Nous sommes à Paris, dans les studios
de répétition du Quai de la Gare. L'ascenseur
ne marche pas, alors on en profite pour voir un peu les
murs plein de graffitis souvenirs. Les traces de rock, les
anciennes, les nouvelles, et les trous d'où sort
un bruit de basse ou de saxo
A l'occasion de la sortie bientôt d'un nouveau 33t
de La Souris Déglinguée, voici entre deux
morceaux à la répétition, l'interview
du groupe, avec Tai Luc (chant, guitare) et Michel (saxophone).
Jean-Pierre fait des grands gestes sur sa guitare, et Rikko
rigole à la basse. Jean-Claude nous sourit, il a
l'air très concentré sur sa batterie .
Vous travaillez au Quai de la Gare à la préparation
du nouvel album, mais aussi à la compilation pour
les enfants de Boucherie Productions. Quel morceau allez
vous jouer sur cette compilation ?
TL : On va chanter "Jeunes Seigneurs". On va essayer
un peu de le mettre au goût du jour, parce que je
crois que l'histoire avait un peu vieilli aussi. Il n'y
a que le refrain qui tienne bien le coup. Nous sommes à
quelques jours de l'enregistrement, j'ai trouvé un
premier couplet, j'ai pas encore trouvé le deuxième
mais ça ne va pas tarder
Que s'est-il passé
depuis "Eddy Jones" ?
TL : "Eddy Jones" ça fait longtemps maintenant.
On a commencé à répéter les
morceaux en 85, il est sorti en 86. Il n'y a pas d'inspiration
soudaine, tout est préparé depuis longtemps.
Le fil conducteur du nouvel album, je ne sais pas encore,
ce sera une suite de morceaux qu'il faudra prendre comme
tels. C'est le hasard des répétitions qui
nous aide à faire ces morceaux, qui surgissent du
passé aussi. "Les parents à Chantal"
par exemple, c'est une chanson qui a surgi du passé,
puisque la première fois qu'on l'a répété,
c'était en 82 Donc je ne sais pas s'il y a
du nouveau dans ce domaine. En fait on n'arrête pas
d'exploiter ce qu'on a toujours su le mieux faire.
Dans le nouvel album de LSD,
il y aura une chanson qui s'appelle "Khun Sa Blues",
c'est quoi cette chanson ?
TL : C'est le titre raccourci pour Shan Si Fu. Cette chanson
"Khun Sa Blues", on ne sait pas encore si ce sera
le titre définitif Cette chanson traite d'un
sujet qui nous amène assez loin d'ici, mais toujours
assez haut. L'histoire de Khun Sa se passe à 1000
ou 2000 mètres d'altitude, dans une forêt luxuriante,
avec des ânes chargés de gros sacs. On va faire
goûter au public français un exotisme dont
ils n'ont pas la connaissance. Sur ce morceau il y a Michel
qui va s'efforcer de barrir comme un éléphant
avec l'instrument approprié. Il va falloir rentrer
dans l'ambiance des éléphants, des cornacs,
mais le cornac n'est pas encore arrivé
On se démène des fous, à droite et
à gauche, pour faire cet album, pour trouver le label
le plus capitaliste possible, ou disons le label le plus
indépendant des capitalistes, l'inverse n'est pas
vérifié Quelques fois, on pourrait s'amuser
à chercher le label le plus capitaliste des indépendants
! Mais nous on préfère faire la démarche
inverse au contraire, et à trouver le plus indépendant
des labels capitalistes, parce que c'est celui qui offrira
le plus de moyens. Pas plus tard que tout à l'heure,
on a rencontré un producteur de hard-rock qui est
intéressé par ce qu'on fait. Donc tout est
possible.
Vous tenez beaucoup à
cette chanson "An 2000". Vous la jouez maintenant
à chaque concert. Va t'elle figurer sur le nouvel
album ?
