Quoi de neuf à Paris en ce début
d'année ? Tiens, La Souris Déglinguée
vient de sortir un nouvel album ! Pochette superbe dessinée
par Mickson, 6 chansons seulement, mais quelles chansons
! La face A commence par le morceau qui donne son titre
à l'album ; "La Cité des Anges",
souvenirs du voyage de Tai Luc au pays du soleil levant
et surtout du fameux "Malaysia Hotel", guitares
aux touches asiatiques sur l'intro (qui a parlé d'Indo )
; apparition d'un sax et d'un piano (deux instruments que
l'on retrouve tout au long de l'album). Avec le 2ème
morceau, direction les pays de l'Est : "Irina Blues",
ou l'histoire de cette fille qui "s'est mariée
pour quitter son pays et qui a choisi de venir vivre ici
car pour elle ici c'est comme le paradis, quelle putain
de liberté !", polka punk speedée où
l'accordéon a la part belle ! Le 3ème morceau,
"International Fan Club" est un reggae ska splendidement
enrobé de saxo et de petites voix féminines
chantant le refrain Ca devrait faire un malheur dans
les médias (d'ailleurs Maneval ne s'y est pas trompé
: il le programme régulièrement dans son émission
"Mégafun"), les paroles sont là
pour clouer une bonne fois pour toute le bec à ceux
qui traiteraient LSD de "skins nationalistes"
: "On ira à Belleville, on ira à Barbès,
ce sera comme l'Indochine mélangée de Marakech,
International Raya Raya Fan Club ". La première
face s'achève par la version instrumentale de "St
Sauveur", où la voix de Tai est remplacée
par le saxo de Michel et la guitare de Jean-Pierre
"Soldats Perdus", qui démarre la face B,
est un morceau jazzy années 50, avec sax et piano
omniprésents et, en prime des claquettes !
Vous n'êtes pas au bout de vos surprises car le morceau
suivant, "Nostalgique" est un slow ! Oublier c'est
un peu mourir alors Tai Luc se souvient. Souvenirs,
souvenirs Souvenirs des "filles des Halles, au
visage pâle, sentimentales", "pour ne pas
oublier qu'on les a presque aimées", souvenir
des "skins des Halles à la Fontaine des Innocents",
souvenir des punks de Paname L'ombre de Piaf est là,
tout au long de ce magnifique slow "St Sauveur"
(version chantée) clôt l'album punk frappé
LSD ! Tout en gardant son identité punk et ses racines
rock'n'roll, La Souris nous offre avec "La Cité
des Anges" un album original et coloré
un des plus beaux disques "made in France" de
85.
Mais trêve de compliments. Retrouvons plutôt
Tai Luc (chanteur) et Rikko (bassiste) en direct au studio
WW Quai de la Gare, interviewés par Phil Suspect
et Fred
Pratiquement un album par an, peu de groupes ont cette régularité.
Quel est votre secret ?
R : On s'est donné une ligne directrice, sortir un
album par an avec les moyens qu'on avait, c'est à
dire peu Nous nous sommes arrangés pour trouver
un bon studio. Mais à la limite, on aimerait bien
en sortir un tous les trois mois
La formule du 45t ne vous
tente pas ?
R : On nous l'a proposé, mais nous ne sommes pas
intéressés car dès le début
il faut que ce soit un tube potentiel, c'est à dire
qu'il puisse se vendre dans les grandes surfaces, à
côté de "SOS Fantômes" et "Bronski
Beat" Mais je pense que les gens qui nous écoutent
ont plutôt envie d'écouter 5 morceaux d'affilés
au lieu de 2
Avez-vous trouvé en
Cellulloïd la maison de disque idéale ?
R : Idéale ? On a trouvé une étape
que l'on avait trouvé au départ par New Rose,
et en second lieu par Kuklos pour le 2ème album,
et Cellulloïd pour les 3ème et 4ème
C'est une étape, un moyen par rapport à ce
que l'on a demandé. Mais il nous manque un facteur
promotion plus important. Nous touchons un petit public,
nous avons un public ciblé.
TL : De toute façon, ça n'existe pas une maison
de disque idéale, elle est là pour se faire
du fric sur ton dos, il ne faut jamais l'oublier. Celle
avec laquelle on travaille est assez incompétente,
mais nous le sommes aussi. Nous ne sommes pas de bons gestionnaires
de notre travail Et puis, dans ce milieu là,
il faut un maximum de présence mondaine, on nous
l'a souvent dit Il faudrait pratiquement sortir tous
les soirs afin d'assurer notre promotion
Tout disque semble devoir
être accompagné d'une vidéo. Que peut-on
attendre de vote part à ce sujet ?
