En 1979, les médias et le monde branché
des rockers nous inonde d'une nouvelle vague de groupes français
: Edith Nylon, Taxi Girl, Suicide Roméo, Modern Guy,
Artefact, Minuit Boulevard, 12°5, Lili Drop, ou encore
Marquis de Sade. Mais personne ne parle de La Souris Déglinguée,
un gang de banlieusards qui pourtant profite d'une certaine
notoriété dans le milieu punk rock alternatif
avant l'heure ! En répondant présent à
chaque sortie de disque ainsi qu'à chaque concert,
voici la grande histoire d'une Putain de Zone.
De 1973 à 1975, Taï Luc, qui habite à côté
du terrain d'aviation militaire de Vélizy-Villacoublay,
est en classe au Lycée Hoche de Versailles, celui où
Boris Vian fut étudiant. Sur les bancs de sa classe
il se fait des camarades, dont Jean-Pierre Triquet et Jean-Pierre
Mijouin. Ils passent la plupart du temps ensemble à
écouter de la musique. Jean-Pierre Triquet, qui un
frère ainé qui achète des disques, leur
fait découvrir le Blues au travers de John Lee Hooker,
Muddy Waters, mais aussi des trucs plus rythmés avec
les premiers disques des Rolling Stones ou encore Canned Heat.
Jean-Pierre Triquet à l'harmonica, déjà
marqué par cette musique, influencera et éduquera
Jean-Pierre Mijouin à la guitare. En effet, avec Taï
Luc, tous les trois forment les prémices de La Souris
Déglinguée, nom qu'ils écrivent une première
fois sur la buée d'une fenêtre d'un café
en délirant autour des lettres LSD. Ils ont très
peu de matériel, mais cela n'est pas grave, ils s'amusent
comme des fous. Dans les moments plus calmes, ils lisent les
articles de Yvan Adrien dans Rock & Folk et de Patrick
Eudeline dans Best. Ils sortent pour aller voir des concerts
et sont fortement marqués une première fois
par le gig de Docteur Feelgood (avec en première partie
Little Bob Story) au Bataclan à Paris en 1974. Pendant
les vacances scolaires, Taï Luc s'expatrie souvent à
Londres chez des amis jamaïquains. Là bas il écoute
de tout, et plus particulièrement le MC5 ou les New
York Dolls. De retour chez lui, Taï Luc retrouve ses
amis. Le cercle s'agrandit puisque Xavier Verken s'amuse à
la batterie (aujourd'hui il joue aux Percussions de Strasbourg),
tandis que Philippe Tardet devient leur premier manager. Les
sorties nocturnes se suivent et se ressemblent, sauf un soir
du mois de mai 1976, Taï Luc prend une claque en voyant
le concert de Crazy Cavan au Théatre de la Renaissance
à Paris. Le côté rock'n'roll puriste l'emballe
complètement. A cette époque, les répétitions
qui se passent dans la chambre de Taï Luc, sont empreintes
de vieux rocks de Eddie Cochran, Carl Perkins.... Sylvain
Fabre, un ami de plus, participe comme chanteur de La Souris
Déglinguée, mais il est vite mis à l'écart
pour causes de passions et d'envies de voyages trop envahissantes
!!! Les premiers "concerts" sont donnés chez
les parents de Jean-Pierre Triquet, ce qui entraîne
quelques problèmes de voisinage divers. Les temps sont
difficiles en cette fin d'année 1976. Les quelques
premières divergences font éclater le groupe,
et Jean-Pierre Triquet quitte Versailles pour aller à
Orléans. Ses goûts étaient trop marqués
de rythm'n'blues par rapport à ceux rock'n'roll du
reste de La Souris Déglinguée. A Orléans,
il ne perd pas de temps,et rencontre des amis musiciens. Après
quelques temps de répétitions, les Civils-Radio
(ex-Important) naissent pour enflammer la scène orléanaise.
Jean-Pierre est toujours à l'harmonica, avec Camille
au chant, Gérard à la basse, et Gégéne
à la batterie, le tout sous l'influence de Dr Feelgood
- Undertones chauffés à blanc. Ils iront jusqu'à
faire une tournée française en première
partie des Fleshtones en 1984, après avoir sorti un
album "404" (Romance 28002) mixé par Jean-William
Thoury de Bijou, et deux 45ts : un autoproduit avec "jusqu'à
minuit" et un promo avec "404". Les Civils-Radio
sont encore à l'honneur sur la compilation "Romance
13", avec le titre inédit "la haine",
aux côtés des Coronados, Doc Lebrun, Hot Pants
(futurs Mano Negra avec ici la première version de
"Mala Vida") et bien d'autres. Le groupe se disperse
deux ans plus tard, Jean-Pierre Triquet nous quitte, lui,
un soir de mars 1987 !