TL : Malheureusement cette chanson c'est pareil, on aurait
du la laisser figurer sur le disque ("Eddy Jones"),
mais pour des raisons indépendantes de notre volonté
elle n'y figure pas. Je pense bien que sur le prochain elle
y figurera. La version que tu as entendu a été
mixée en quelques minutes parce qu'on l'a demandé
expressément à l'ingénieur du son.
Mais il n'a pas tout restitué au niveau des paroles,
il a même oublié un couplet sur une partie
instrumentale qui ne l'est pas d'ailleurs. D'ici peu de
temps on va faire une maquette des nouveaux morceaux, les
morceaux vont donc prendre une trame plus ou moins définitive.
"An 2000" va donc figurer dans ce nouvel album,
mais avec une forme nouvelle.
Comment le public a t'il
réagi aux nouvelles chansons de "Eddy Jones",
"les Parents à Chantal", "en Indo-Chine",
etc
TL : Je pense que la plupart de ces chansons ont été
bien ressenties. Maintenant, et c'est tout à l'avantage
de Michel parce qu'il joue dessus, les gens préfèrent
entendre "les Parents à Chantal" que "Yasmina",
c'est une évolution Cette année a surtout
été l'année de Michel. Les morceaux
sur lesquels il joue c'est vachement indispensables, on
pourrait même imaginer qu'il joue pas sur des morceaux
sur lesquels il a l'habitude de jouer Je pense à
la guitare monocorde, sur "Khun Sa" par exemple.
J'ai entendu un montagnard des confins du sud de la Chine
qui jouait de la guitare monocorde merveilleusement bien.
Tu n'as qu'une seule corde, une caisse de résonance
avec un coquillage au bout, mais cogner la corde ça
ne suffit pas, il faut qu'il se serve aussi du coquillage
qui fait caisse de résonance et sur lequel est attachée
la corde. Il faut qu'il la fasse osciller. Autrement dit,
ça lui sert de bras vibratoire. Sur "Khun Sa"
on aura l'intermédiaire.
M : Sur " Eddy Jones " c'est du jazz New Orleans,
ça aurait pu être un violon, ça aurait
pu être que de la clarinette ou des trucs comme ça.
On ne sait pas vraiment jouer d'autres instruments que ceux
sur lesquels on joue. Nous essayons de faire quelque chose
de complet avec ce qu'on a. Donc c'est intéressant
de rajouter des instruments, du violon par exemple.
Est-ce que le nouvel album
va sortir bientôt ?
TL : Le nouvel album va sortir, ce n'est pas prématuré
de le dire. Mais d'ici peu de temps on saura chez qui on
va le faire. Pour l'instant ce n'est pas possible de dire
chez qui on va le faire, et ça va surprendre beaucoup
de gens. Savoir quand il sortira c'est une affaire de jours.
On a plusieurs possibilités, soit on fait un disque
avec un certain label, soit on en fait deux avec un certain
label, deux en même temps.
M : On va essayer de trouver une compagnie qui exploite
le disque normalement.
TL : Plutôt qui exploite le disque anormalement, parce
que normalement, pour une maison de disques, ça veut
dire ne rien faire et vendre le groupe grâce à
son acquis déjà obtenu par le passé.
Sur le prochain disque qu'on va faire, on va pousser la
maison de production, la maison de disques, à faire
le disque anormalement.
Jusqu'à présent, le test avec le public a
toujours été positif. Là où
il l'a été un peu moins, c'est dans un domaine
qui nous échappe un peu, celui de la distribution.
Pour nous, ce qui est nouveau, ce sont les gens que nous
ne connaissons pas. Les anciens je ne les connais que trop.
Je sais où ils habitent, quand ils sont nés,
quand ils sont morts. Je connais leur style de vie par cur.
C'st sur que lorsque tu fais un concert, tu ne connais plus
que le service d'ordre ou les gens qui organisent le concert,
et une vingtaine de personnes dans la salle. Récemment,
on a fait un concert à Pau, et on a demandé
s'il y avait beaucoup de gens qui nous avaient vu à
Tarbes en 82. Il n'y a pas beaucoup de gens qui ont levé
la main.
