On nous demande dexpliquer pourquoi La Souris Déglinguée
a obtenu et conservé un tel engouement parmi la jeunesse
française, et notamment parisienne (et bien sûr
banlieusarde). Vingt ans après ses débuts,
La Souris continue de rassembler vétérans
et jeunes loups de la scène et de la rue. Le plus
incompréhensible pour certains est le fait quannées
après années, le style évolue de plus
en plus, séloignant du punk rock des premiers
albums pour sorienter vers le ska, le reggae, le rythmnblues,
le rocknroll, voire des tendances jazzy («Eddie
Jones»). De la part dun autre groupe, ces changements
auraient été qualifiés de trahison,
de démarche commerciale. Sans parler de la passion
que le groupe affiche depuis ses débuts envers le
monde asiatique, ses traditions et son histoire. Lexplication,
il faut la trouver dans les débuts du groupe et son
enracinement dans la scène parisienne depuis 1975.
Les premières vagues punks et skins se côtoient
dans les concerts : ceux de La Souris accueillent la raïa
au sein de laquelle tout le monde se reconnaît dans
les propos du groupe, son accueil sans jugement de chacun
voire des plus « politiquement incorrects »,
dun bord ou de lautre (cf. les paroles de «
Rien que ça »). Lenregistrement du troisième
album (« Aujourdhui et demain ») reste
un moment dhistoire : le studio squatté pendant
les séances par les plus beaux fleurons de la capitale.
La sincérité du groupe, les talents de diplomate
de Taï-Luc sont reconnus par tous : le groupe est unanimement
respecté. Seule La Souris peut interpréter
un hymne antiraciste devant une bande de skins nationalistes,
tout comme à linverse chanter une chanson à
caractère patriotique (« en France »)
sans être qualifiée de groupe rouge ou facho.
Tout le monde le sait : La Souris est au-dessus de cela.
Cette attitude faite de tolérance et de solidarité
totale («Une cause à rallier») envers
son public est la marque dun authentique groupe de
rocknroll : La Souris devient un mythe. Certes,
la musique et les inspiration du groupe séloignent
de plus en plus de la musique écoutée habituellement
sur cette scène ; et alors ? La Souris na plus
rien à prouver depuis longtemps, et peut se consacrer
à ses explorations musicales sans perdre ses fans
: le style peut changer, lesprit est toujours là,
la légende aussi. La Souris Déglinguée
a été et sera toujours le groupe de la capitale,
car elle a permis et permettra à tous, à travers
ses chansons, de se retrouver pour le meilleur et pour le
pire. Lidentification est totale et enracinée
en chacun, cest avant tout une grande famille où
les grands frères sont présents. La Souris,
cest plus quun groupe : cest une partie
de la jeunesse qui se reflète dans les chansons,
cest la vie au quotidien. La Souris cest Paris,
les concerts passés, les concerts futurs. Taï-Luc
nous a donné rendez-vous en lan 2000 ; il y
sera, nous aussi. Laurent (Orgeval) / JC (Poissy), 1999
Oct 99 Tai-Luc, La Souris
existe depuis maintenant 20 ans, et on a limpression
que vous vous êtes toujours limité au public
français, est-ce que vous avez fait des concerts
à létranger ?
Le premier concert vraiment loin, cétait à
Montréal en 1988, puis à Lassa au Tibet en
août 88, nous avons ensuite joué en 1993 à
Bratislava (Slovaquie), en 94 à Bucarest (Roumanie)
et à Iasi à la frontière Moldave, voilà
pour les concerts un peu plus lointain que la Suisse. Au
départ, un groupe comme le nôtre nétait
pas fait pour durer longtemps et naurait pas dû
aller plus loin que des groupes comme Edgar du Stade, de
Colombe, E 330, ou des dizaine de milliers dautres
groupes parisiens qui sont morts sur la scène du
Gibus en 1979. Nous avons eu un destin plus heureux. Cest
comme pour le nom, La Souris Déglinguée, cest
un pôte qui avait trouvé ça, on cherchait
un nom qui tourne autour du concept Disneyland en
négatif. Et on traîne ça depuis
des années.
Est-ce que vous avez déjà
penser à arrêter, notamment avec le départ
de certains membres ?
