Les tambours se sont faits moins guerriers, et le soleil
distribue généreusement ses éclats
sur le cercle qui tend leurs peaux... Ils m'avaient dit
"La Souris n'a plus la rage", je ne les avais
pas crus : je connais ces garçons depuis assez longtemps
pour savoir que ce vaccin leur a été inoculé
à vie. Je savais aussi qu'on n'était plus
en 79, et qu'un barouf brut de décoffrage irait au
gang de Paname comme un bomber et une paire de Doc à
Douste-Blazy. Donc, La Souris fait de la pop. Des slows
même : deux. Cela les range t'il pour autant dans
le tiroir sucré des Innocents, Affaire Luis Trio
et consorts ? Par vraiment, parce qu'ils ont à offrir
le nerf persistant d'une quasi-section de cuivres (deux
saxos), la voix de Tai Luc plus mélodieuse, mais
toujours bravache, et des harmonies qui ne nuisent pas à
la solide charpente de chansons bien carrées.
Pour le prix d'un album, vous avez en prime un billet avec
embarquement immédiat pour les extrêmes de
l'Orient : filles vénales, pouvoirs forts et résistances
armées. Sans oublier les délices de rencontres
épicées avec des Bardot cambodgiennes aux
charmes ensorceleurs. En dehors d'une escale en Roumanie
avec changement dans le RER et d'une carte postale rockabilly
du ghetto asiatique de Los Angeles, les 13 morceaux de "Tambour
et Soleil" empruntent les routes peu sûres mais
foutrement attirantes qui mènent à Pékin
en passant par les bouges de Patpong. Et croyez-moi, ça
aère.
Avec "Banzaï", LSD jouait les précurseurs
sur le front de la fusion rap/rock ; aujourd'hui, La Souris
revient avec un album plus facile à cadrer, mais
quand on a affaire à des gens qui ont traversé,
en vrai et à pied, le punk et l'Asie, on se tait
et on écoute ce qu'ils ont à raconter.