LA NOUVELLE AUBE
Records de vente des Bérus, développement
d'une véritable scène rock'n'roll (Batmen,
Shifters, Boy Scouts, Fixed Up) via la connexion australienne,
entrée dans les charts des groupes pop frenchy
les signes ne trompent pas : nous assistons à une
nouvelle aube du rock français. Pour éclaircir
la situation, nous avons interrogé trois groupes
que nous connaissons depuis longtemps : LA SOURIS DEGLINGUEE,
BLESSED VIRGINS, ABLETTES. Trois groupes intègres,
trois démarches différentes pour un seul but
: la reconnaissance du public et un succès mérité.
LA SOURIS a fait appel à SLIM PEZIN pour produire
leur album "Eddy Jones". Ce vieux routier de la
chanson française leur a fait pondre, sans les dénaturer,
un vrai disque de rock'n'roll populaire. Certainement leur
meilleure réussite à ce jour (n'oublions
pas le très beau "Cité des Anges"
et "Aujourd'hui et Demain" déjà
très swing ).
Les BLESSED VIRGINS ont choisi la formule LIVE avec 45t
inédit en sus Quant aux ABLETTES, même
si leur look lorgne désormais plus du côté
de TOP-NRJ que ru Rockn'n'Roll Radio-Chart, nous avons été
séduits pas leur véritable hit : "Jackie
s'en fout", et nous attendons avec impatience la suite
Pour ouvrir ce dossier, notre SOURIS préférée,
celle qui nous fait swinger et vibrer Cela ne fait
que la 3ème interview que l'on publie d'elle dans
ROCK HARDI, c'est vous dire si on l'aime !
Après Tai Luc (chant, guitare) dans le N°4, Rikko
(basse) dans le N°7/8, c'est au tour de Jean-Pierre
(guitare) d'avoir la parole
Jusqu'à présent
vous aviez toujours produit vos disques vous-même,
pour "Eddy Jones" vous avez fait appel à
un producteur, SLIM PEZIN. Comment s'est passée la
rencontre ?
Jean-Pierre : Ben, on avait fait une maquette avec quelques
nouveaux morceaux titres, on était à la recherche
d'un label et on nous a fait rencontrer SLIM PEZIN. Il a
écouté la bande, elle lui a plu, et ça
a été l'engrenage, on s'est retrouvé
en studio avec lui. Il nous a fait répéter
d'arrache-pied pendant une quinzaine de jours et après
les séances ont duré avec le mix... 10, 15
jours. En fait, c'est l'album qu'on a fait le plus rapidement.
Quel est le passé
discographique de ce producteur ?
J-P : Oh, il a un lourd passé discographique. Il
a joué avec pratiquement tous les yéyés
des années 60. Après il a joué avec
Claude François. Il était son directeur, pas
littéraire, mais musical, c'était lui qui
choisissait les reprises il a joué avec Halliday
aussi. En ce moment, il est avec Sardou. C'est un monsieur
très connu dans les studios, comme producteur, arrangeur
et musicien.
"Eddy Jones" est
sorti sur BLUE SILVER : Une étape de plus pour LA
SOURIS DEGLINGUEE, après NEW ROSE et CELLULOID ?
J-P : C'est effectivement une étape de plus. Pour
l'instant, la collaboration se passe bien. On a peut être
eu la chance de ne pas être signé par un gros
label et d'être muselé comme l'ont été
certains de nos collègues. Ca nous a permis d'aller
des uns aux autres. C'est plutôt bien de changer de
labels comme ça.
La pochette est signée
Philippe Bertrand. Pourquoi avoir choisi ce dessinateur
?
J-P : Philippe Bertrand, il avait fait le 1er badge de LA
SOURIS, il y a cinq, six ans, alors qu'il n'était
pas encore très connu. C'est un type que je connaissais
personnellement On lui a laissé entière
liberté, il nous a montré des ébauches
et on s'est tous mis d'accord pour ce dessin. C'est volontairement
qu'il y a ce côté moderne, un peu "straight".