LSD, cest une répétition par semaine,
ce nest pas lusine. Jai connu pas mal
de groupes trop disciplinaires, et la discipline ça
tue les groupes. Pour Jean-Pierre et Jean-Claude, ils font
toujours partie du groupe, même sils ne jouent
plus. On se voit encore, il ny a pas de problème
entre nous, mais il est vrai que quand tu fais un groupe
comme ça, il faut être disponible un maximum
et surtout il faut être au meilleur de sa forme. Cest
le problème des groupes comme nous, qui sommes avant
tout des copains, ça prend des années de dire
à quelquun quil nous empêche davancer.
Pourquoi navez-vous
jamais eu de gros succès commercial ? Est-ce frustrant
quand tu vois des groupes qui durent 3-4 ans et qui ont
plus de succès que vous ?
Les principaux atouts qui nous ont manqué étaient
la présence dans le groupe du fils du préfet
de Senlis ou du fils du patron des disques Vogue comme létaient
des artistes connu des années 70-80. Personnellement,
je ne suis ni envieux, ni jaloux. Jai appris la modestie
et jessaie de men servir contre des sentiments
comme la jalousie et lenvie, mais de toute façon
tu peux aussi donner dautres définitions au
succès : si ça se calcule au point de vue
quantitatif, nous sommes loin davoir réussi,
mais si le succès cest de ne pas avoir été
en prison, ou de ne jamais avoir pris dhéroïne,
nous avons réussi.
peut-être également
les gens qui vous suivent depuis le début ?
Je ne vais pas insister là-dessus car cest
le choix des gens. Je ne pense pas quun groupe doive
exister par le public, même si ça peut paraître
curieux venant de moi. De toute façon cest
impossible de faire lunanimité, et ce nest
pas très important. Quand tu fais de la musique,
que tu texprimes de cette manière culturellement
parlant, ce qui est important cest dimposer
quelque chose, même si ça peut déplaire
au gens sur le moment. En 78-79, il y avait un punk black
qui avait écrit sur son blouson en cuir punk
hates rock, nous avons donc démarré
dans cette ambiance-là. Mais pour nous, ce nétait
pas possible, il fallait que ça marche ensemble.
Ceci dit, il y avait un jeune homme, mort depuis, aux Halles
quon connaissait de vue et qui sappelait Reich
punk. En 1995, un petit gamin de 13 ans est venu me voir
et ma dit salut, tu as connu mon oncle, il sappelait
Reich punk, cest le genre de rencontres touchantes.
A propos des gars des Halles,
ils étaient à lenregistrement de Aujourdhui
et demain, peux-tu nous parler de cette expérience
?
Un américain qui fait une encyclopédie du
rock alternatif a cité tous nos disques, mais il
ne parle pratiquement que de Aujourdhui et demain.
A cette époque nous écoutions beaucoup de
groupes punk et Hard core américains, Rico le bassiste
nous avait dit à la sortie cest bien
le disque sonne américain, cest bon pour lexportation,
manque de bol, à lépoque, lexportation,
ce nétait pas au programme... Mais jai
toujours pensé que cétait le disque
le plus vivant quon ait fait : il y avait tous les
Halles dans le studio, bon cest vrai que ce nest
pas lidéal pour la concentration quand tu as
vingt mecs dans le studio, qui renversent de la bière
sur la console, gerbent sur les rail deffets à
côté de lingénieur du son qui
lui, sniffe de la coke, mais cest un disque authentique.
Jai pourtant toujours pensé que le disque était
mal mixé, cest pourquoi nous lavons remixé
dix ans après en 1993, et ça ne métonne
pas que laméricain lait retenu car je
trouvait les disques américains de lépoque
mal mixés également.
Plusieurs de vos chansons
parlent des skins des Halles, comment les avez-vous connu
?
Cétait au premier concert quon a fait,
au Gibus (79-80), javais à lépoque
les cheveux très long, un vrai indien des villes
et malgré ce contraste, la rencontre a été
étonnamment bonne. Je pense que si des liens se sont
créés avec certaines personnes, cest
que ça devait être comme ça. Cest
marrant car je me revoie avec les cheveux jusquau
bas du dos, mais même aujourdhui je ne dénigre
pas les gens quon a rencontré, qui sont venu
à nos concerts et nous ont fait connaître.
