Les dix morceaux d'une vie
Tai Luc.
Qui mieux que le mystérieux et talentueux conteur
de La Souris Déglinguée pouvait démarrer
cette nouvelle rubrique de Rage ? LSD, le groupe-commando,
la voix de la "raya", le son des villes et l'appel
de l'Orient. Tai Luc à toi.
SLADE. Cum on Feel the Noize
Peut-être parce qu'il était disponible dans
tous les Prisunic de la banlieue parisienne. Ce n'est pas
mentir que de dire que ce vinyle de Slade a beaucoup tourné
sur nos mange-disques en 1973. Moi même, cette année
là, j'ai acheté à Carnaby Street, à
Londres, un tee-shirt à leur effigie, emballé
que j'étais par le martèlement des guitares
et la force des refrains du chanteur-hurleur Noddy Holder,
sorte de Little Richard version Albion.
ISAAC HAYES. Shaft
Sans avoir jamais été un fanatique de soul
music, mais à cause de cette intro guitare à
la wah-wah, il est impossible d'ignorer ce titre d'Isaac
Hayes que j'ai écouté initialement en 72 ou
73, lors d'une party londonienne chez mes correspondants
jamaïcains de Tooting Broadway. Par contre, j'ai oublié
le nom du slow (du même compositeur) que je dansais,
raide comme un piquet, avec Angela, coiffée Afro,
cette contemporaine adolescente des West Indies.
DEEP PURPLE. Woman from Tokyo
Cette chanson paradoxalement, me rappelle deux souvenirs
adolescents : la prof d'anglais du CES, toutjours en mini-skirt,
nous faisait écouter en plein cours ce quarante-cinq
tours "pop" (avec une face B extraordinaire, en
l'occurrence Black Night joué en public). Peut être
le morceau le plus juke-boxique de Deep Purple ! Et une
histoire d'amour avec une demoiselle du Soleil Levant même
sur fond de hardcore dinausorien, c'est définitivement
sympathique ! Et puis qui peut aujourd'hui, sans aucun montage
de racks d'effets, manier la stratocaster mieux que Ritchie
Blackmore ? Personne !
HENE VINCENT. Jump back Honey
jump back
Depuis longtemps, je savais qui était Gene Vincent
car mes parents mélomanes avaient acheté,
au début des années soixante, l'Extended-Player
intitulé Gene Vincent in Paris. Depuis, mon opinion
sur les "pionniers" est restée inchangée
: Gene Vincent est la plus belle voix de sa génération.
Autre remarque discriminatoire : les Blues Caps de 1956
sont le meilleur backing group de toute l'histoire du rock'n'roll.
FLAMIN' GROOVIES. Dog meat
Fin 1973, Bruno Caruso, vendeur à l'Open Market,
rue des Lombards, me fit cadeau d'une production Skydog,
le "Grease" des Flamin' Groovies. Rapidement intoxiqué
par une telle substance de qualité, je suis revenu
le week-end suivant acheter l'album Flamingo. En 75, j'étais
à l'Olympia avec JP pour voir et entendre le combo
san-franciscain mythique jour Dog Meat, mais ce soir là,
ils n'ont fait que des reprises des Beatles !
NEW YORK DOLLS. Vietnamese
babies
Vietnamese babies est, à mon humble avis, un morceau
important du répertoire des New York Dolls, écrit
par David Johansen. Il est tout à fait "synchro"
avec les derniers épisodes de la guerre américaine
au Viêt-Nam. Remarque personnelle : avoir été
"planqué" durant cette période n'a
pas empêché Bill Clinton de devenir Président
des Etats Unis. Est il possible d'imaginer l'ex-chanteur
des Dolls à la tête de la Maison Blanche ?
JOHNNY CAROL. Wild wild women
Interprété par Johnnu Caroll, à l'origine
intitulé Wild Wild Young Men et chanté par
Ruth Brown quelques années plus tôt. Johnny
Caroll qui est, je crois, originaire de Dallas, est revenu
à la surface grâce aux compilations Rare Rockabilly
Classics apparues sur le marché au milieu des années
soixante dix. Si j'affirme que Gene Vincent est la plus
belle voix de sa génération, par contre il
est indéniable que Johnny Caroll est à la
fin des années cinquante, le plus sauvage de tous.
Ecoutez le message : "wild wild women gonna have a
good time ! wild wild women lose my mind !", c'est
du rock mutant et psuchotique avant l'heure ! Une source
d'inspiration permanente pour Paul Fenech le Maltais et
les armées de Little John !
SHAM 69. They don't understand
Fin 78, le premier album des Sham est disponible à
Paris. Un putain de disque décapant, de l'eau de
javel, de l'acide chlorhydrique au niveau artistique. Joe
Strummer des Clash, qui a repiqué les plans provos
des Pistols inventés par Malcom Mac Laren, se fait
tout braquer par Jimmy Pursey qui lui laisse juste ses fringues
stylisées "Jackson Pollock". Jimmy Pursey,
cockney cow-boy originaire de Hersham et son groupe Sham
69, ont enregistré trois albums importants : Tell
us the Truth, That's Life et Hersham Boys. Jimmy Pursey,
excellent parolier et hurleur, s'est aussi fait connaître
sous le sobriquet de "purse-snatcher" (voleur
de bourse, à cause de son rôle de producteur
artistique des Rejects ? ndlr). Difficile de déterminer
laquelle des chansons de "Mesha" est la meilleure.
METEORS. Wreckin' Crew
J'avais raté pour cause d'obligation militaire les
concerts des Meteors aux Bains Douches et au Rose Bonbon.
Alors, collé au radio-cassette toute l'année
82 à la caserne du 1er R.I, j'ai écouté
les voix d'outre-tombe de Paul Fenech scander leurs psychoses
sur le rockabilly dénaturé. Wreckin' Crew
était la chanson la plus commerciale des chansons
anti-commerciales. Tous ceux qui étaient présents
au concert du Théâtre Soreno à Vincennes
n'ont jamais oublié le sens de cette cantilène
fénechienne.
MADE IN THAILAND. Carabao
Découvert en 84, grâce à un copain japonais
de l'ambassade, à Bangkok, il m'avait dit "ce
groupe devrait te plaire tant par la musique que par le
texte".
La musique : éthique
Le texte : satire sociale sur le royaume de Siam.