Mais revenons en ce début 1977 à Versailles,
avec Taï Luc et Jean-Pierre Mijouin qui se trouvent dans
un moment de flottement. En mars, à Pâques, nos
deux compères traversent la Manche et montent à
Londres en plein effervescence musicale. Un soir ils se rendent
au Nashville Rooms pour aller voir 999 et Jam. Rien que le
temps de 999, c'est la grande claque, et au bout d'un quart
d'heure de Jam, ils ressortent complètement abasourdis.
C'est le déclic, dès leur retour ils décident
de jouer à tout prix, dès que l'occasion s'en
présentera. Taï Luc (chant et guitare) et Jean-Pierre
Mijouin (guitare) répètent avec deux amis, Rico
(basse) et Michel Romagnoli (batterie). La fin 1977 et l'année
1978 sont donc occupées par les répétitions
et l'occasion de voir beaucoup de concerts, notamment au Golf
Drouot. C'est en ces lieux que Taï Luc propose à
Henri Leproux, le directeur, de faire jouer son groupe : La
Souris Déglinguée. Taï Luc acquiert la
confiance de celui-ci et La Souris Déglinguée
passe sur le tremplin en décembre. Tremplin qu'ils
ne gagneront pas, mais ce n'est pas grave, nos compères
étaient là juste pour monter sur scène,
pour jouer, pour vomir leurs sensations et leurs influences
très diverses : Sham 69, Vince Taylor, Clash, MC5,
Edith Piaf, Shadows, Slade, Eddie Cochran, Ramones, Black
Flag, Asphalt Jungle, Avengers, Dils... Quels souvenirs !
Peu de temps après, début 1979, Michel Romagnoli
est viré du groupe, car le rock'n'roll n'est pas vraiment
sa tasse de thé. Le problème de La Souris est
qu'il leur faut absolument trouver un nouveau batteur, et
cette fois-ci, un qui reste. Taï Luc et Jean-Pierre vont
déposer une petite annonce à Star Music, en
espérant dégotter un batteur qui frappe comme
Bobby Clarke. Après l'essai de plusieurs, dont certains
jouent même pieds nus, Jean-Claude pointe le bout de
son nez. Celui-ci a joué dans un autre petit groupe,
les Rocking' Lou, très twist-rock, qui ont sorti un
45t avec la reprise "wake up little suzie" des Everly
Brothers. Taï Luc et Jean-Pierre Mijouin , en garçons
hypocrites, repèrent rapidement, pour l'occasion, que
Jean-Claude a une voiture. Quelle aubaine, celui-ci pourra
même trimballer sa batterie, instrument très
encombrant. Les rendez-vous est pris pour la prochaine répétition.
Taï Luc (chant et guitare), Jean-Pierre Mijouin (guitare)
et Rikko (basse), cachent ce qu'ils désirent vraiment
jouer à Jean-Claude Dubois (batterie), en reprenant
du blues et du rock'n'roll à la Chuck Berry. Tout va
bien. Mais deux jours plus tard, Taï Luc et les siens
lui font voir la vraie face de La Souris Déglinguée,
il y a bien sûr des titres typés rock'n'roll,
mais il y a aussi leurs premières compositions personnelles,
comme "que vont-ils devenir ?", ou "planète
Marx" (qui deviendra "banlieue rouge"), des
morceaux qui sonnent plus punk que rock'n'roll. Jean-Claude
décide de rester tout de même, et c'est tous
les quatre qu'ils donnent un premier concert en banlieue parisienne,
à Sarcelles, au forum des Cholettes, devant un parterre
de copains venus du Gibus Club et du Golf Drouot. La Souris
se produit ensuite pour un concert (interdit) dans un lycée
non loin de la place Clichy, avec un autre groupe punk parisien,
Gare Du Stade (les futurs Ici-Paris, puis le Baron et Houlala).
Ils se connaissent bien, puisqu'ils partagent à l'époque
(printemps 1979) les mêmes locaux de répétitions,
avec également le combo niçois Mistral (futurs
Ménage A Trois). La Souris déménagera
de studio en fin d'année, pour aller au Quai De La
Gare, là où répète le tout nouveau
groupe Indochine. Il est temps maintenant pour eux d'attaquer
les galas en province, et ce, par la connection Jean-Pierre
Triquet à Orléans, qui connaît un copain
organisateur de concerts, dénommé Dominique
Revert. Celui-ci, emballé par l'écoute d'une
cassette demo, est d'accord pour leur permettre d'assurer
la première partie de Bijou à Orléans
au mois d'avril. Ce sera là leur premier vrai concert
! Quinze jours plus tard, ils jouent à Lusseaux, cette
fois-ci en première partie de Starshooter. A chaque
fois ils sont bien acceuillis par le public avide de découvrir
la nouvelle scène française. D'ailleurs, l'été
s'annonce chaud, les festivals pullulent aux quatre coins
de la France. Encore une fois, c'est Orléans qui se
fait montrer du doigt. Dominique Revert n'a pas oublié
le bon set de La Souris Déglinguée deux mois
plus tôt, c'est ainsi qu'il les rappelle pour sa programmation
du festival Rock Orléans 79 à la patinoire.