Alors que jai vu certaines personnes, qui sont à
lheure actuelle dans la musique, avec les cheveux
très très courts, et qui aujourdhui
nont pas lair de sen souvenir. Jai
assisté à un concert à la fac dOrsay
en 81, le chanteur du groupe sur scène, qui commence
par un I et fini par un s, avait écrit Skinhead
sur sa guitare. Je crois qua cette époque javais
déjà compris quil ne fallait pas faire
ça, quand tu vois ce quil est devenu, tu as
du mal à comprendre le cheminement. Pourtant je pense
quil y croyait, à sa manière même
si ce nétait peut-être pas la bonne.
Jai connu dautres personnes encore qui étaient
des vandales, comme le voulait cette période,
dans leur jeunesse et qui en parlent tout à fait
différemment aujourdhui quils sont célèbres.
Je pense que si on a eu une jeunesse turbulente, il faut
dire la vérité ou alors éviter le sujet,
mais il ne faut pas mentir. De toute façon, jai
toujours crû que pour être skinhead, il fallait
être anglais. Peut-être parce-que la première
fois que jai entendu parler des skins, moi jétais
français. Cétait en 72, jétais
en vacances en Angleterre et on attendait le car au métro
Tootsing à Londres, des mecs sont arrivés,
et là tu comprends ce que sait quêtre
français, même si tu es à moitié
Vietnamien, et tu comprends ce que cest quun
skin anglais. même si après tu achètes
des disques de Sham 69, 4-Skins ou The Oppressed, tu noublies
jamais cette image. Si musicalement, il y a des trucs que
tu peux apporter, le reste, je pense quil faut leur
laisser. Autant lattitude punk est très exportable,
puisque ça a été inventé par
des stylistes du prêt à porter, le vêtement
cest pas très dur à exporter, comme
les sacs de colle, autant les skinheads au départ
cest un truc de rosbeffs.
Pourtant, pas mal de chanson
parlent de Français ?
Bien sûr mais si je parle deux, cest en
tant quindividu. Tu peux toujours faire une mémoire
de certaines personnalité dans une chanson, ce qui
explique St Sauveur ou Soldats perdus,
ces textes, cest la réalité qui est
devenue fiction : si pas mal de gens doivent sy reconnaître,
les personnages ont vraiment existé à la base.
Que penses-tu du succès
de PierPolJack aujourdhui ?
Je lai bien connu à une certaine époque
et son cheminement nest pas étonnant. Je crois
que ce quil fait lui ressemble parfaitement. Sil
y a quelquun en France qui connaît bien les
paroles de LSD, cest lui. Et au départ il connaissait
également bien les paroles dune chanson dont
le refrain contient la phrase come back of the boots.
Je lai croisé dans un sound system en 90 à
lépoque de lenregistrement de Banzai
et je lui ai dis que jécrivais une chanson
en partie sur lui, la chanson cest Relou,
je ne sais pas sil la écouté depuis,
il mavait demandé de linviter à
lenregistrement mais je lui ai dit que je ne pouvais
pas à la fois parler de lui et linviter sur
lenregistrement.
Comment avez-vous fait pour trouver des producteurs au début
du groupe ?
Pour reprendre depuis le début, en 79 un copain Hervé
Philippe produit un 45T tiré à 500 exemplaires,
puis en 80 un prof de philo de la fac de Toulouse nous produit
un enregistrement, manque de pot, il ny aura pas assez
dargent pour le mixage donc lenregistrement
nest jamais sorti, mais les titres seront réenregistrés
en 81 (à lexception de beaucoup de libertés
qui vient dune maquette de début 80) pour le
premier album, coproduit avec un producteur canadien pas
très riche mais qui nous a tout de même emmené
dans un studio qui sappelle le Casanova, sur les Champs
Elysées. Lannée 81 le groupe a tourné
sans moi les 6 premiers mois car jétais à
larmée puis la situation sest arrangée
: un nouveau sous-lieutenant est arrivé, il ma
tout de suite convoqué dans son bureau, jai
joué le jeu comme si de rien nétait
jusquà ce que la porte soit fermée et
puis le mec ma dit ça va Tai Luc ?,
cétait un mec qui venait à nos concerts
! Il était aspirant et donc au grand désespoir
de mes collocs de chambre, en pleine manuvre , je
partais en permission... Et ce qui est fabuleux aussi, cest
le mec qui faisait les voyages gratuit, cétait
le chanteur de Reich Orgasm, jai dailleurs connu
tous les mecs du groupe à la caserne. Fin 81 début
82, ils me demandaient, quest-ce que tu en pense,
lidée de la compilation.
