Une page d'histoire
Dr Lux a rencontré Tai Luc, chanteur de La Souris Déglinguée,
un jour à ne pas mettre un chat dehors. Compte-rendu
en forme de retour sur une page d'histoire du rock en France
:
"Tant que la rumeur
court, l'animal vit" :
Trois rumeurs étaient parvenues à mes oreilles
:
- un album en préparation " un ami l'a
entendu ". Tai Luc sort la K7 du blouson.
- La Souris a des états d'âme. Tai Luc "???
???". Je suis rassuré.
- Le concert de mai 90, à l'Olympia, avait vu NTM
en première partie, question "il est dit que
c'est un de tes frères qui a monté le coup".
Réponse "C'est presque ça".
"La Souris a du nez"
:
Un groupe alternatif pouvait être attendu en première
partie. Trop attendu. De plus, peu convaincue de l'estampille
alternative, La Souris a les oreilles qui traînent,
et à l'époque elle grenouille pas mal dans
le milieu rap, c'est là que ça bouge. L'important
n'était pas rock ou rap pour la première partie,
mais hardcore. Sans être pratiquant rap, Tai Luc choisit
NTM, guidé par les liens géo-sociaux créés
par une bonne connaissance de St Denis. Le public originel
de l'animal a pris une claque, bien que pris à revers.
"Qu'est ce qui fait
courir La Souris ?" :
Les influences de La Souris sont alambiquées. En
72 Tai Luc va chez son correspondant à Londres. La
famille, d'origine jamaïcaine, le sort. Fondu de Slade
et de T-Rex, il reste dubitatif face à la musique
des " parties ". En plus la musique noire il la
connaît déjà sur le bout des doigts.
Le revival ska de 79 ne l'encourage pas plus dans cette
voie. A l'époque, il lit la presse musicale anglaise,
qui l'éclaire sur les combos à damiers. Rare
pour un français. L'intérêt des standards
cosignés (Madness, Specials ) lui semble limité.
Un epériode de découverte (80) commence en
pouvant entrer gratos au Palace. La Souris ne fait pas de
mondanité, elle se faufile sur les toits. Les choses
changent avec le mixage, et le toast de Ranking Rogers.
EN 86, un techno du groupe ouvre "La Benne", rue
Daulencourt. Les Bad Manners et les 45ts Trojan y sont hors
de prix et en import. Le ska bouge vraiment des pieds.
"Les amis de La Souris"
:
En 79, La Souris est dans l'Underground. En 80, les représentants
d'une maison de disques lui expliquent, derrière
une coupe de champagne, qu'ils sont au regret de ne pas
pouvoir les signer, ayant déjà un groupe punk
: Les Forbans (sic !). Les majors envisagent le rock français
sous certaines conditions : une influence claire de Led
Zep ou Stones. Normal vu que les décideurs de l'époque
sont tombés dans cette marmite là. Dommage
pour le rock français (Oberkampf, Wunderbach ),
même si certains s'en tirent (Starshoot, Téléphone,
Bijou). Mais La Souris est un animal tout petit. Petit le
mouvement punk, petit le public, alors que les grosses maisons
de disques aiment le gros public avec le gros portefeuille.
Résultat, le public est à l'image de l'animal
: " Tous les damnés de la terre ". La faune
se lisse avec l'accès aux grandes salles. Au Bataclan
en 89 pour "les 10 ans de l'animal", la métamorphose
me paraît flagrante. Tai Luc la situe plus tard, à
l'Olympia.
"Que fait La Souris
entre deux galettes ?" :
Tout se travaille : les relations dans le groupe, avec la
production, la maison de disque, le prochain disque. La
rumeur dit qu'il est raggamuffin. Cela semble difficile
à Tai Luc, vu que pour faire du ragga, il faut être
jamaïcain, si possible à Londres, voire en Jamaïque.
Pour le reste, il ressemblera pour une part à "
Banzai " (après le virage amorcé dans
"Quartier Libre") en mieux, et à ce qui
était fait avant, en mieux. Il y a également
eu le "remix" de cet été. Un remake
de "Banzai" a été fait : exclusif
Japon. Règle générale pour La Souris
: tous les morceaux ont la "marque de fabrique"
du groupe. Même si parfois, c'est teinté de
ragga, ska, ou rockabilly, on reconnaît toujours la
valeur sûre qu'est LSD.