TL : On a un projet vidéo, mais cela ressemble plutôt
à la série "l'homme invisible" !
On voit pas grand chose pour l'instant. Effectivement, si
l'on avait fait un clip, cela fait longtemps que l'on vendrait
100 000 disques !!! Mais c'est pas pour tout de suite. Je
crois que ça gênerait les gens si cela passait
à la TV, je crois que mes paroles dérangent
Racontez-nous votre passage
chez Jacques Martin (Emission "si j'ai bonne mémoire"
du 30 septembre 1984)
R : Ca s'est fait tout simplement. L'album "Aujourd'hui
et Demain" était en édition Clouseau,
la personne qui s'occupe de trouver des acteurs, des figurants,
des groupes pour cette émission a téléphoné
chez Clouseau Ca avait un côté assez
folklorique, un peu nul Il fallait un groupe pour
imager, et voilà
TL : Je crois qu'il faut quand même signaler que l'ex-punk
en question, qui a gagné le voyage sur le Nil, c'était
le fils de Jean Yann !
R : C'est quand même un bon souvenir, ça s'est
bien passé, c'était marrant à faire,
et puis, on a touché beaucoup de gens au repas du
dimanche
Est-ce toi, Tai Luc, qui
a imposé ce look BD à la pochette ?
TL : Absolument pas, celui qui l'a imposé, c'est
Mickson, celui là même qui a signé la
pochette. Lui il est en plein dans la BD. Au départ,
sur la pochette, il avait fait un panneau publicitaire,
une sorte de palette avec nous à l'intérieur,
puis on lui a dit que ce n'était pas suffisant, que
l'on n'était pas assez "psychédélique"
pour ça, alors nous lui avons demandé de rajouter
des éléments propres à notre époque
D'où vous est venue
l'idée d'introduire des claquettes sur "Soldats
Perdus" ?
TL : C'est une idée en vue d'une vidéo peut
être
R : Elles ont été jouées par un ami
black qui enseigne les claquettes dans une école
Il a voulu enrober ce morceau, "Soldats Perdus",
lui donner un côté chorégraphique, mais
effectivement cela aurait été plus exploitable
sur un plan visuel que sur un skeud
Comment doit-on comprendre
les paroles de "Nostalgique" ? Comme un constat
d'échec par rapport au mouvement de 77 .
TL : C'est pas du tout un constat d'échec. On n'est
pas du côté des souvenirs, mais plutôt
de la fidélité au passé C'est
la meilleure façon de parler de certaines personnes
Et puis, on a l'impression que ça sonnait bien, alors
on l'a fait
"Nostalgique" est
un slow, vous aimez particulièrement la danse ?
TL : Nous, pour le côté danse, on pense surtout
à l'époque des scopitones et du rock'n'roll.
Les années 60, le jerk, tout ça, c'était
bien Mais après en 70 on en parle pas, les
gens étaient toujours assis, et puis en 77 il y a
eu un retour en force avec la danse du "Marteau pilon",
c'était pas mal non plus
Y a t'il des choses qui ont
changé pour vous à l'étranger ?
R : Nous sommes distribués dans les pays francophones,
style Belgique, principalement parce qu'on chante en français
TL : mais pour toucher un public à l'étranger,
il n'y a qu'un solution, c'est une promotion gigantesque
R : et encore, c'est pas évident. Des groupes
comme Trust ou Téléphone en ont fait l'expérience,
et puis même par rapport aux textes que l'on a, mais
aussi par rapport à nos sensibilités et à
notre façon de vivre, les gens à l'étranger
ne comprendraient pas
Peut on considérer
Michel (Sax) comme un membre à part entière
de LSD ?
R : Michel est venu il y a à peu près un an
et demi, il a commencé à répéter
avec nous, on trouvait que la coloration du sax collait
bien avec notre musique. Mais l'idée du sax était
aussi de compléter, de donner une couleur plus rock'n'roll
à notre musique, qui l'était déjà
pas mal..
TL : D'ailleurs on a un nouveau morceau qui s'appelle "Aucun
regret" où il y a une partie de sax qui fait
vraiment 1954, ça fait surtout penser à Bill
Haley
Si vous répétez
c'est qu'il y a des concerts en vue ?
R : On n'a jamais eu l'optique de répéter
comme le font les groupes à gros budgets qui répètent
en fonction d'une tournée ou pour un concert. On
a toujours répété régulièrement,
on répète pour créer des morceaux,
et puis, faire des concerts c'est répéter
aussi
En attendant de voir La Souris en concert, nous vous offrons
les paroles d'une de leurs chansons inédites, paroles
que Tai Luc a eu la gentillesse de nous donner Ca
s'appelle "Les Parents à Chantal" et il
ne manque plus que la musique !