Ici à la
campagne, Asvesnes les Aubert, le son de la ville, la violence,
l'agression, le désir de tout balayer et de te faire
danser, mais la majorité du public (moins de 200 personnes
!) demeure droit, pudique, immobile, bien au chaud dans leur
look de rockers manufacturés pour l'occasion. Et si
pourtant une fois tu dansais le rock et le pogo, ce rock porté
au paroxysme par un groupe unique : La Souris Déglinguée,
une énergie et une vérité (voyez leurs
textes !) à la limite du supportable.
On est loin, et à l'abri, avec La Souris, de cette
soit-disant "musique" (rock de chambre rose ?) esthétique
et étriquée du groupe précédent,
reflet hélas fort représentatif de cette tendance
" rythmes en boite / synthés poussifs / guitares
squelettiques " de bien des groupes en France, qui n'ont
pas compris que le rock ne pouvait être une musique
de chambre, et qu'enfin, si il devait être rose, c'est
les Gogo's ou les Gymslips qu'il faudrait plébiciter.
A ce sujet d'ailleurs, La Souris a tout compris (voir "Marie-France"
sur leur dernier LP).
Avec La Souris Déglinguée, c'est l'ultime course,
une énergique jouissance d'électricité,
du rock'n'roll en révolte, juste pour te rappeler ta
liberté, "celle à laquelle tu as droit",
reste jeune, et une seule cause, les Copains !
Rugissements des amplis, une sorte de tempête rouge
traversée par le chant grave de Tai Luc, un flot ininterrompu
de rocks incandescents, que ravive sans cesse la guitare incendiaire
de Jean-Pierre ; Rikko et Jean-Claude (respectivement basse
et batterie) achèvent en puissance de peaufiner la
force brutale, physique, de La Souris en concert, une tension
constante, aucun répit, aucune limite, une violence
fraternelle et créatrice, un appel à l'arme
rouge.
Un groupe conscient de ses responsabilités et de sa
force, que rien ne semble pouvoir apaiser, abattre, au contraire
tellement déterminé qu'il ne fait aucune concession,
et ils ne t'attendront pas, tu viens c'est bien, sinon
sinon reste dans tes limites.
Pourquoi tous ces changements successifs de maisons de disques
? Elles ne vous font pas confiance ?
TL : Non, c'est pas vraiment ça. C'est comme avec tes
parents, arrive un moment où tu déménages,
nous c'est pareil. On change de bateau dans la mesure où
il ne mène nul part.
JP : De toutes manières on n'a que des contrats de
distribution, ce qui n'empêche pas, si on change de
boite, que la boite précédente continue à
distribuer nos disques.
Après trois albums
quels sont vos rapports avec le "business rock",
la presse spécialisée ?
TL : On est comme des gens dans la jungle, pour arriver
au pouvoir ça prend longtemps, faut pas désespérer.
Dans la mesure où tu n'as pas d'illusions, tu n'es
pas déçu. On n'a pas d'illusions, pour l'instant
on a des responsabilités, c'est à dire faire
des concerts, faire des disques, c'est produire ou pourrir
On a choisi de produire du mieux possible.
JP : Cela dit, on n'est pas écarté des revues
de rock officielles, si tu regardes, tu remarques qu'on
a pas mal d'articles. Pour un groupe comme nous c'est assez
exceptionnel car on n'a pas de support derrière.
TL : Je précise, on est le seul groupe français
à avoir eu 4 pages dans Rock & Folk. Pour un
groupe non signé, de notre niveau à nous,
c'est un exploit.
JP : C'est surtout un exploit de la part du journaliste
qui a pris un risque.
TL : Il l'a payé depuis, il a été exilé
aux Etats Unis. Il leur amène l'article, ils ne veulent
pas le passer ; il a répondu c'est ça ou ma
démission. Evidemment ils ne pouvaient pas accepter
sa démission, mais il a payé.
Vous avez été
interdits de jouer sur Paris ?
TL : Ouais c'est vrai. Ca faisait 3 ans qu'on était
interdits de jouer à Paris, mais l'interdiction a
été levée il y a quelques mois, puisqu'on
a joué au Forum des Halles. Si tu veux, à
l'époque on n'avait personne pour nous soutenir,
à part le public. Mais maintenant ça a un
peu changé. Tu vois, le public c'est bien, mais pour
avoir une salle de concert, c'est pas le public qui convainc
un mec de donner sa salle, d'y organiser un concert.
"As tu déjà
oublié" sur la compilation WW, pourquoi ne pas
l'avoir inclus sur l'album ?
JP : On sortait des séances de l'album, et on est
allé enregistrer ce titre à WW. C'est le local
où on répète à Paris, et on
leur a fait un cadeau parce qu'on s'était engagé
à enregistrer un titre pour eux. Sinon ce morceau,
on l'a répété la veille de l'enregistrement.