Peut être pour les décider plus facilement, il
les avertit que Sham 69 sera de la fête. Ceux-ci ne
viendront pas, mais La Souris par contre sera présente,
pour le meilleur et pour la galère, car venus dès
le vendredi soir pour la balance, les amplis qu'ils laissent
sur place, auront disparus le lendemain matin ! La nuit du
samedi au dimanche est très longue, les groupes se
suivent et Taï Luc et ses camarades s'impatientent. Avec
la complicité de tous leurs amis, ils prennent d'assaut
la scène à quatre heures du matin, juste après
les Stinky Toys, et avant le Good Time Charley Band et Little
Bob Story, la nuit finissant fort tard avec les Dogs. Il va
sans dire que La Souris fait un tabac, les fans nés
de leur premier passage, deux mois auparavant, plus tous leurs
copains, leur offrent une ambiance délirante. La Souris
hurle dans ses compositions contre le racisme, les flics,
les beaufs, tout en n'oubliant pas de ponctuer leur gig de
quelques reprises, dont ce "blue suede shoes" de
Carl Perkins que Jean-Claude adore ! Ou encore "let's
get together" d'Eddie Cochran. Le public orléanais
sera marqué à jamais par ces passages explosifs.
De retour à Paris, La Souris Déglinguée
se produit souvent au Gibus et va régulièrement
chanter dans les squatts. Leur audience grossit de jour en
jour, mais malheureusement, Jean-Pierre Mijouin doit partir
à l'armée en cet automne 1979. Hervé
Philippe, leur copain manager, a alors peur pour l'avenir
du groupe. Aussi il décide de casser sa tirelire pour
éditer un 45ts qui laisserait au moins une trace de
La Souris Déglinguée. Sitôt dit, sitôt
fait. Le 1er octobre 1979, le simple "garçon moderne"
/ "haine haine haine" sort sur le label occasionnel
Merjithur à 500 exemplaires, avec une pochette blanche
sur laquelle est inscrit au tampon rouge : La Souris Déglinguée.
Autant dire qu'aujourd'hui, ces copies sont très difficiles
à se procurer, car détenues par les plus fans
des fans. Plus tard, Radio 7, à Paris, programme assez
souvent ce 45ts. Comme La Souris doit absolument jouer pour
faire preuve de son existence, c'est Jean-Pierre Triquet qui,
durant l'absence de l'autre Jean-Pierre, vient souffler dans
son harmonica, si bien que des titres comme "jeunes voleurs",
"Jaurès-Stalingrad", "quand je m'emmerde"
ou "week end sauvage", bénéficient
d'une coloration blues. C'est également à cette
époque que Olivier Claisse, le barman du Rose Bonbon
à Paris, devient leur ami photographe attitré.
C'est lui qui dorénavant fournira la plupart des clichés
pour les futures pochettes de disques de La Souris Déglinguée.
L'absence de Jean-Pierre Mijouin n'empêche pas La Souris
de parcourir de plus en plus la France et de faire une première
partie remarquée des Fanatics au festival de Bourges
en avril 1980. Ils interprètent déjà
des titres comme "Marie-France" et "Salue
les copains", qui ne seront enregistrés que
bien plus tard. A la rentrée, en septembre 1980,
le groupe reprend sa formation habituelle ; Jean-Pierre
Triquet retourne jouer
avec ses copains orléanais, tandis que Jean-Pierre
Mijouin réintègre La Souris aux côtés
de Rico, Jean-Claude et Taï Luc. Ils sont de nouveau
prêts à nous éclater la tête
avec leur rockn'n'roll mélangeant les rythmes
de Gene Vincent et Bill Haley avec une dose de folie
punkoïde. Dans leurs
concerts de cette fin d'année, La Souris ajoute du
reggae et du ska à son répertoire et leurs
chansons
"Gretel K.", "Yasmina (petite arabe)",
"Haine, haine, haine", "week end sauvage"
ou "jeunes voleurs", ont pour toile de fond la
vie sociale de tous les jours, pris sur un tempo fou.
