En treize ans d'existence et d'explorations musicales La
Souris Déglinguée a su conserver sa formation
originale et son esprit fédérateur. Au début,
leurs histoires de camaraderies évoquaient les armées
des rues avec toute l'ambiguïté qui en découle.
Pourtant, rarement chez un groupe, la démarche n'a
été aussi franche. Unique représentant
crédible du "Parti de la Jeunesse", La
Souris Déglinguée persiste et signe à
travers son septième album piochant sans vergogne
dans le vivier rap-ragamuffin.
Taï-Luc explique : "en 79, la musique on l'a volée
au punk, on est allé voir Oberkampf en concert et
on s'est dit : " C'est bien mais on fera mieux, et
à leur place ". En 90, on fait pareil mais on
ne vole pas la musique aux mêmes. Sinon l'essentiel
de "Banzaï" c'est l'esprit et le sujet des
chansons ; les pulsations raggamuffin ou la manière
d'amener la voix sont secondaires, idem pour les samplers
que l'on peu utiliser maintenant que la production est moins
clocharde".
Les rapports de La Souris avec l'Asie ne datent pas de la
dernière mousson. Outre "Cur de Buddha"
(paru en 81 sur une compil New Rose), dès 80 Hervé
Philippe, "responsable de la production du groupe en
amont de la musique", s'y est rendu pour porter des
oranges à un ami, héros involontaire de la
chanson "Bangkok". La Souris proposera sous peu
la vidéo de ce morceau tournée en Thaïlande,
ainsi qu'un second clip ("Rangoon-Lhassa") dont
le montage est quasi achevé. "Une vidéo
d'actualité puisque tombant en même temps qu'une
résolution de l'O.N.U condamnant la présence
de la Chine au Tibet ainsi que la politique de la Birmanie
envers ses communautés ethniques".
NTM / Alternatif : "A l'époque (avril 90) de
notre collaboration, on préférait donner sa
chance à un groupe de rap qu'à un groupe alternatif
parce qu'on n'a aucune affinité avec ces gens qui
nous ont toujours traité comme si on était
d'abominables hommes des neiges. En prenant NTM en première
partie à l'Olympia, on a contribué à
enterrer ce dit mouvement et ça me réjouit
particulièrement. L'alternatif c'était la
négation du punk (des groupes comme Wunderbach, Oberkampf,
ou nous) par un engagement pseudo politique qui m'a toujours
fait très chier".
Pourtant moult combos apparentés alternatifs peuvent
revendiquer l'héritage Souris par exemple, pour l'utilisation
forcenée des cuivres ou parce qu'ils furent les premiers
à métisser leur punk-rock d'influences psycho-rockab',
rythm'n'blues, jazzy, ska, funk au fil des sept albums.
C'est très certainement à cette constante
évolution que La Souris doit d'être un groupe
phare de notre hexagonal rock. Cette attitude on ne peut
plus réfléchie se traduit par des réunions
extra-répètes dans le but avoué de
définir la stratégie du groupe et de gérer
son image, ce qui n'exclue pas l'escapade solo. "En
août 88, j'ai joué à Lhassa au Tibet
des morceaux de La Souris avec des autochtones, ce n'était
pas prémédité. C'est mieux que tous
les Top 50 du monde, à 4000 mètres, t'es au
dessus de tout. Le jour où j'ai fait ça, j'ai
tout eu d'un coup".