A l'énoncé du catalogue alphabétique
des années 70 qui clôt ce disque, on est bien
content d'être vivant vint ans plus tard ("bizuté
par ses contemporains / des gamins du quartier sans aucune
pitié / il devait branler le chien"). La Souris
Déglinguée développe ainsi depuis 79
un goût prononcé pour les parfums forts, les
scènes d'arrière-boutique et les romances de
sex shop parfumées à la bière - et les
musiques violemment basiques qui vont avec. La vie, quoi.
Du moins celle des grands-pères punks, traversés
depuis quelques temps - Tambour et Soleil, goûteux précédent
album - par des désirs rythm'n'blues et reggae. Granadaamok
! - production dense de Fred M. et retour des guitares primordiales
- est donc la suite des aventures de cette Granada barjot,
déjà croisée dans Dernier Pogo à
Paris (1983) ou Amok Sérénade (1989). Tai Luc,
ayant enfin accepté douceur, tendresse et romantisme,
poursuit son uvre de chroniqueur binaire : les fascinations
récurrentes (il ne pouvait laisser passer le retour
de Hong Kong à la Chine), les amours qui font baisser
la garde ou la nostalgie d'une époque que son public
n'a vraisemblablement pas connue. Désormais capable
d'autoparodie et d'humour, le groupe fait voler en éclats
le spectre de l'ancien combattant Oi, préférant
une chronique urbaine et chaleureuse, parfois naïf, toujours
prêt de l'os.