Enfin le premier grand rendez-vous parisien est attendu pour
le 7 janvier 1981 à l'Opéra Night. Plus de 500
copains de Paris et de banlieue se sont donnés rendez-vous
pour cette soirée endiablée. Tout commence fort
bien, leur public connaissant par coeur les paroles de leurs
compositions, en effet, même s'il n'existe rien sur
vinyl, à part le simple, les fans ont tous la cassette
des premiers titres, ainsi que les reprises qu'ils interprètent
pour la dernière fois ce soir, comme ce "Folsom
Prison Blues" de Johnny Cash, car dorénavant ils
ne joueront que leurs propres morceaux. Mais le gig se solde
par une bagarre générale, et les médias
toujours à l'affût du scandale en profitent immédiatement
pour montrer du doigt La Souris Déglinguée,
soit disant fauteurs de troubles et porte-drapeaux de jeunes
gens à caractère plutôt "nationaliste
fascisant" !!! Par cette publicité inattendue
et aberrante à la fois, La Souris Déglinguée
est dès les semaines suivantes, connue dans le monde
entier : la France. Pour la petite histoire, ils donneront
un concert quinze jours plus tard à la Mairie du 19ème
arrondissement de Paris, au dessus de la salle des képis,
cette fois-ci sans problème, mais là, les médias
sont absents !!! Pas grave, Taï Luc remerciera tous les
copains venus voir La Souris Déglinguée. Salut
la Nation.
Le groupe est de plus en plus demandé, et les 27 et
28 mars 1981, il est dans le sud de la France pour les festival
Toulouse On The Rocks. Tout est prévu, même les
nouvelles stars françaises du moment, comme les parisiens
de Diésel au milieu des Stilettos (de José Ruiz),
Lili Drop, Little Bob Story et bien sûr La Souris Déglinguée.
Devinez qui fait le carton de la soirée devant 5000
personnes ? LSD bien sûr ! Mais les temps sont difficiles
à Paris, et La Souris, plus ou moins interdite, arrive
tout de même à se produire en première
partie des irlandais Stiff Little Fingers, en cette fin d'année
1981. Taï Luc n'est pas là, pour cause de service
militaire, lors de ce concert tumultueux, mais leur public
est lui toujours présent. Coïncidence amusante
qui marque néanmoins la parution de leur deuxième
rondelle vinylique en décembre. Cette fois-ci il s'agit
d'un album édité sur le nouveau label du magasin
parisien New Rose, grâce à un copain, Denis Wolf,
qui leur a fortement conseillé de signer avec cette
compagnie. La pochette est plus noire que blanche. La photo
du recto est un éloge aux fans qui bombent le nom de
leur combo préféré sur le dos de leur
blouson, ici La Souris Déglinguée. Au verso,
on découvre le groupe au complet, dans la pénombre,
avec les titres inscrits en tout petit, en haut de la pochette.
Sur l'encart intérieur, les paroles sont imprimées
afin de reprendre tous en choeurs chaque refrain appris par
coeur. L'album raconte la vie de cette "putain de zone"
dont Taï Luc est tombé amoureux. On retrouve avec
joie cette chanson interprétée depuis leurs
débuts, "petite arabe" rebaptisée
en "Yasmina P.A". Le morceau "jeunes voleurs"
mis en boîte en même temps que le 33T, est commercialisé
quelques mois plus tard sur la compilation "New Rose
14 titres 7 inédits". La Souris figure ici aux
cotés des Saints, Warum Joe, Gun Club... Mais n'ayez
pas d'inquiétude car la version compact du premier
album, rééditée en 1988, contient ce
morceau fort ravageur, et pourtant enregistré sur seulement
deux pistes à l'époque.
Le public attend de nouveau La Souris sur scène, depuis
le début de l'année la formation répète
dans une cave du Boulevard Sébastopol, aux côtés
de Corazon Rebelde, et c'est le 29 janvier 1982 qu'ils font
leur grand retour dans la capitale aux côtés
d'Oberkampf. Le concert prévu au Bataclan est reporté
à la Mutualité par manque de places, leurs fans
étant de plus en plus nombreux. Un an après
les méfaits de l'Opéra Night, les médias
n'ayant pas arrêté leur travail de sape, une
partie du public s'est donné rendez-vous pour carrément
foutre le bordel, ce qui occasionne malheureusement quelques
turbulences. Mais le concert se déroule tout de même
normalement et le combo est enfin prêt pour sa première
tournée française d'avril 1982. La Souris Déglinguée
a vraiment le vent en poupe, les lecteurs de Best les ont
plébiscité dans les meilleurs groupes espoirs
de l'année 1981. Taï Luc et les siens préparent
un second album sur Kuklos, un nouveau label fondé
par le chanteur de variétés Daniel Guichard.
