La Souris Déglinguée,
tout le monde connaît, mais vos débuts, la zone,
etc nous n'en avons qu'un maigre aperçu. Etait-ce
dur de percer à l'époque ?
M : A l'époque je vivais ça de l'extérieur,
vu que je n'étais pas encore dans le groupe. Mais c'est
sur que le contexte était plus favorable pour percer
qu'à l'heure actuelle, surtout dans le domaine où
LSD frappait.
TL : De toutes façons, Albert Camus a dit un jour "le
temps ne respecte que ceux qui prennent du temps", alors
nous on prend du temps pour faire les choses. Quoi qu'il en
soit, on essaye de les faire bien. Au début c'est moi
et Jean-Pierre, ensuite c'est Rico qui arrive, puis Jean-Claude
à la batterie, et puis récemment, enfin il y
a 4 ans, c'est Muzo. En fait on a commencé en 79, bien
qu'avant il y ait eu des expériences multiples, mais
toujours avec les mêmes gens. En 1983, ça a pris
une nouvelle tournée, Muzo, juste avant de partir au
service militaire, a donné quelques coups de klaxon
et de trompette sur "Aujourd'hui et Demain". Mais
à cette époque là, il n'a pas eu droit
à la photo sur la pochette, alors qu'il était
déjà là depuis de nombreux mois.
M : La première époque a servi de tremplin en
fait.
Disons qu'au début, le saxo était peut être
un instrument complémentaire au groupe, et par la suite
il est devenu un instrument à part entière ?
M : C'est à dire que petit à petit, le saxo
est rentré dans la musique qu'on faisait, ça
a servi à quelque chose. En fait au début c'était
plus un essai qu'autre chose.
TL : Il faut se rendre à l'évidence, sur certains
morceaux il y a des sons que tu ne peux pas faire sans saxo.
Cela dit on n'a pas répondu à ta question, mais
ce n'est pas grave. De toutes façons, la zone c'est
l'affaire de chacun, et puis faut pas trop en parler, c'était
un terme tellement galvaudé, mais on en a fait une
magnifique chanson. Mais si tu veux, c'est une chanson qui
a été à la fois bien interprétée,
et mal interprétée, parce que nous, ce dont
on parlait c'est ce dont je parle toujours d'ailleurs. C'est
à dire de faire l'apologie de nos copains, d'une certaine
idée de la jeunesse et de la banlieue, et je pense
que cette idée là était présente
et l'est toujours parmi nos contemporains. On l'a assez bien
restituée. Pour ce qui est de la musique on a le champ
libre, on fait ce qu'on veut, que ce soit du Oi FM, Punk FM,
jazz alternatif, ou du jazz hardcore
A propos, le prochain disque
c'est pour quand ?
TL : D'ici peu de temps, on a fait les maquettes et on discute
avec nos amis les capitalistes, car il n'y a qu'avec eux
que tu peux faire des disques de toutes façons.
Et il se rapprochera de quel
album ?
TL : Il se rapprochera de tous les albums que l'on a enregistré
précédemment, mais simplement on va essayer,
comme à chaque fois, que le résultat et le
son soient meilleurs ; c'est une question de son.
M : Il sera peut être plus rock'n'roll que le dernier.
Parlez nous du sigle "LSD
Fraction" que l'on retrouve sur vos disques.
TL : Si tu veux, "LSD Fraction" ce devait être
notre label, mais on ne l'a jamais fait C'est une
idée sublime mais pour le moment on n'est pas encore
assez maître de nous en ce qui concerne la création
d'une société. Mais LSD Fraction, c'est La
Souris Déglinguée et personne d'autre. Et
à un moment donné ça représentait
le groupes plus gens qui étaient autour et qui maintenant
ne sont plus dans le groupe. En l'occurrence il y avait
Hervé, qui était notre manager, et donc on
était obligé de cacher sous ce sigle une réalité
qui incorporait non seulement les membres du groupe, mais
d'autres à côté, et qui au fond ont
un très grand rôle pour ce qui est de notre
offensive perpétuelle. Et tu sais qu'il y a aussi
un badge qui a été fait par Rock à
L'Usine parce qu'apparemment ils aiment ce sigle encore
plus que nous. Il y a même eu un concert sous ce nom
là.
Et Lima Sierra Delta, c'est
quoi ?
TL : C'est la même chose, c'est La Souris Déglinguée.