C'est un peu contradictoire
par rapport à l'image de marque de La Souris
J-P : L'image, ouais, mais pas la musique. Elle est quand
même plus propre sur cet album, tout en restant sauvage
Comment a été
accueilli cet album ?
J-P : Assez bien. Disons plus largement que les autres et
ça, c'est un grand truc de gagné
Rock'n'Roll, Swing, Bebop,
Ska doit-on considérer "Eddy Jones"
comme le "disque de danse" de La Souris ?
J-P : Ouais, mais on a toujours voulu faire des disques
de danse. Là, ça s'est fait comme ça,
c'est des titres qu'on répétait depuis un
moment, c'est pas un truc calculé, si les gens dansent
dessus tant mieux. Mais c'est sur que maintenant, plutôt
qu'ils ne se ruent les uns sur les autres, la tête
en avant, on a envie de faire danser les gens d'une façon
plus sympa.
Côté héritage,
on cite souvent PIAF. Est-ce que d'autres artistes français
vous ont influencé ?
J-P : Je veux pas faire comme NIAGARA, le couplet "Charles
Trenet et compagnie" parce que ça nous a pas
vraiment influencé. C'est vrai qu'on epnsait faire
une reprise de Piaf à une époque. On voulait
aussi reprendre un morceau d'Aznavour et l'idée a
été écartée par notre producteur
Il y a Dutronc, le Dutronc des années 60 qu'on aime
bien écouter, mais on ne peut pas dire qu'il nous
ait influencé. Nos racines sont plutôt étrangères.
Ceci dit, il y a des choses bien dans le patrimoine français
Puisqu'on est "En France",
restons-y. Qu'est-ce qui manque, selon toi, pour que le
rock français décolle vraiment ?
J-P : Ce qui manque au Rock français ? Des maisons
de disques qui les poussent, qui osent faire quelque chose.
Quand elles ont un produit qui marche, elles s'ingénient
à fabriquer d'autres produits qui lui ressemblent,
jusqu'à plus fin, alors qu'il y a vachement d'autres
groupes un peu partout qui ont des trucs à dire
Tous les trois ans on parle du renouveau du rock français
et un an après ça retombe. C'est un peu une
farce tout ça. Mais c'est vrai que depuis un moment,
il y a plein de gens qui émergent, des groupes de
la fin des années 70 qui arrivent maintenant à
se faire entendre, les RITA MITSOUKO en sont. Les ABLETTES
aussi
Les Ablettes justement, que
pensez-vous de leur succès actuel ?
J-P : C'est tout à fait mérité, c'est
des gens qui sont depuis longtemps sur la route. Ils sont
sincères, même si maintenant ils sont plus
ouvertement à la recherche du tube
Certaines personnes vous
ont souvent attribué une image skin, une réputation
quelque peu malsaine. Est-ce que cette image a disparue
?
J-P : Oui, elle s'estompe. Malheureusement, c'est vrai que
pendant longtemps, des gens ont propagé cette image,
ça nous mettait de côté d'office, y'avait
aucune explication à fournir, on disait "c'est
des skins, c'est des fafs" ce qui est complètement
ridicule, ça les arrangeait certainement de dire
ça, ça nous écartait rapidement. Maintenant,
avec le dernier album, cette histoire vole en éclats.
En concert, on a un public de plus en plus varié
depuis deux, trois ans, et c'est tant mieux. Y'a pas longtemps,
on a rempli le Rex, on rejoue beaucoup sur Paris, alors
qu'avant on était pratiquement interdits
A part "Eddy Jones",
qui est assez bien accueilli, LA SOURIS a t'elle d'autres
espoirs ?
J-P : Oui, c'est d'exploiter cet album jusqu'à la
corde car à mon avis, il y a beaucoup de titres qui
peuvent être exploitables, et puis toujours pareil
: faire de la scène, un album, jouer, tourner, faire
des télés En espérant que cette
mauvaise image s'efface totalement.