De toutes façons, les grosses compagnies auraient été
trop lentes pour sortir rapidement leurs nouveaux morceaux,
et de plus, la formation traîne, malheureusement, une
certaine réputation. C'est donc un mini-album 6 titres
"une cause à rallier", qui est mis en vente,
même dans les grandes surfaces, en juin 1982. La pochette
est luxueuse puisqu'elle s'ouvre avec une magnifique photographie
de mômes pleins de vie. Par contre La Souris Déglinguée
apparaît figée derrière un grillage, symbolisant
tout un climat. "La Varsovienne", chant révolutionnaire
russe, est ici revu par La Souris. Les cinq autres morceaux
parlent de la jeunesse, des filles, de la banlieue et de la
France où l'on vit. Mais la promotion reste faible
et le fait assez nouveau de trouver un album de la Souris
perdu au milieu de la grosse cavalerie dans son supermarché
n'apporte pas un plus flagrant. Les fans l'auront tout de
même acheté car ils ne manquent aucun titre de
leur groupe préféré. Ils s'offrent même
le 45t extrait de ce mini 33t, qui reprend "Varsovienne"
et "une fille dans la rue", avec la même pochette
recto, sauf pour l'échantillon promotionnel qui bénéficie
d'un dessin. C'est une jolie pièce à se procurer
pour les fanatiques.
Après les vacances 1982, La Souris Déglinguée
réapparaît en concert, mais souvent sans Taï
Luc. C'est Marco au chant, du groupe ami parisien Wunderbach,
qui rejoint La Souris pour un concert mémorable à
Pontoise. Début octobre, Taï Luc arrive tout de
même à s'échapper de la caserne, le temps
d'enregistrer une interview avec ses compères pour
l'émission télévisée d'Antenne
2 Les Enfants Du Rock d'Antoine Decaunes, qui est diffusée
le 4 novembre 1982, avec le passage de l'instrumental "sortie
de garage" (à la "wipe out" déglinguée)
et "que vont-ils devenir ?" enregistrés lors
du concert du 7 octobre, en première partie de Gun
Club au Palace à Paris.
La Souris répète même carrément
sur scène cette fois-là, puisqu'ils refont trois
fois "une fille dans la rue". A la fin de l'année,
Taï Luc finit son temps de bons et loyaux services qu'il
n'aura pas trop mal digéré, malgré l'absence
de filles dans le train de retour à la caserne ! A
peine libéré, il décide de prendre des
vacances avec une camarade. Il ne sera de retour en France
qu'en mars 1983. En août, pendant que vous et moi sommes
en vacances, La Souris Déglinguée rentre aux
studios Garage à Paris, afin de préparer son
nouvel album. Fait nouveau : le groupe s'est agrandit d'une
personne avec le saxophoniste Michel De Donaneschingen. Mais
il a dû payer cher cette entrée, Michel a dû
"donner" sa soeur Sylvie (titre de l'une des chansons
de la formation Rennaise Marc Seberg), qui vient de quitter
la ville de Rennes et Philippe Pascal (chanteur de Marquis
De Sade), au frère du photographe de La Souris, Olivier
Claisse ! Michel arrive bien évidemment de Rennes également,
celui-ci répète souvent avec Philippe Herpin,
le saxo de Marquis De Sade. Mais il se souvient surtout de
ses vacances à Lorient chez ses parents, où
ils jouaient pendant des heures avec Philippe Pascal au piano,
chantant dans un style proche de Bauhaus. Après toutes
ces étapes, Michel intègre La Souris Déglinguée,
qui grave son nouvel album "aujourd'hui et demain"
sur un nouveau label. En effet, les ventes chez Kuklos ne
se sont pas révélées à la hauteur
des espérances pressenties. C'est donc chez Celluloid
que La Souris Déglinguée nous présente
quinze titres vivifiants dans une pochette pour la première
fois en couleur, avec une photo de Pierre-René Worms,
présentant au recto Taï Luc, Jean-Pierre Mijouin,
Rikko et Jean-Claude. Michel n'est pas en photo, mais est
cité au verso, ainsi que Jean-Pierre "Civils Radio"
Triquet à la Heineken et à l'harmonica ! Sur
le morceau "Marie France", c'est Marie Alcaraz qui
prend place au chant, quel plaisir de retrouver la chanteuse
d'Ici Paris avec sa petite voie si excitante ! Les filles
sont à l'honneur, car c'est Eliane de Nancy qui interprète
"Lili Marleen" (Mona Soyok de Kas Product -avec
qui La Souris Déglinguée sont amis- avait été
pressentie, mais elle refusa au dernier moment. De son côté,
Philippe Constantin des Editions Clouseau aurait bien vu Catherine
Ringer des Rita Mitsouko, alors pratiquement inconnus en cette