C'est les gens qui sont assis ici (on est à La Benne),
et puis tous ceux qui apportent un concours invisible. Bientôt
il y aura Géant Vert, qui va rédiger certaines
chroniques su Bulletin d'Informations. Mais tous ces sigles
apparaissent déjà dès le premier disque.
En 1982 on en parlait déjà.
New Rose, Celluloïd,
Mélodie Distribution, on dirait que vous aimez le
changement ?
TL : Récemment on a eu encore affaire à eux,
on a eu une discussion de mise au point. Muzo va t'en parler
M : Oui, parce qu'on est jamais tout à fait content
du résultat, notamment l'exploitation du disque.
Donc chaque fois on remet un peu tout le monde en question.
On cherche donc des partenaires qui sont susceptibles de
faire mieux les choses. Maintenant disons que d'un côté
on est content pour la fabrication du disque, mais on est
mécontent pour son exploitation. New Rose c'est bien
pour commencer. En effet, ils aident pas mal les groupes
français, mais maintenant de moins en moins. Cela
dit, c'est la première maison de disques qui nous
a vraiment aidé. Mais on ne peut pas leur donner
le bon Dieu sans confession parce que le premier disque
est sorti en 1981, alors qu'on était déjà
allé les voir en 1979, et là ils nous ont
jeté ! Pourtant on faisait la même chose !
Mais à l'époque pour eux on était insignifiants
car on n'avait pas encore cassé de boites de nuits.
A partir du moment où il y a eu ce genre de concert,
la pub était déjà faite.
Avez vous réellement
des contacts avec des pays comme la Chine ? Si oui quelles
sont vos activités ?
TL : Comme tu peux le voir dans le press-book on a eu un
article dans une revue de Honk Kong. Ce n'est qu'un début,
j'espère que ça se concrétisera par
une tournée, mais ça va prendre du temps à
mettre en place. Ce ne sera pas facile mais c'est ce qu'il
y a de mieux à faire. Là bas tu peux jouer
tranquillement devant 500 000 personnes dans un petit bled,
donc ça remet tout en question.
Les paroles des morceaux
d'Aujourd'hui et Demain nous montrent que vous vous sentez
très concernés par les problèmes politiques
mondiaux. Est-ce que cet album était un cri destiné
à réveiller les jeunesses françaises
?
TL : D'abord "Aujourd'hui et Demain" ce n'était
pas un album conceptuel, mais un ramassis de vieux morceaux
!
C'est peut être pour
ça qu'il est beaucoup plus punk rock ?
TL : Non, c'est surtout parce qu'il est mal enregistré
et puis c'est nous qui l'avons produit. On était
à la table alors cela a donné un album tout
à fait inaudible, mais qui s'est bien vendu car apparemment
les gens aiment bien ce qui est inaudible.
Comment s'est déroulé
le concert avec les Toy Dolls ? Avez-vous eu des rapports
amicaux avec eux ?
JP : On n'a eu aucun rapport. Si ! A travers la cloison,
et ça s'est bien passé. En fait la plupart
du temps ils n'étaient pas là !
TL : Par contre avec Condemned 84, qu'on avait vu, on a
eu quelques rapports plus développés. Mais
Toy Dolls on n'a pas eu le temps. Et puis on était
coincés dans les coulisses et dans la salle. Cela
dit c'était un très bon concert et j'espère
qu'il y en aura d'autres comme ça. C'est le premier
concert que j'ai vu et auquel on a participé, qui
ressemblait à un véritable concert de rock'n'roll
!
N'avez vous eu aucun problème
avec la reprise de "Lili Marleen" ?
TL : Ben non puisqu'on est encore là !
Non je veux dire des problèmes
de censure
TL : Le seul problème, c'est nous qui nous le sommes
posé car on avait la possibilité de faire
un 45t de "Lili" avec une diffusion gigantesque.
Et puis on ne l'a pas fait car on pensait que ce n'était
pas utile de le faire. Alors que ça s'avère
être un mauvais calcul parce que les radios sont toujours
intéressées par un groupe qui fait une reprise
d'une chanson qui n'est pas la leur. Tu prends Cyclope,
ils ont repris "l'hymne à l'amour" d'Edith
Piaf ; les Ablettes ont repris "tu verras" ; et
puis d'autres groupes comme ça. Le seul problème
écoutent le morceau, mais n'écoutent pas le
groupe !