Histoire ne dit pas ce qu'il est advenu
de ce brave fonctionnaire après sa prestation.
1989. Après maintes péripéties à travers
en France et en Europe, le groupe est invité en octobre
à venir se produire au Canada en compagnie de plusieurs
autres groupe français indépendants. L'accueil est très
chaud et la série de concerts qui s'en suit est excellente.
Parabellum a le vent en poupe et il a enfin un label, Just'In,
qui lui propose de faire un album avec un peu de moyens.
Entre-temps, la grande aventure du label Gougnaf s'est terminé
sous une montagne de dettes du côté de Lyon. Malgré tous
les reproches qu'on ait pu faire à son encontre, sa disparition
laisse un profond sentiment de regret derrière elle. En
six ans d'existence, si nous laissons de côté la personnalité
de certains, Gougnaf aura fait découvrir tout une kyrielle
de groupes excellents à un public qui n'attendait que l'occasion
de les découvrir. Après une ultime sortie d'un CD de Parabellum
Dense Microsillon à faisceau de lumière Cohérente, le label
disparaît dans la nature. Depuis plusieurs mois, le groupe
peaufine ses nouvelles compos. Palliant le départ du Géant,
le groupe compose lui-même ses textes. Après un concert
dans le sud-ouest, ils rencontrent Kick, l'ancien chanteur
de Strychnine, mythique combo punk d'il y a très longtemps.
Roland est un fan du mini-LP solo de Kick et surtout de
la chanson ANPE qu'il écoute constamment. Comme le courant
passe, ils lui proposent d'écrire les textes des prochaines
chansons. Le style parabellum s'est affiné dans le destroy.
Les musiques sont beaucoup plus abouties par rapport au
premier LP. Elles expriment une rage contenue qui résume
les deux dernières années passées à bouffer du bitume du
matin au soir. Les concerts de l'époque se terminaient généralement
dans le public et très tard dans la nuit; donc, les textes
parlent en général de la rue, du RMI et de la violence urbaine
qui étaient à l'époque le lot quotidien du groupe.
1990.
Février. L'enregistrement de l'album débute
en Allemagne, au Eichstadt Studio de Friedrichsdorf, sous
la direction de Ian Burgess, entre autre producteur de MegaCity
4. L'ambiance des sessions est excellente et le groupe aligne
ses compos sans trop de problèmes. Malheureusement, à leur
retour en France, ils apprennent que, contrairement à ce
qu'ils pensaient, 50 % de la note du bar de l'hôtel est
à charge de Parabellum ! Merci la prod'... Remarquons tout
de même que 6000 DM de bière en si peu de temps, ça fait
un peu beaucoup pour si peu de personnes. Les bandes sont
mixées en banlieue parisienne un peu plus tard et c'est
là que les avis divergent. Ian Burgess décide d'en faire
à tord ou à raison un album de guitares avec un son compact
incluant la voix de Schultz en tant qu'instrument. C'est
sûr qu'au niveau de la compréhension des textes, c'est un
peu limite mais le mixage est bon et le groupe satisfait.
C'était malheureusement sans compter sur la gravure qui
est allègrement flinguée par le personnel concerné...
En 1995 et 97, FGL va remasteriser le disques deux fois
de suite. Malgré une nette amélioration du son, on est encore
loin d'écouter le mixage originale de Ian Burgess. Quoi
qu'il en soit, une partie de la presse ne fait aucun cadeau
au groupe à la sortie de l'opus. Tout y passe : les textes,
la musique, le son, le groupe et tutti quanti. Apparemment,
les journalistes n'acceptent pas la nouvelle version de
Parabellum qui se démarque trop par rapport au LP. Heureusement,
les fans sont nombreux à dire le contraire, en particulier
tous ceux vivant leur trip dans des conditions difficiles.
Parabellum représente la Rue et ce n'est pas un signe de
distinction particulière chez les rupins de l'establishment
parisien. Un signe qui ne trompe pas, comme il est destiné
à un public désargenté, il ne se vend pas du tout ! Parabellum
est alors crédité de groupe pour phacochères. C'est tout
dire de l'ambiance qui régnait à l'époque chez les puissants
du show-business. Malgré l'accueil tiédasse de l'album,
le groupe repart à toute vapeur vers ce qui le concerne
le plus : faire des concerts, encore plus de concerts, toujours
des concerts. FLINGUE-MUSIC. Alors que tous les groupes
se lancent dans la politique médiatique, Parabellum assène
sa dernière carte : le rock'n'roll à donf' partout où il
passe. Si le message passe bien avec le public, c'est une
autre paire de manches avec la nouvelle maison de disques.
Alors que le groupe est en tournée, Just'In, en proie à
de graves difficultés financières se voit racheter par l'ogre
montant : FNAC-MUSIC. Du jour au lendemain, les problèmes
de voisinage entre le groupe et la major s'alourdissent.