fin 1983). "Aujourd'hui et demain" se vend fort
bien, et ces même Editions Clouseau aimeraient voir
leur reprise de "Lili Marleen" paraître sous
forme de 45t afin de devenir un tube. La mode bat son plein
avec "tu verras, tu verras" par les Ablettes, d'après
le hit de Claude Nougaro, mais les membres de La Souris refusent
d'office ce projet. Ils préfèrent une composition
personnelle. Le résultat est là, il n'y aura
aucun simple d'édité. Dommage car la chanson
"Marie France" passe bien sur Europe 1. La tournée
française qui va de Pontarlier à Bordeaux, en
passant par Montpellier, débutée en même
temps que la sortie de l'album, se déroule fort bien,
car le public qui se déplace, ne vient pas par hasard,
mais par connaissance de tous les titres, sauf pour les nouveaux
morceaux comme "Dernier pogo à Paris" ou
"Maximum swing". A défaut de faire la couverture
de Best ou de Rock'N'Folk, la Souris fait celle du N°21
de novembre 1983 du meilleur des fanzines de l'époque
On N'Est Pas Des Sauvages. La tournée se termine en
apothéose avec le retour de la Souris à Paris
au théâtre du Forum des Halles tandis que les
vinyls addicts se procurent en cette fin d'année la
compilation "WW" où apparaît l'inédit
"as tu déjà oublié", aux côtés
des chansons de Oberkampf, des Goulues, Strahler, Ausweis...
Puis le 29 février 1984, La Souris Déglinguée
donne un concert mémorable à Lyon au West Side.
Cela faisait quatre ans qu'ils n'étaient pas venus,
imaginez le délire ! Les parisiens retrouvent le groupe
à l'Eldorado pour un spectacle organisé par
le label WW le 31 mars et plus tard en juillet dans une casse
de voitures (décors particulier) en banlieue parisienne,
à Aubervilliers. A cette occasion, leur ami du début,
Sylvain Fabre, apparaît sur scène au coté
des membres de La Souris, le temps de chanter "there
she goes again", une reprise du Velvet Underground. Hervé
Philippe, le manager qui a tendance à trop parler,
raconte un peu partout que Taï Luc et lui pensent que
ce serait bien sympathique de regrouper sur un album plusieurs
morceaux du Velvet repris sur scène par divers groupes
français. L'idée se promène tellement
qu'elle aboutit par on ne sait quelle hasard, avec la compilation
"les enfants du Velvet", parue en 1985, mais sans
La Souris Déglinguée qui est priée de
ne pas y participer ! C'est en octobre 1984 que le groupe
rentre en studio d'enregistrement au Studio Garage, en vue
de réaliser leur nouveau 33t "la cité des
anges", qui sort un peu avant les fêtes de Noël,
toujours sur Celluloid. C'est un mini-LP qui nous est présenté,
avec sept titres dont "St sauveur" en versions chantée
et instrumentale. La face A débute par le morceau phare
"la cité des anges", qui donnera probablement
des idées au "parking des anges" de Marc
Lavoine ! Taxi Girl écoute également beaucoup
cet album, qui les influencera pour faire "aussi belle
qu'une balle". "Irina blues" est gravé
ici, mais cette composition avait été mise en
boîte à l'origine pour un projet de film slave
qui n'a jamais été réalisé. Plus
loin "soldats perdus" est joué sur un rythme
très swing qui augure de nouveaux thèmes musicaux.
Ensuite un titre lent "nostalgique" surprend au
premier abord, car une ballade chez La Souris, ça n'arrive
pas tous les quatre matins. Je pense que Renaud a dû
lui aussi plus qu'écouter ce "nostalgique"
pour la chanson "la mère à Titi".
En 1985, La Souris fait peu parler d'elle si ce n'est que
leur manager Hervé Philippe quitte ses camarades. A
la fin de l'année, Taï Luc, de retour de Thaïlande,
est de nouveau en studio avec ses copains pour enregistrer
"aucun regret" pour le label Gougnaf Mouvement qui
édite la compilation "les héros du peuple
sont immortels" où se retrouvent OTH, les Thugs,
Parabellum, les Rats, Porte-Mentaux... chacun offrant sa chanson.
Nous sommes vite en 1986 où Vuillermet contacte La
Souris Déglinguée pour l'enregistrement d'une
télé destinée à faire voir le
rock indépendant. L'émission sera diffusée
bien plus tard, et en deux parties, avec La Souris, Bérurier
Noir, Parabellum, Los Carayos, Pigalle... Puis c'est le rendez-vous
manqué du samedi 12 avril 1986 pour le concert Rock
A L'Usine à la Croix de Chavaux à Montreuil,
avec La Souris Déglinguée en tête d'affiche,
entourée de deux groupes, les Alice Lovers et les Satellites.