Et ils vous ont proposé
dêtre dessus ?
Non parce-que nous on avait déjà démarré,
mais en voyant notre premier album sorti chez New Rose,
les gars en province, et eux notamment, se sont dit allez
! il faut faire quelque chose.
Le premier album a-til marché tout de suite
en province également ?
Tout de suite ! Un mec de Montpellier qui faisait les marchés
uniquement en avait acheté 500 à New rose,
et il les avait vendus. On ne sait pas à combien
il a était tiré, mais pour lépoque,
et par rapport à ce que ça représente,
cest fabuleux. Le public visé à lépoque
il nexistait pas, les gens qui venaient nous voir,
cest en se disant : ce quils peuvent faire,
cest vraiment différent de Téléphone
et Trust.
Vous navez jamais réédité
les morceau du premier 45T Haine Haine Haine,
pourquoi ?
En ce moment il y a un gars de Montpellier qui nous écrit
tous les 6 mois pour nous demander lautorisation de
le rééditer et nous lui répondons à
chaque fois : pourquoi donner un avenir à un
disque qui a déjà un passé.
Vous ne jouez pas souvent
en concert, cest volontaire ? Vous avez eu des problèmes
dans le sud ouest, non ?
On na pas besoin den faire beaucoup. Nous ne
sommes pas un groupe qui démarre et qui joue à
nimporte quelles conditions. Nous navons pas
besoin de nous faire connaître. Pour les problèmes,
ce nest pas grave, mais cest sûr que quand
tu téloignes de ton centre, au moment où
tu joues Paris aujourdhui les gens sont
moins concernés. Et quand nous avons commencé
le refrain, les gens gueulaient Toulouse Toulouse
quand nous avons joué là-bas. Mais cest
normal, cest de bonne guerre et puis au moins, nous
on a joué à Toulouse alors que tu as des groupes,
dans des genres musicaux différent, qui ne peuvent
pas jouer à Marseille par exemple.
Les 20 ans de la Souris ? As-tu entendu parler de la rumeur
de concert avec Camera Silens ?
On nous bassine avec ça depuis 2 ans, moi ce que
jai proposé, cest de faire un concert
le 31 décembre 1999 à 23h59, comme ça
on fait notre concert de lannée 99 et notre
concert de 2000. Mais on ma dit que ce nétait
pas possible car cétait trop dangereux dorganiser
un concert pour le jour de lan 2000. Donc, je pense
quon fera plutôt les 21 ans. Je navais
pas entendu parler de la rumeur et pourtant, je connais
Benoît des Camera, il habitait dans le 13ème,
mais il na plus rien à voir, il a les cheveux
long...
Est-ce que vous avez un jour
regretté le concert à lopéra
night (En 1981, la Souris joue à lOpera night,
à Paris, et le concert se termine en bagarre générale.
Cela permettra au groupe de se faire un nom puisque la plupart
des quotidiens Français en parleront.) ? Et la réputation
que votre public vous a donné ?
Cest un concert qui ne faut pas rappeler à
Pierrot le fou qui a joué un rôle important
dans son déroulement. Mais il ne faut pas regretter.
Jai vu lhistoire des Kargolls ou la scène
sest écroulée car le chanteur a incité
le public à monter sur scène, ou les problèmes
judiciaires quon également eu NTM. Nous navons
jamais été dans ce genre de situation, dabord
car jai rarement eu besoin de dire aux gens de monter
sur la scène, ils venaient tout seul. Les réactions
du public doivent rester imprévisibles. Ce nest
pas la peine dinciter les gens à la violence
puisque tu peux être condamné. Déjà
en 81, on savait ça. Nous navons pas eu de
problème avec la justice, même si lorganisateur
a réussi à nous griller de toutes les boites
de nuit parisiennes, enfin ce nétait pas grave,
on a été joué en province. De toute
manière, je nai jamais trouvé quun
chanteur révolté cétait passionnant,
par contre un public révolté, ça le
fait complètement. Quand tu as un événement
culturel en face de toi, ce qui te pousses à consommer
la chose, cest que ce ne soit pas trop fade, il faut
que ce soit pimenté ou sulfureux. Si nous avons une
mauvaise réputation, même si ce nest
pas justifié, tant pis ! Il faut faire la différence
entre le groupe et son public. Je ne suis pas un moniteur,
évidement il y a des groupes américains qui
ont fait des chanson contre leur public, mais je ne pense
pas quil faille assainir son public, la jeunesse ça
ne dure pas longtemps ; enfin sauf pour nous puisquon
est des adolescents attardés, ça fait 20 ans
quon est sursitaires. Mais quelquun qui a 15-20
voir 25 ans, il faut le laisser faire ses conneries, ça
lui passera.