Après la centième du Farenheit, une boite d'Issy-Les-Moulineaux,
organisée au Zénith et où le groupe se distingue par une
prestation très rock, la hache de guerre est déterrée. Désormais,
le moindre centime soi disant dépensé sur une promo inexistante
est facturé plein pot à Parabellum. Malgré ces rapports
qui sentent la fin de contrat à plein nez, le combo donne
pas moins de 66 concerts en France, Belgique et Suisse.
Le tout sans passer le moins du monde à la télé et sur les
radios. Boycotté par l'intelligentsia, Parabellum s'en branle
le colosse avec une certaine nonchalance. En fait, ils ont
définitivement oublié les gens de la boite de disques. Ils
les ont évacué sans le moindre regret pour se consacrer
pleinement aux concerts. LIVE. C'est donc un groupe très
affuté qui se présente à Paris, le 19 décembre, pour terminer
la tournée par deux concerts enregistrés à l'Espace Ornano.
Entre temps, les rapports conflictuels avec le Géant se
sont atténués. Parabellum et lui se sont revus sur le tournage
d'un film, Rendez-Vous dans le tas de sable où Patrick tient
un rôle au côté de Django Edward. Après cinq minutes de
conversation, les cinq décident de faire le prochain album
ensemble. Suite à un concert à Lille, Big René deale l'ancien
catalogue Gougnaf avec Danceteria. La seule différence notable
à part la pochette est l'inversement chronologique des titres
à la gravure. D'après les pros du pot de chez Dancet', le
son du EP en début de piste n'incitait pas les journalistes
a écouter le reste ! Y'en a, j'vous jure ! Entre-temps,
le Géant démembre Karbalâ le 10 novembre lors du festival
de la fanzinothèque de Poitiers. Le dernier morceau sera
donc Putain de Mort avec un M16 à la main au grand dam des
pacifistes présents. Quelques minutes après le show, c'est
en compagnie de Gilbert Shelton, le père des Freaks Brothers
et pianiste à ses heures, qu'il conclura définitivement
sur un vibrant Go Home Johnny B. Goode une carrière scénique
qui aura eu l'extrême qualité d'être courte.
Mars 91 Les rapports entre Parabellum
et son label devenant de plus en plus pourris, il devient
urgent de changer de crémerie après une ultime formalité
: forcer FNAC-MUSICS à mettre un terme au contrat. La mission
du Géant est donc d'écrire une chanson qui aura le pouvoir
de rendre sa liberté au combo. C'est chose faite avec Saddam
Hussein qui, remise dans son contexte, nous sommes alors
en pleine guerre du Golfe, hérisse tous les poils des connards
chargés de l'écoute. Le lendemain, le groupe est libre d'aller
se faire pendre où bon lui semble dès la fin du contrat
en cours, c'est dire à la fin de l'année ! En même temps
que l'hymne aux hémorroïdes du dictateur irakien, six autres
démos sont enregistrées dans un studio de la Plaine-St-Denis.
Il s'agit des titres que l'on retrouvera quelques années
plus tard sur les compilations Mantra à l'exception d'une
dont les paroles, non terminées à temps, ont été remplacées
par celle de Berceau-Néo-Caveau. L'enregistrement restera
comme une bonne partie de rigolade dans une zone de banlieue
remplie de bars à putes et de routiers. C'était une vraie
galère pour trouver du carburant passé dix heures du soir.
Les titres enregistrés parlent de la ligne C du R.E.R. alors
très chère au Géant pour aller voir sa copine (C-Line Blues),
de la prolifération de la générosité humaine (Les poubelles
du coeur), de l'habitat urbain à Montigny-les-Cormeille
(Living in Tetrabrick-City), de l'idiotie en général (Vol
de Nuit) et du suicide (Vergeltung). Excellentes démos,
ces chansons auraient dû se retrouver sur un album quelques
mois plus tard, malheureusement, le sort va en décidé autrement.
Avril à juin Alors que le groupe sillonne le pays, l'opportunité
de retourner au Québec leur est offerte. Rapidement, Big
René organise le transport du groupe. Contrairement aux
assurances qui lui ont été données par FNAC-MUSIC sur le
support-tour, rien ne les attend une fois arrivés sur place.
La plupart des concerts n'existent pas et le groupe n'a
pas un rond. Sachant le prix d'un paquet de clopes au royaume
du caribou, on imagine sans peine le marasme qui dans la
tête des membres de l'expédition. Devant le chaos de la
situation, Big René se retrousse les manches et finit par
dégotter des concerts à droite et à gauche dans des petits
clubs. Les groupes locaux prêtent le matos et les concerts
commencent. Miné par la déprime, l'un des Parabellum pète
les plombs et termine à l'hôpital. La sécurité sociale canadienne
étant ce qu'elle est, nouveaux problèmes financiers pour
tout le monde... Qu'à cela ne tiennent, le groupe n'a jamais
était aussi bon que dans l'urgence, les concerts se succèdent
dans un joyeux chaos. A Rimouski, Schultz entame le show
avec une plaisanterie de son crû : "- Bonsoir Rimouski !