Mais l'Usine ayant été murée la veille
au soir, c'est la police que le public rencontre comme comité
d'accueil, qui devient plutôt violent. Du coup, le concert
est repoussé au 7 juin 1986, au Cirque d'Hiver. Le
21 juin, pour la fête de la musique, La Souris Déglinguée
joue sur un camion, Place de la République à
Paris, après quoi ils vont au Trocadéro donner
un autre gig au milieu d'une multitude d'autres formations
françaises. Durant l'été, alors que La
Souris est en semi-vacances, Michel, le saxophoniste, donne
un coup de main au groupe punk de Limoges, Raff, qui sort
son 33t "six balles pour un colt", sur le label
éphémère 77 Records.
En septembre, La Souris Déglinguée quitte son
local de répétition du Quai de la Gare, pour
rentrer au studio Davout, Porte De Montreuil, afin d'enregistrer
les titres de leur futur album. Et quelle surprise, encore
une fois en fin d'année, le 33t "Eddy Jones"
offre un recto de pochette assez inattendu. C'est un dessin,
très propre, de Philippe Bertrand, où apparaît
une souris, bon chic, bon genre, entouré dans un cadre
blanc. Quelle classe ! Cela change des pochettes plutôt
sombres auxquelles La Souris nous avait habitué. Demi-surprise
également, lorsque l'on pose l'album sur sa platine,
"Eddy Jones" est une chanson très jazzy et
très amusante. Le titre suivant "kamikaze rock"
est sûrement fait pour ne pas oublier les parties à
100 à l'heure. "La nuit sera blanche" est
un hymne au temps. Plus vous vivez le jour longtemps, plus
la nuit est blanche, quelle logique fantastique ! La Souris
s'amuse vraiment aussi avec un ska "jamais jamais"
et un morceau plutôt reggae "nouvelle aube",
enfin, n'oublions pas le rockabilly-boppé-speedé
de "dernière chance". Le dernier titre est,
lui, un hymne supplémentaire à la jeunesse twistante
du début des années 60, ou jeunesse tout court,
comme sait si bien en traiter Taï Luc dans chaque album.
Twist. C'est encore sur un nouveau label, Blue Silver, qui
presse "Eddy Jones" et qui offre un 45T promotionnel
sans pochette aux radios avec "la nuit sera blanche"
et "en Indo-Chine". Petits veinards. Moins de chance
pour la composition "an 2000", mise en boite pendant
les séances d'enregistrement de l'album, mais qui n'est
pas gravée. Puis La Souris est programmée dans
la semaine du Rock au Rex en janvier 1987, avec Cyclope qui
passe en première partie. Les autres soirées
sont occupées par Blessed Virgins, les Ablettes, Jad
Wio.... mais la nuit la plus folle et la plus remplie est
celle avec La Souris Déglinguée, qui ne profite
pourtant pas d'un soutien radio Top 50, comme le groupe Canada,
qui, malgré l'entrée gratuite, ne fait pas vraiment
recette ! Concert mémorable un mois plus tard, le 6
mars 1987, au Fahrenheit de la MJC d'Issy-Les-Moulineaux,
où la salle est presque trop petite pour eux. Le 28
mars, La Souris se retrouve cette fois-ci dans une grande
salle, puisqu'ils attérissent au zénith à
Paris, avec OTH et Betty's Boob pour les états Généraux
du Rock, devant un public de 3500 rockers.
Début avril, La Souris et tous les copains sont attristés
par la mauvaise nouvelle : Jean-Pierre est parti sans nous
dire adieu. Taï Luc et les autres se rendent à
Orléans pour lui dire une dernière fois au revoir.
Mais la vie doit continuer, et ceux qui avaient raté
l'album "une cause à rallier", peuvent profiter
de la réédition par Celluloid-Mélodie.
La pochette, qui s'ouvrait à l'origine, devient simple,
si bien que la photo des gamins a disparue. En octobre, La
Souris Déglinguée repart en tournée à
travers la France après la série de concerts
donnée en juin avec un intermède aux Francopholies
de La Rochelle le 13 juillet 1987. La fin de l'année
reste calme puisque cette fois-ci, pas d'album prévu
pour Noël ! La seule trace vinylique apparaît sur
la compilation "mon grand frère est un rocker"
en janvier 1988 sur la marque Boucherie Productions. Le titre
choisi, "jeunes seigneurs", qui était sur
le 33t "New Rose 14 titres, 7 inédits", épuisée,
est ici remis à jour. La Souris figure au côté
de douze autre groupes français : les Wampas, les Garçons
Bouchers, Antoine des Dogs, Parabellum... La Souris participe
ensuite avec OTH, Noir Désir, Porte Mentaux, Kent....