Est-ce que tu peux nous parler
du concert avec Condemned 84 en 1986 ?
Cétait un groupe de remplacement car cétait
Angelic Upstards qui devait jouer à la base. Je me
rappelle surtout de la pochette camouflage du 45T, du guitariste
à qui il manquait 2 doigts je crois, et surtout de
gens très polis, polis et surpris par le public français.
Quand à savoir si cétait agréablement
ou désagréablement, il faudrait leur demander
à eux.
Est-ce quil y a des
textes que tu ne trouves plus dactualité ?
Est-ce que vous jouez toujours pour une partie de la jeunesse
?
Non, je pense que tu pourras nous interviewer dans 10 ans
ce sera la même chose puisque les gens qui viennent
à nos concert ont acheté tous les disques
mais de toute façon, ce quils veulent entendre
cest le premier. On ne jouerait que le premier album,
à nimporte quel endroit nimporte quel
moment ce serait bon. Pour Parti de la jeunesse,
il fallait mieux lenregistrer en 83, lorsquon
était encore des vrais adolescents. Cest
comme pas mal de trucs quon a fait, on les a fait
dans les temps, et quelque part la seule fierté quon
peut avoir, cest davoir enregistré certains
morceaux avant tout le monde.
Aujourdhui que tu traînes
moins les rues, quelles sont tes principales sources dinspiration
?
En 79, quand jécrivais une chanson, cétait
à partir dun événement qui sétait
passé une semaine avant ou un mois avant, maintenant,
comme jai une excellente mémoire, il suffit
que je me rappelle de ce qui sest passé en
79. Je fais rarement référence à lactualité
en général, jessaie toujours davoir
du recul par rapport aux événements.
Et la chanson sur la japonaise
assassinée dans le métro à Genevilliers
?
Cétait très important pour moi, et je
me suis servi de ce fait divers pour en faire une histoire.
En fait 2 ans avant que la chanson ne sorte sur Tambour
et soleil, sur la pochette dun disque sorti
uniquement au Japon avec 4 inédits enregistrés
avec une chanteuse japonaise, ils avaient parlé de
ce morceau dont il nexistait quune maquette.
Peu de gens ont eu ce disque, uniquement ceux qui lavaient
commandé directement, et notamment Erwan, qui soccupait
des Molodoi mais lui, il na pas eu de chance car,
quelque temps après, son appartement a été
visité, et les gars nont rien pris, à
part un bouquin : Hassan II roi du Maroc et
tous les disques de LSD.
Est-ce quil y a un endroit
sur Paris que tu trouves plus intéressant que les
autres aujourdhui ?
Au début 80, le 10ème arrondissement était
un environnement favorable à la création artistique,
en 89 le 13ème a été un autre quartier
général, mais ce nest pas comparable.
Aujourdhui, cest plutôt disséminé.
Je passe toujours à République, je remonte
toujours la rue du Faubourg du Temple mais je nai
plus aucune raison de marrêter au Gibus. (Pour
les non-parisiens, le Gibus est aujourdhui une boite
Techno.)
Est-ce quil y a des
groupes qui tinterpellent à lheure actuelle
?
Je trouve que les groupes ont trop de matos. A la Luna Rossa,
où nous répétons, cest le luxe.
Quand nous avons commencé, je chantais sur un ampli
guitare. Ce qui est intéressant, cest les chansons,
pas le son.
Que penses-tu des reformations
des vieux groupes anglais ?