TL : C'était un morceau qu'on n'avait pas pu depuis
3 ans, c'est un très vieux morceau.
JP : C'est le problème des compilations, tu ne sais
jamais quoi mettre dessus.
"Jeunes voleurs",
un titre qui change dans votre répertoire, un morceau
que vous teniez à enregistrer je crois ?
TL : Pour te dire la vérité, c'est encore
un vieux titre, on le jouait depuis juin 79 exactement.
On a toujours tenu à l'enregistrer, mais à
chaque fois on le réenregistrait car ce n'était
jamais satisfaisant. Là je crois qu'on a trouvé
une formule type du morceau. C'est sa consécration.
On l'a agrémenté d'un saxophone. Si tu veux
c'est une expérience de studio plus qu'un morceau
de scène. Pendant des années on l'a joué,
maintenant on ne peut plus le jouer. Si tu veux c'était
son testament. C'est un morceau important, mais maintenant
qu'on l'a sorti, on l'a enterré.
Pourquoi avoir repris "La
Varsovienne" ?
TL : Personnellement c'est un morceau que j'aime bien. Si
tu veux, c'est comme "le temps des cerises" ou
quelque chose comme ça. Cette fois là on a
fait "La Varsovienne", cette fois ci "Lili
Marleen". Ce sont des chansons avec des mélodies
faciles à retenir, et puis c'est intéressant,
tu puises dans un patrimoine qui est différent de
celui des anglais. Ce ne sont pas des reprises de groupes
anglais.
Les groupes sur Paris vous
plaisent bien actuellement ?
TL : Wunderbach, Tolbiac's Toads, Electrodes, Poupée
Vinyl qui font du ska. Y'a Bikini mais ce qu'ils font maintenant
c'est différent, style Dexy's.
Et les groupes anglais ?
TL : Avant il y en avait plein qui nous plaisaient. Maintenant
il y en a beaucoup moins. Il ne reste plus que les Meteors.
Vos morceaux sont présentés
dans certaines presses comme des hymnes aux skins, qu'en
pensez vous ?
JP : Faut pas croire ce qu'on peut lire dans les journaux.
TL : Comment peux tu empêcher les gens d'écrire
et de parler ? C'est ça la démocratie.
JP : Mais on n'est pas responsable de ce que le mec écrit.
Nous n'avons pas du tout l'impression d'être un groupe
pour les skins ; quand Tai Luc écrit ses paroles,
il ne se dit pas "tiens je vais écrire un hymne".
TL : Tu vois, moi j'écris des chansons sur la jeunesse
et l'amitié, et c'est normal qu'il y ait des gens
qui s'y accrochent. Tu ne peux pas empêcher un journaliste
d'écrire, mais il faut s'en méfier. Le journaliste,
au concert, ce qu'il remarque le plus, c'est les mecs qui
n'ont pas une tenue comme tout le monde, alors automatiquement
il pense "ouais ce groupe joue pour eux". Il ne
fait pas attention au reste du public, qui compte aussi
pourtant.
Les Tolbiac, eux oui c'est un groupe de skins, ils l'affichent
eux. Mais nous, tu nous vois, franchement nous pas. Pour
nous tout le monde est bienvenu à nos concerts. Tu
vois notre première affiche qu'on a fait sur New
Rose, y'a un mec dessus avec des cheveux longs, tout le
monde a les cheveux courts, sauf lui. Bon mais c'est tout,
il est là comme tout le monde.
JP : Tout le monde est capable de se raser la tête.
Tu vas chez le coiffeur même pas, ta copine
te coupe les cheveux et tu as une image.
TL : Tu vois, Jean-Pierre, quand je l'ai connu, il aurait
pu jouer avec les Stranglers (rires).
JP : Et alors ? Je jouais dans les Stranglers Mais
bon, on ne cherche pas à viser un public spécial.
Tu ne peux pas empêcher un journaliste d'écrire.
S'il voit une horde de skins, ça le flashe, ça
le tape ! Il écrit ça car ça lui fait
de la bonne presse. Et puis, souvent, il n'a rien à
dire, alors il saute là dessus et il en tire une
tartine.
TL : Et puis il n'a pas écouté les paroles,
ni les disques, et voilà, il te fait un article.
La première partie
de Gun Club ?
TL : C'est encore une sombre histoire. On était invité
par la télévision, on n'était pas prévus.
Quand RCA a su que c'était nous, malgré le
soutien d'Antoine De Caunes, ils ont tout fait pour qu'on
ne joue pas. On a joué quand même !
Pour finir, les gosses sur
la pochette de "Une cause à rallier" ?
TL : Il en faut, et pas seulement pour repeupler la France.