à une nouvelle semaine de Rock en France, qui amène
tout ce petit monde dans huit villes, du 23 janvier au 6 février
1988. Tout se passe particulièrement bien jusqu'au
mois de mars. La Souris signe chez Musidisc pour un 33t. Après
avoir mis quelques titres en boite au Studio Parissign à
Paris, Taï Luc, Jean-Pierre, Jean-Claude, Rikko et Michel
s'envolent vers le Canada avec Noir Désir, OTH, les
Garçons Bouchers, Gilles Tandy, Gamine, les Young Gods...
Pour un festival à Montréal représentant
le rock français. Les souvenirs s'entassent à
vitesse grand V, car la ville offre une toute autre dimension
et les rencontres se multiplient très rapidement. Quel
voyage. En revenant, c'est un super 45t quatre titres, qui
est édité en avant première de l'album,
en juillet, juste pour les vacances. Il est même pressé
en compact-disc single. Le morceau "quartier libre",
est une sorte de funk-rock puissant avec un plus gros son
qu'à l'habitude. "Camarades" est une vraie
déjante, et "seul sur la muraille" un hit
potentiel d'ailleurs diffusé sur la bande FM. L'album
suit en septembre, c'est "quartier libre" qui donne
son nom. "Camarades" et "le grand voyage"
du EP, n'apparaissent pas ici, mais par contre, "an 2000",
chanson qui avait été écartée
du LP "Eddy Jones", apparaît ici. La pochette
est une fois de plus luxueuse, photos couleur au recto. Elle
s'ouvre sur d'autres photos et les textes des chansons. Pour
la première fois, La Souris décide de graver
une reprise : "caravan" de Duke Ellington. Entre-temps,
Michel et Jean-Pierre Mijouin ont respectivement joué
du saxo et de la guitare sur l'album du Géant Vert
(ex-parolier de Parabellum) : Karbala 413, intitulé
"du folk, de la rage et de la fureur", sur le label
All Or Nothing, tout un programme. La Souris Déglinguée
nous revient au grand complet en concert le 15 novembre 1988
à l'Elysée Montmartre à Paris. Au même
programme que le combo anglais les Guana Batz, La Souris nous
offre un set bourré d'énergie et les copains
n'oublient pas de danser le bop ou encore un dernier pogo
à Paris. Le projet d'un clip pour "Quartier Libre",
qui avait été prévu, est tombé
à l'eau. Dommage, car Taï Luc et les siens auraient
certainement réalisé un film superbe, tant pis
pour la télévision qui n'oublie que trop le
rock. La Souris Déglinguée, en mars 1989, repart
sur les routes de France, et rend visite à plusieurs
villes. Le premier show a lieu non loin de Paris, en banlieue,
à Champs-Sur-Marne,pour un concert qui accueille les
Sheriff (un groupe de Montpellier) et plus de 1500 rockers.
La Souris nous expédie un set joué à
cent à l'heure, avec des titres du dernier album comme
"quartier libre", "seul sur la muraille",
sans oublier leurs anciens morceaux devenus des hymnes repris
par le public. A Belfort ils sont fort agréablement
accueillis par les frères Decamps de Ange, qui organisent
le concert. La tournée se termine le 23 mai 1989 au
Bataclan à Paris, pour leur 10ème anniversaire.
C'est tout naturellement Dominique Revert, l'organisateur
qui les avait fait venir au Rock Orléans 79, qui a
tenu à monter cette grande fête qu'il leur avait
promise pour un jour futur. Rendez-vous est pris pour l'enregistrement
d'un album live à paraître en septembre. Mais
La Souris Déglinguée ne s'arrête pas là
puisqu'en juin, ils s'envoleront pour le sud de la Chine,
à Nanning, où ils joueront avant de se produire
les 19, 20 et 21 juin à Shangaï pour le festival
International de la Chanson. La Souris a également
d'autres projets de disques, car ils répètent
deux nouveaux titres : "Paris - Montréal",
qui résume leurs aventures américaines, et "Rangoon
A Lhasa", dédié aux camarades tibétains
à qui ils avaient fait connaître sur cassette
le morceau "Khun Sa Blues". Les français
n'oublient pas non plus La Souris Déglinguée,
les deux groupes montpelliérains OTH et les Vierges
incluant certaines de leurs chansons à leur répertoire
depuis des années, OTH joue ainsi "week end sauvage",
et les Vierges "aucun regret". Preuve s'il en est
que La Souris Déglinguée bénéficie
d'une notoriété restée constante depuis
toujours, et appelée à durer puisque Taï
Luc nous promet d'être présent avec ses copains
pour l'An 2000. Une cause à rallier.