Cest bizarre de se reformer, une fois que tu as officialisé
le split. Tout ce qui est punk et oi! en Angleterre, à
lheure actuelle, ça ne menthousiasme
pas trop. Je trouve que le morceau Chaos dont
on parlait plus haut, il ny a pas eu mieux depuis,
de la même façon quil ny a pas
eu mieux que Sorry du même groupe. De
la même façon que les amateurs de rocknroll
resté sur Elvis, nous sommes resté bloqués
sur ces groupes là. Et dune certaine façon
ils ont raison, puisquil ny a pas eu mieux que
les pionniers. Les compilations oi!, plus tu avances et
moins elles sont bonnes. Cest la même pour le
ska. En 72, à Londres, jhabitais chez des Jamaïcains,
jai donc écouté pas mal de ska, même
si je tavouerai quà lépoque
je naimais pas ça, je trouvais que cétait
de la musique antillaise... Et quand en 79, à la
boite de nuit Le Saint, un gars a passé One
step behond, je me suis dit: ça me rappelle
quelque chose... Mais cest comme le vin, plus
la cuvée est ancienne, mieux cest.
Comment as-tu connu cette
musique, le rocknroll, le punk ?
Si tu prends un groupe comme Cockney Reject, ce qui nous
rapproche, cest que nous avons vécu le même
type dadolescence. Ils ont été dans
un lycée à peu près équivalent,
même sil était dans least end et
non à Vélizy (Velizy est une petite ville
de banlieue parisienne, à côté de Sèvres).
Et quest-ce quils vont écouter à
lépoque et donc enregistrer plus tard sur leur
2ème disque ? Une reprise de The Sweet. Nous, les
premiers disques quon a écouté, cétait
Slade, Gary Glitter, Deep Purpple, T-Rex et The Sweet. Le
mec de Madness, lorsquil a joué à lArapaho,
il a repris en version ska un morceau de Deep Purpple. Dailleurs,
les Cockney ont fini par faire du Hard Rock. Et le punk,
de toute manière, ça a été inventé
par des mecs qui aimaient bien faire de la guitare mais
qui ne savaient pas faire de solo, ou alors, qui faisaient
semblant de ne pas savoir jouer, comme Steve Jones des Sex
Pistols qui a ensuite joué avec des pointures Américaines
comme Gunsnroses ou Iggy Pop.
Quest-ce que tu en a
pensé quand tu as entendu les Sex Pistols la première
fois ?
Jaurais pu aller au concert de 76 au Chalet
du lac à Vincennes (Cest dans cette toute
petite salle de la periphérie parisienne que les
Sex Pistols ont fait un de leur premier concert), des pôtes
de Vélizy y sont allé, mais quand tu voyais
les articles dans les fanzines, ça ne te donnais
pas envie dy aller, les épingles à nourrices,
croix gammées... ils en faisaient trop. Par contre,
quand jai écouté leur premier 45T, interdit
à Londres, ça la fait complètement.
Même si avec le recul, ça ne vaut pas Sham,
ce qui sest fait de mieux, avant même 4 Skins
. le gars qui achète un disque de Sham maintenant,
il ne connaît pas le contexte de lépoque,
il ne voit pas les retombées radioactives sur les
petits français que nous sommes et puis il ne sait
pas lire la pochette. Quand tu regardes le premier maxi
autoproduit, il est écrit Produced by John
Cale, or John Cale, cest un violoniste qui jouait
de la basse dans The Velvet Underground. Ce mec là
est producteur de tous les disques importants dans lhistoire
de la musique Anglaise ou Américaine. Et il a choisi
Sham et pas les Pistols.
Comment as tu commencé
à faire de la musique ?
Jai commencé la guitare quand jétais
au CES St Exupéry, il y avait un mec qui jouait vraiment
bien de la guitare, il pouvait faire du Jimmy Hendrix sur
une guitare classique, et jai repiqué sur lui
mes premier plans de guitare, ce qui ma servi à
déchiffrer les accords que jentendais sur mes
disques préférés. Je lai revu
en 83, peu avant son suicide, il est venu nous voir en répétition
et il ma dit: Putain, Tai-Luc, tu joues toujours
aussi mal, mais tu dois être meilleur que moi parce-que
tu as déjà fait trois disques. Cest
parce-que ce mec-là a existé quon en
est venu à faire un truc radicalement opposé.
Vous étiez assez proches
de Wunderbach, non ?
Bien sûr on était très proche deux
puisque Cambouis, leur batteur, joue maintenant avec nous.
Leur chanteur, Marco, avait également fait les churs
sur notre premier album, et il a même chanté
à ma place à un concert à Pontoise
en 82 alors que jétais à larmée
et que Jean-Pierre était un peu fatigué. Une
vidéo existe mais on na jamais réussi
à mettre la main dessus.
merci à Benjamin et UVPR pour l'autorisation et
l'aide.