Tout ça, ça veut dire que le message est passé,
mais que les gens qui venaient avant n'ont plus décidé
de venir. Les gens qui les ont remplacé sont du même
gabarit.
A part le nouvel album, quels
sont les projets de LSD ?
TL :Ce qu'on va faire là, tôt ou tard, c'est
donner une image de nous plus positive au niveau vidéo.
Là, nous faisons un concert à Blois samedi.
De toutes façons, l'activité d'un groupe tourne
toujours autour des concerts, des disques. Le seul truc
qui soit vraiment intéressant, c'est l'alchimie des
morceaux, les paroles et la musique. C'est le seul truc
sur lequel il faut vraiment s'attarder. Jusqu'à présent,
il n'y a pas de groupe qui ait vraiment une démarche
originale, c'est copié ou imité. Récemment
il y a un disque qui est sorti avec un groupe qui a de la
notoriété, les idées c'est fait pour
circuler, alors il a repris une idée à nous
qu'on avait déjà exploité en 86 : Il
a fait une chanson moitié français, moitié
chinois. Même quand tu cherches à être
original, à la fin du compte tu ne l'es plus parce
ton idée est reprise et qu'il faut toujours aller
plus loin.
Cette jeune fille qui chante en chinois, je la connais en
plus. Pas celle qui a chanté avec nous, mais l'autre,
celle qui a chanté avec nos collègues
Sur un disque des Béruriers Je la connais cette
fille là, parce qu'elle est venue chez moi en plus,
jouer du violon. Quand on était au studio d'avant
elle était là aussi, pendant une séance
de mixage. Elle est venue avec son copain journaliste
Comme quoi les idées ça passe d'un studio
à un autre. Là où tu es content c'est
quand tu as eu la primeur de l'idée.
Maintenant on va essayer d'aller plus loin, on va essayer
de faire une chanson qui s'appelle "le Grand Voyage"
et je vais essayer d'écrire un couplet en mongol.
Et j'espère que le temps que le disque soit produit
et réalisé, puis distribué, ce disque
soit encore original.
Peut être que dans six mois il y aura un autre groupe
qui va faire un morceau en mongol, mais ça on n'y
peut rien .
Quand Michel est arrivé dans le groupe, il a fait
des morceaux avec nous Après il y a eu toute
une ribambelle de groupes Oi et punk qui ont utilisé
le sax, comme par hasard Je pense que c'est Michel
qui a popularisé ça, mais il y a eu des précédents
avant lui.
Quel sera l'esprit du nouvel
album ?
TL : "Eddy Jones" avait peut être une coloration
jazz. Peut être que le prochain aura une coloration
encore plus surprenante. A vrai dire, on n'en sait rien,
car c'est surtout le mixage de l'album qui donne la coloration
définitive.
Dans les chansons comme "Jeunesse
de France" ou "Contingent Anonyme" on retrouve
des thèmes chers à LSD, mais je crois qu'il
y a aussi des chansons plus personnelles cette fois-ci ?
TL : C'est une année grave et triste. Jusqu'à
présent je n'ai jamais fait de chansons comme ça.
Malheureusement c'est l'occasion qui se présente.
Là je me suis rendu compte qu'il y avait des éléments
pour faire une chanson triste. J'espère qu'avec des
événements plus joyeux je pourrai faire des
textes plus enjoués.
Sinon "Khun Sa Blues" c'est un morceau que j'ai
écrit en 84, alors trois ans ont passé, et
Khun Sa doit être content qu'on parle de lui
Maintenant on a repris goût aux reprises, par exemple
"Caravan" de Duke Ellignton (1937), donc on recule
davantage dans le temps. On s'est rappelé de Louis
Jordan qui avait une orchestration réduite, alors
que Duke Ellington faisait ses concerts avec un grand orchestre.
Louis Jordan avait laissé Duke Ellington sur le cul,
il faisait la première partie et avec seulement quelques
instruments il avait déchaîné plus d'ambiance
que Duke Ellington et tout son orchestre. On a donc essayé
de faire un morceau jazz avec un ensemble instrumental réduit.