Dire du mal d'un album de LSD n'est même
plus amusant. D'abord parce qu'un coup de nunchaku est vite
attrapé et qu'on peut faire confiance au "réseau"
des fans pour s'y employer avec ardeur. Ensuite car, monolithique
et entêtée, La Souris "est" tout simplement,
avec une persévérance un peu simple qui laisse
pantois. Il y a dans ce groupe une évidente vocation
de moines-soldats du rock rouge et alternatif qui doit éveiller
chez les rares rescapés de la gauche prolétarienne
et des anarcho-syndicalistes de délicieux grattouillis
nostalgiques. Dans cet exotisme douillet, à des milliers
de kilomètres des chars et à grand renfort d'hymnes
à répétitions et de slogans binaires,
ils sont épatants, reconnaissons-le, phagocytant avec
talent et humour (humour ? LSD ?) la tchatche des rappers.
Mais on se lasse assez vite de cette mauvaise conscience en
tranches de trois minutes, brute jusqu'au ridicule (la platitude
de ces chansons, écoutées, comme il se doit,
sur un radio cassette pourri !) et hypnotique jusqu'à
l'idée fixe. En pleine confusion, LSD confond rock
et réalité et veut rendre le premier aussi terne
et anxiogène que la seconde, s'estimant sauvée
par Sainte Pulsation. Qu'ils chantent les rebelles afghans
ou l'amour (Ange Gardien, à deux doigts du machisme
mal digéré), ils tentent de croire, et de nous
faire croire, que le rock peut encore faire la révolution.
C'est leur droit. Mais en plus, ils essaient de jouer de la
guitare tout en levant le poing. Et ça, c'est pas donné
à tout le monde.