» Interviews » Paroles et Musiques N°1. Novembre 1987.
Le rock est un phénomène. A l'heure des concerts
planétaires, de l'emprise des médias et du
business, il semble bien être sorti de son ghetto
pour devenir l'une des composantes essentielles de la musique
populaire d'aujourd'hui.
Oui mais de quel rock parle t'on ? Passée l'excitation
d'un mega-concert style Madonna, que reste t'il ? Une fois
essoufflée la mode qui nous fait craquer pour un
battant du Top 50, un clip ou une légende médiatique,
où retrouver le plaisir d'un rock à notre
portée, qui fasse la part belle aux découvertes
et à la chaleur de spectacles vivants ? Dans cette
minorité agissante qui accepte de jouer le jeu du
business et y parvient tant bien que mal, mais aussi et
surtout parmi cette multitude de groupes, de fanzines, de
labels, qui existent là, à votre portée,
directement ancrés dans votre quotidien. Qui vivotent,
qui gigotent, et qui entretiennent une certaine flamme,
réservoir de créativité et d'énergie
où naissent parfois les stars de demain. Cette rubrique
ne se préoccupera pas des chiffres de vente de disques,
ni des coups médiatiques. Elle sera le reflet de
la réalité du rock français d'aujourd'hui,
celui qui existe plus ou moins en marge. Pour ceux qui connaissent,
elle pourra être une sorte de bulletin d'information
; quant aux autres, j'espère qu'elle leur donnera
envie de partir à la découverte. Associations,
groupes, labels indépendants, cette rubrique sera
la vôtre ; j'attends de vos nouvelles !
L'Affaire Luis Trio, Cyclope, La Souris Déglinguée,
Carte de Séjour : Quatre groupes qui bénéficient
d'une certaine notoriété, et oscillent entre
le public rock et une audience plus large. Leurs démarches
sont différentes : certains ont fait une incursion
dans le Top 50, d'autres affichent un certain radicalisme
sans concessions. Mais ils se heurtent aux mêmes problèmes,
ils affrontent les mêmes dilemmes ; il nous a donc
semblé intéressant de comparer leurs expériences
et leurs rapports avec le business . Confrontation
révélatrice : entre la naïveté
teinté de bonne conscience de Lui Trio, la concision
de Cyclope, le virage de La Souris (qui semble vouloir abandonner
le style combattant des rues), et l'humour lucide de Carte
de Séjour, se dessine peut être un certain
visage du rock français qui tente, tant bien que
mal, d'assumer ses contradictions.
Quelles sont vos racines ?
Assez diverses. Mais c'est le rock'n'roll que l'on aime
le mieux. Mes premiers disques, c'était Slade, T.rex,
Eddy Cochran. On a tout écouté, on a fait
le tri, et la scène correspond à une synthèse
: disons que l'on joue sur scène ce que l'on a envie
d'écouter dans la vie et qui en correspond
pas à ce que l'on écoute à la radio,
mais ça c'est un autre problème.
Que pensez vous des rapports
existant entre Rock et Top 50 ?
Le Top 50 on s'y intéresse dans une certaine mesure,
mais pour le moment on n'a pas assez de moyens ou pas assez
d'alliés pour y parvenir, alors on attendra, et peut
être que l'on attendra longtemps Ce n'est pas
une de nos priorités. Des tas de groupes ont une
bonne valeur commerciale et sont au Top 50, mais jouent
devant des salles vides : nous on préfère
l'inverse !
Dans votre groupe, comme
dans la majorité des groupes français, les
filles brillent toujours par leur absence : est-ce que parce
que vous êtes d'affreux machos, ou parce que le rock
reste, malheureusement, une affaire de mecs ?
Il y en a dans notre entourage, même si elles n'interviennent
pas encore sur scène. Nous sommes peut être
d'affreux machistes, mais nous avons toujours essayé
d'inclure des performances musicales féminines dans
nos enregistrements.
Que pensez vous des rapports
existant entre rock et politique ?
On a tous des opinions sur la réalité, mais
je ne sais pas si ça vaut la peine d'en parler dans
le cadre d'une chanson qui dure deux minutes, c'est trop
facile. Dès que tu politises ce que tu fais, tu es
toujours à la recherche d'une publicité bon
marché. Les groupes actuels qui marchent bien ont
tous un petit grain de politisation et balancent des idées
assez banales. Par exemple les idées antiracistes
: nous on l'a fait il y a 5 ans, mais à l'heure actuelle,
les chansons antiracistes me font chier, parce que moi je
suis un produit de l'antiracisme, je suis le métis
par excellence, et je ne vois pas l'intérêt
de lancer des SOS.