Bonsoir Korsakov !" A la fin de la chanson, il a la surprise
d'entendre un des vaillants bûcherons présents demandé à
son voisin "-C'est où Korsakov ?" Plutôt que de se lancer
dans une polémique explicative quant à la vie et l'oeuvre
du compositeur de Shéhérazade et de son influence sur le
style du groupe, il choisit d'enchaîner un autre titre.
Au fur et à mesure des concerts, des nouveaux titres sont
inclus à la playlist. Les Poubelles du coeur, Vol de Nuit
et Vergeltung explosent régulièrement dans les sonos.
Le 17 juin, ils terminent la tournée par
un deuxième passage aux Foufounes Electriques de Montréal.
Le set dure presque deux heures et l'annonce de la séparation
du groupe avant le concert instaure une ambiance plutôt
spéciale : tout le monde se lâche. Parabellum joue presque
une heure de rappels ponctués par les "adieu" désespérés
de Roland. A un moment, dans les loges, alors que le public
les réclame encore, ils décident de jouer au pied levé et
à l'oreille Et maintenant que vais-je faire ? de Monsieur
100 000 volts. En face de Schultz, deux punks craquent dès
la fin du premier couplet. Pour la première et dernière
fois, un petit canard clouté accompagne le groupe tout au
long de la chanson et tout le monde s'en fout. Pendant Osmose
99, la sono lâche de tous les côtés mais Patrick et Roland
s'en tapent comme de l'An 40 et continuent sans les guitares.
A un moment, le son revient... 'T'as joué, gagné, 't'as
tiré un as de pique ! 'T'as cru, perdu ! Tout ça c'est d'la
politique !!!..." Ultime accord... BONSOIR !!! Plus rien.
Retour vers le néant.
Juillet 91 Dans sa thébaïde arcueillaise,
le géant décroche son téléphone : - Allô Schultz, j'ai pondu
quelques trucs intéressants pour l'album. - Hum... ah bon...
't'es pas au courant ? - De quoi ? - Le groupe s'est séparé...
- Ah... D'accord...
1991 à 1995 Après la désintégration du
groupe, les différents protagonistes se retrouvent un peu
plus tard dans d'autres formations. Sven, joue dans GAS
GAS GAS et enregistrera un disque avec cette formation.
Il se tourne aussi vers le théâtre et accompagne une troupe
pendant plusieurs années. Patrick et Schultz font Les Tontons
Flingueurs et plus d'une centaine de concerts. Un début
de collaboration avec le Géant s'ébauche. Trois titres sont
enregistrés en démo : Un Zouave Sous Un Pont, Le Cri du
Hérisson et une nouvelle version très swing de Welcome To
Paradise. Malheureusement et pour les mêmes raisons que
pour Parabellum, le grand ne peut pas blairer l'entourage
de Schultz et se tire à tord ou à raison. Entre-temps, il
aura filmer le groupe au Fahrenheit d'Issy les Moulineaux
et aux transmusicales de Rennes 92. Un disque des Tontons
Flingueurs arrive dans les bacs courant 93. Produit par
Larry Martin, le disque ne déchaîne pas les passions par
son absence de personnalité et de son. Un titre du géant
est retenu und damnit basta ! Passer de Parabellum à un
swing tout public avec section de cuivres aura été un challenge
plutôt casse-gueule pour le leader du défunt power-combo.
Il est à noter que le Ain't Got No Moule joué maintenant
par Parabellum était la perception du blues que le géant
avait dans la tête au début des Tontons Flingueurs. Quand
on voit le succès remporté ces dernières années par le John
Spencer Blues Explosion et les disques atomiques de RL Burnside,
on peut amèrement regretter la direction vers laquelle certains
ont cru bon d'envoyer Schultz. Fin 91, Roland, GVI, Cambouis
et le photographe Luc Quelin se réunissent au Studio + afin
de faire LE groupe destroy du onzième arrondissement. Malgré
quelques titres prometteurs, nous retiendrons Rôts, une
histoire de petite vieille aimant les chats et se faisant
croquer toute crue au dernier couplet, l'expérience tourne
cour pour divergence musicale. Suite à ça, Roland enregistre
quelques titres avec les Rats et fait même une tournée avec
eux mais, il claque la porte du groupe au moment d'entrer
en studio en Angleterre pour l'album définitif. Lassé de
ne pas trouver chaussure à son pied, il revend sa basse
et arrête tout. De son côté, le géant profite de ses nombreux
temps libres pour se consacrer à l'écriture de scénarios
de bandes-dessinées au sein du fanzine FLAG qu'il a créé
avec Pierre Ouin, Bénito et Férid Tête-Rock. En compagnie
de Luc Quelin, il s'essaye même au fanzine exclusivement
photographique en 95. C'est l'expérience 1838 qui avorte
dès le troisième numéro pour cause de marasme financier.