Une Souris en terre asiatique
Depuis seize ans, La Souris Déglinguée joue
au chat et à la souris avec son public. Plus chat
que souris d'ailleurs, à ses débuts, il y
a seize ans en pleine vague punk. Le premier 45 tours du
groupe avait pour titre Haine Haine Haine. Eloquent. Le
formation n'a jamais volé sa réputation subversive
et son appartenance au mouvement rock alternatif. Plus surprenante
est sa longévité. Et sa lente évolution
vers une autre musique. Banzaï voyageait au pays du
raï, après quatre ans de silence discographique,
Tambour et Soleil se ballade de reggae en ragga, en faisant
une halte dynamique au royaume du ska. L'on entend La Souris
sur toutes les ondes, via le sensuel Vénales Fiançailles
(Dieu créa la femme). Ils seront ce soir au Transbordeur,
à 20h30.
La Souris Déglinguée n'a rien perdu de sa
verve musicale. Ses mélodies aux rythmes souples,
peuplées de cuivres chatoyants, de l'orgue hammond
des sixties et de guitares aux sons exotiques sont l'atout
de l'album. Tout en évoluant vers des disques plus
produits, le groupe montre un vrai talent pour les refrains,
les airs entraînants et bien ficelés.
Mais le bel engrenage se déglingue du côté
des paroles. L'album se veut un hommage aux mystères
et aux charmes de l'Asie. La pochette reprend les couleurs
et les illustrations du drapeau des Karen, une minorité
ethnique à la frontière de la Thaïlande
et de la Birmanie, en lutte depuis 1948. Et les héroïnes
sont autant de femmes en sarong, de souris aux charmes épicés,
de princesses des rues aux yeux bridées, de Brigitte
Bardot (sic) cambodgiennes. On en dépasse guère
les clichés de l'évocation des nuits troubles
dans les soï (ruelles en thaïlandais). Un exotisme
de bas étage. On se croirait revenu au temps d'Indochine,
l'humour en moins.
Reste que côté scène, La Souris arrivera
sans doute avec son efficacité bien connue à
transporter le public. Avec une première partie intéressante,
Marousse, issue de la deuxième vague du courant alternatif,
et emmené par l'ex chanteuse de la Marmaille Nue.